EXCLUSIF - «Butez-le !» : les aveux qui accablent La Jeune Garde dans la mort de Quentin

Le JDNews révèle les auditions des militants mis en examen après la mort de Quentin à Lyon. Entre cris de « Butez-le ! », coups portés au sol et réseaux militants structurés, elles dessinent la mécanique d’une violence organisée d’extrême gauche.
Jean-Baptiste Marty 24/02/2026

Raphaël Arnault, député LFI, flanqué de Jacques-Élie Favrot dans une manifestation à Lyon, le 1er mai 2025. MAXPPP / © Nicolas Liponne
Sept militants d’extrême-gauche, âgés de 20 à 26 ans, ont été mis en examen après le meurtre de Quentin à Lyon. Tous affichent une proximité avec La Jeune Garde, groupuscule pourtant dissous en juin 2025 mais qui aurait poursuivi ses activités en maintenant un agenda de violence politique méthodique. Au cœur de ce réseau se trouve Raphaël Arnault, député triple fiché S de La France insoumise et fondateur de la Jeune Garde, dont les liens avec les sept suspects sont désormais au centre des investigations.
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Jacques-Élie Favrot, le meneur

Attaché parlementaire de Raphaël Arnault, le membre de La Jeune Garde, a déjà été condamné pour vol et port d'arme. AFP / © Alex Martin
Face aux enquêteurs de la division de la criminalité territoriale de Lyon, Jacques-Élie Favrot apparaît stressé, la voix serrée dès les premières heures d’audition. Confronté aux vidéos amateurs des témoins recueillies par les policiers, celui que ses proches surnomment « JEF » reconnaît rapidement sa présence sur les lieux du meurtre.
Dans les premières auditions, il admet son rôle de leader au moment de l’agression mortelle de Quentin et avoir scandé des slogans tels que : « Allez, Lyon antifa, on tient ! » Il n’exclut pas avoir incité ses camarades à lyncher à mort Quentin, vociférant : « Butez-le, tuez-le ! » au moment de l’agression. Des propos qui lui valent aujourd’hui une mise en examen pour complicité de meurtre par instigation. Le jeune homme concède par ailleurs avoir porté des coups de genou et de coude à plusieurs militants venus soutenir le collectif Némésis, affirmant toutefois avoir visé le corps. Mais il assure ne pas s’être acharné sur une personne déjà au sol.
Jacques-Élie Favrot, militant aguerri, est rompu aux affrontements idéologiques. Diplômé d’un master 2 de science politique à l’université Jean-Monnet de Saint-Étienne, attaché parlementaire du député Insoumis Raphaël Arnault depuis juillet 2024 et membre de la première heure de la Jeune Garde, il aurait participé à la formation de nouveaux adhérents à la confrontation physique. Fiché S, il a été condamné en février 2025 pour vol et port d’arme après l’agression d’un jeune homme dont il jugeait le manteau porteur d’un symbole raciste. Il est également cité dans une procédure en cours pour des violences présumées sur un couple à la gare de Lyon-Perrache, en mai 2024.
Alexis C., l’historique
Les images analysées et l’exploitation de la téléphonie ont permis aux enquêteurs d’identifier Alexis C., également fiché S pour appartenance à la mouvance d’ultragauche. Selon les informations du JDNews, le jeune homme de 24 ans figure parmi les agresseurs les plus virulents. En garde à vue, ce militant historique de la Jeune Garde se terre dans un premier temps dans le silence. « Il n’avait rien à déclarer à la plupart des questions sur sa connaissance politique du contexte », rapportent les policiers chargés de son interrogatoire. Mais, confronté aux vidéos accablantes, il a finalement admis sa présence sur les lieux de l’agression mortelle. Il reconnaît avoir porté des coups à un homme au sol, « qui se protégeait le visage », admettant lui avoir asséné « deux ou trois coups de pied ».
Né à Gleizé, dans le département du Rhône, Alexis C., casier judiciaire vierge, est actuellement mis en examen pour violences à caractère antisémite. En marge d’une conférence de Rima Hassan à l’université Dauphine, il est soupçonné d’avoir agressé, en mai 2024, un adolescent de 15 ans dans le métro parisien. Accompagné de huit comparses, tous appartenant à La Jeune Garde, il aurait participé aux violences infligées à la victime de confession juive, avant de le traiter de « sioniste » et de la contraindre à crier « Vive la Palestine ». Il avait été placé sous contrôle judiciaire en attente de son jugement. Alexis C. s’affichait régulièrement avec Robin C., lui poursuivi pour recel de malfaiteurs et collaborateur parlementaire de Raphael Arnault sous le pseudo Robin Michel.
Adrian B., l’attaché parlementaire sous pseudo
Adrian B. est resté totalement silencieux face aux enquêteurs. Quarante-huit heures de garde à vue sans prononcer un mot : ni explication, ni dénégation, ni aveu. Les auditions décrivent un mutisme absolu, alors même que les éléments à charge s’accumulaient : vidéosurveillance minutieusement exploitée, traces ADN relevées, témoignages concordants. Un faisceau d’indices précis et technique. Les enquêteurs, eux, se montrent catégoriques : il fait partie des auteurs des coups portés à Quentin.
Âgé de 24 ans, Adrian B. est un jeune diplômé en études politiques jusqu’alors sans histoire, et dont le casier judiciaire est vierge. Originaire du Puy-en-Velay, son engagement politique remonte au lycée. Cet ancien jeune sapeur-pompier s’est progressivement investi en politique au fil de son parcours étudiant, jusqu’à rejoindre à Lyon le groupuscule d’extrême gauche de la Jeune Garde, où il aurait figuré parmi les militants actifs. Ses liens étroits avec Raphaël Arnault font désormais peu de doute : entre septembre 2025 et janvier 2026, il a été employé comme collaborateur parlementaire sous le pseudonyme « Adrian Galvan ». Selon les informations du JDNews, son nom a depuis discrètement disparu de la liste en ligne des collaborateurs du député.
Dimitri V., le cogneur
Dans les locaux de la direction de la criminalité territoriale de Lyon, Dimitri V. reconnaît avoir été présent autour de Sciences Po au moment des faits. Sur le reste, il se retranche dans un mutisme obstiné. Au cours de l’audition, le silence est pesant, particulièrement lorsqu’il est question des coups portés à Quentin. Une réserve qui tranche avec la brutalité attribuée à cet homme de 25 ans.
Selon les informations du JDNews, son nom apparaît à plusieurs reprises dans les plaintes déposées par les militantes du collectif Némésis, agressées quelques minutes avant le lynchage mortel. L’analyse minutieuse des images de vidéosurveillance a permis aux enquêteurs de remonter jusqu’à lui : sa haute silhouette, près d’1,95 mètre, et ce k-way d’une marque bien identifiée qu’il portait presque systématiquement lors de ses déplacements militants.

