Indo-Pacifique : le Japon contre-attaque face à l’offensive chinoise dans le Pacifique

Tokyo veut renforcer ses alliances dans le Pacifique face à la montée en puissance stratégique de Pékin.
Une bataille d’influence s’intensifie autour des infrastructures, de la sécurité maritime et de l’équilibre régional.
Tokyo muscle sa stratégie dans le Pacifique face à Pékin
Le Japon hausse le ton dans l’Indo-Pacifique. À l’occasion du troisième Japan Pacific Islands Defense Dialogue, organisé à Tokyo, le ministre japonais de la Défense Shinjiro Koizumi a affiché clairement la volonté de renforcer les liens avec quatorze États insulaires du Pacifique.
Objectif assumé : endiguer l’expansion de l’influence chinoise dans une région devenue un pivot stratégique mondial.
Dans son discours inaugural, le ministre a insisté sur la nécessité d’une coopération « multilayered », fondée sur les échanges de personnel, le partage d’expertise et la coordination sécuritaire. Selon lui, « des pays qui partagent le même esprit doivent unir leurs efforts pour générer une synergie régionale ». Une déclaration qui sonne comme une réponse directe aux ambitions de Pékin.
La Chine investit massivement… et inquiète
Depuis plusieurs années, la Chine multiplie les investissements dans les aéroports, ports et infrastructures stratégiques des États insulaires du Pacifique. Officiellement présentés comme des programmes d’aide au développement, ces financements suscitent des interrogations.
Le risque évoqué par plusieurs chancelleries occidentales est celui du « piège de la dette » : des pays incapables de rembourser pourraient voir leurs infrastructures stratégiques passer sous contrôle chinois.
L’accord de sécurité signé en avril 2022 entre les Îles Salomon et la Chine a marqué un tournant. Il autorise Pékin à déployer forces militaires et policières sur place. Une évolution perçue comme une alerte majeure par Tokyo, Washington et Canberra.
Parmi les quatorze nations concernées, seules les Tonga, Fidji et la Papouasie-Nouvelle-Guinée disposent d’une armée. Les autres dépendent largement de partenaires extérieurs pour leurs besoins sécuritaires.
Une coalition élargie avec les États-Unis et l’ASEAN
Pour contrer cette dynamique, le Japon cherche à élargir son réseau de coopération au-delà du Pacifique insulaire. Les Association des nations de l'Asie du Sud-Est (ASEAN) ont ainsi été conviées à participer en tant qu’observateurs à cette édition du dialogue.
Sept membres, dont les Philippines et l’Indonésie, étaient présents. Ces États partagent des préoccupations similaires face aux revendications chinoises en mer de Chine méridionale, où Pékin poursuit la militarisation de récifs stratégiques.
Le Japon entend ainsi créer un pont stratégique entre l’ASEAN et les États insulaires du Pacifique, afin de défendre la liberté de navigation et le respect du droit international maritime.
Dans cette architecture sécuritaire élargie, Tokyo travaille également avec les États-Unis et l’Australie pour consolider un axe Indo-Pacifique fondé sur l’État de droit.
Une bataille d’influence appelée à durer
À l’issue des trois jours de discussions, Shinjiro Koizumi a estimé que le partage d’expertise permettrait aux partenaires « de répondre plus efficacement aux défis régionaux ».
Derrière ces mots diplomatiques, la réalité géopolitique est claire : le Pacifique Sud est devenu un théâtre central de la rivalité sino-occidentale.
Pour le Japon, il ne s’agit plus seulement d’aide au développement, mais bien de préserver l’équilibre stratégique maritime dans une zone vitale pour ses routes commerciales et sa sécurité énergétique.
La compétition d’influence ne fait que commencer.

