Drame à l’îlot Canard : l’autopsie parle

Dimanche soir, dans le lagon calédonien, un drame a frappé en plein cœur des pratiquants de sports nautiques.
La mort de Cyril Chevalier relance, une fois encore, la question de la sécurité face aux attaques de requins à Nouméa.
Une attaque sans témoin, des constatations médico-légales accablantes
Le 22 février en fin de journée, le corps de Cyril Chevalier, pratiquant de wingfoil, est retrouvé flottant dans la baie de l’Anse-Vata, à proximité de l’îlot Canard, à Nouméa.
C’est un plaisancier qui donne l’alerte après avoir aperçu la victime, vraisemblablement déjà décédée.
Dans un communiqué publié le 25 février, le procureur de la République de Nouméa, Yves Dupas, précise qu’aucun témoin n’a assisté à la scène.
Les investigations ont été conduites par le service territorial de police judiciaire, avec l’appui d’experts médico-légaux et d’un spécialiste des squales.
Les examens révèlent six morsures distinctes : à l’avant-bras droit, à la jambe droite et à la jambe gauche. Les lésions à la jambe droite ont entraîné la section de l’artère et de la veine fémorales.
Selon l’expert requis, ces morsures sont compatibles avec un requin de type tigre, d’une taille estimée à au moins trois mètres.
Des traces ont également été relevées à l’arrière de la planche de la victime, sur ses faces supérieure et inférieure.
Les conclusions médico-légales établissent que le décès est consécutif à une noyade survenue dans un contexte accidentel, liée à une première morsure au poignet.
Cette blessure aurait provoqué un état de panique, entraînant une inhalation d’eau.
Les autres morsures, dont celle ayant sectionné l’artère fémorale, pourraient être post-mortem.
Les experts n’excluent cependant pas une hypothèse alternative : celle d’un malaise antérieur à l’attaque.
En l’absence de témoin direct, la chronologie précise des faits ne peut être établie avec certitude.
Le permis d’inhumer a été délivré et le corps a été remis à la famille.
Requin-tigre : un prédateur identifié, une menace connue
Les éléments recueillis orientent vers un requin-tigre, espèce présente dans le lagon calédonien.
Ce squale est régulièrement observé dans les eaux chaudes du Pacifique.
L’attaque s’est produite à proximité de la plage du Château Royal, zone fréquentée par les sportifs et les familles. Le drame rappelle que le lagon, aussi idyllique soit-il, demeure un milieu sauvage.
Depuis plusieurs années, Nouméa est confrontée à des attaques répétées. Plus de 200 requins ont été abattus après une série d’accidents mortels.
En décembre 2023, le tribunal administratif avait jugé ces prélèvements « disproportionnés », saisi par l’association Ensemble pour la planète. La juridiction estimait notamment qu’aucune étude scientifique précise n’avait été menée sur l’état des populations ciblées.
Le débat oppose régulièrement protection des espèces et protection des usagers. Mais une évidence demeure : la mer n’est pas un parc urbain.
Les requins-tigres ne sont pas classés comme espèce en voie de disparition. À l’échelle mondiale, ils ne sont menacés que par la pêche industrielle intensive.
Chaque année, des dizaines de milliers de requins sont capturés pour le commerce international des ailerons. Un commerce largement alimenté par la demande asiatique.
Ce constat mondial ne doit pas occulter une réalité locale : la sécurité des habitants de Nouméa est une priorité immédiate.
Prélèvements relancés : la priorité donnée à la vie humaine
Dès le lendemain du drame, la province Sud et la ville de Nouméa ont annoncé la relance d’une campagne ciblée de prélèvements de requins-tigres et bouledogues. Une décision prise « en coordination », selon le communiqué commun.
La campagne est menée avec le concours de la Sécurité civile et de la gestion des risques.
Elle intervient « au regard de la gravité du drame » et « par principe de précaution ».
La baignade hors zones protégées et les activités nautiques sont interdites dans une bande littorale de 300 mètres jusqu’au 4 mars inclus. Ces mesures pourront être prolongées si nécessaire.
« La protection des vies humaines impose d’agir. La sécurité des administrés demeure la priorité absolue », affirment les collectivités. Un message clair face aux critiques.
La province Sud considère la régulation comme un levier opérationnel. Elle estime que les mesures précédentes avaient permis de restaurer un niveau de sécurité satisfaisant.
Certains dénoncent une opposition artificielle entre l’homme et la nature. Mais la question posée est simple : doit-on attendre un nouveau drame ?
Le lagon calédonien est un patrimoine naturel exceptionnel. Il est aussi un espace de vie, de sport et de travail pour des milliers de Calédoniens.
Protéger les espèces, oui. Sacrifier la sécurité humaine, non.
Les collectivités ont le devoir d’assurer la sécurité de leurs citoyens.
La mort de Cyril Chevalier rappelle brutalement que la mer n’est jamais totalement maîtrisable.
Face au risque, l’inaction ne saurait être une politique.
Dans ce dossier sensible, les autorités locales assument une ligne claire : la vie humaine prime sur toute autre considération.
Le débat scientifique se poursuivra. Mais pour les familles endeuillées, l’urgence est ailleurs.
À Nouméa, le choc est immense. Et la question de la sécurité en mer, plus brûlante que jamais.