Le 6 mai dernier, manifestation à Lyon contre la dissolution de La Jeune Garde. AFP / © Matthieu Delaty
Dimitri V. est également connu pour son engagement au sein du « bloc 406 », un groupe de supporters de l’Olympique lyonnais dont les actions violentes entre août et octobre 2024 avaient attiré l’attention des services de renseignement locaux. Figure combative de la Jeune Garde, il perturbe régulièrement les opérations de tractage organisées par des militants de droite. Plus récemment, son nom est cité par des membres du syndicat étudiant La Cocarde pour une agression survenue le 29 janvier dernier. Plusieurs témoins l’auraient vu frapper un jeune homme déjà au sol, confirmant un profil violent qui n’épargne personne autour de lui.
Paul L., le benjamin
Paul L. est reconnu par plusieurs témoins comme ayant activement participé au lynchage de Quentin. À seulement 20 ans, il est le maillon loquace de la bande, celui que les enquêteurs cherchent à « cuisiner » en priorité. Et dès le début de sa garde à vue, il parle. Selon les révélations exclusives du JDNews, Paul L. reconnaît sa présence lors de l’agression mortelle de Quentin. Il avoue avoir filmé la scène du lynchage de Quentin. À ce jour, la vidéo demeure introuvable. Les policiers craignent qu’elle ne soit déjà supprimée. Le téléphone du mis en cause est en cours d’exploitation.
Paul L. nie d’abord avoir porté des coups. Mais confronté à la pression et aux preuves accumulées, il rectifie sa version
Sur sa participation directe au lynchage, Paul L. nie d’abord avoir porté des coups. Mais confronté à la pression et aux preuves accumulées, il rectifie sa version. Son témoignage révèle non seulement sa présence, mais aussi sa place active dans la dynamique violente du groupe. Jeune étudiant, Paul L. est le benjamin de la bande. Son casier judiciaire est vierge, mais son engagement au sein de ce mouvement le rend toujours disponible pour ses camarades, prêt à intervenir dès que la situation l’exige. Derrière son apparence d’étudiant ordinaire, se dessine le profil d’un jeune homme façonné par une idéologie militante, où loyauté et violence se conjuguent sans détour.
Jules-Charles P., le bourgeois révolutionnaire
Muet comme une tombe. Telle est l’attitude adoptée par Jules-Charles P. lors de sa garde à vue. Malgré les vidéos et les témoignages accablants recueillis par les enquêteurs, le jeune homme de 24 ans nie toute responsabilité dans le tabassage mortel de Quentin.
Diplômé en 2024 d’un master 2 en business international à l’Institut d’administration des entreprises de Lyon, ayant effectué son alternance au sein d’un constructeur automobile et arborant un casier judiciaire vierge, Jules-Charles P. incarne l’étudiant modèle, promis à un avenir sans nuages. Mais au fil de ses années d’études supérieures, sa trajectoire bifurque vers la radicalisation. Il se rapproche de membres actifs de La Jeune Garde et n’hésite pas à prêter main-forte à ce groupuscule ultra-violent lors d’actions coup de poing. Originaire de l’Aisne, il est interpellé au domicile parental, dans la banlieue de Soissons, où il s’était retranché après le lynchage mortel de Quentin.
Guillaume A., chien fidèle
Dès les premières heures de l’enquête, ce visage bien connu de La Jeune Garde retient l’attention des enquêteurs de la division de la criminalité territoriale de Lyon. Selon les informations du JDNews, les policiers l’ont rapidement identifié sur les vidéos saisies. Placé en garde à vue, Guillaume A. admet connaître plusieurs membres du groupuscule et avoir été sollicité en amont de la conférence de Rima Hassan à Sciences Po Lyon pour « faire partie du groupe de soutien en cas d’incident » lors de l’intervention de l’élue européenne.
Ce militant de 26 ans, figure aguerrie de La Jeune Garde, aurait fait ses premières armes à Montpellier, au sein de la branche locale du mouvement, durant ses études de commerce. Salarié en Isère dans une enseigne appartenant à un grand groupe français de pneumatiques avant l’agression de Quentin, il se serait, d’après plusieurs témoignages, systématiquement tenu prêt à répondre aux appels de ses camarades d’extrême gauche, y compris lorsqu’il s’agissait d’en découdre dans la rue.

