Quand un pays se vide

Quand un pays se vide, tout devient plus cher
Serait temps de remettre les tarif normal… 500 frs ct pendant les émeutes là ça fait 2 ans…
Aller a l’ecole devient un luxe… nos parents ne peuvent plus suivre… la vie est trop chère…
On vit dans une démocratie ou une dictature ?
Le message est brut. Mal orthographié. Écrit vite, sans filtre. C’est celui d’un lycéen qui prend le bus tous les matins. Il parle de Tanéo, du prix du ticket, des lignes en moins, de parents qui « ne peuvent plus suivre ».
On pourrait sourire. On pourrait répondre que « les chiffres sont compliqués ». Mais derrière ces phrases maladroites, il y a une question sérieuse : Pourquoi tout devient-il plus cher ?
Une évidence que l’on évite
La Nouvelle-Calédonie comptait environ 275 000 habitants en 2016. Elle en compte 264 596 en 2025. Depuis 2019, environ 18 000 personnes parties n’ont pas été remplacées.
Dans le même temps, la population scolaire est passée d’environ 69 500 élèves en 2011 à environ 59 000 en 2026. Dix mille élèves en moins. Un septième des enfants scolarisés en moins en quinze ans.
Ce n’est pas marginal. C’est un changement de dimension. Et pourtant, on continue souvent de raisonner comme si rien n’avait bougé.
La question simple
La vie était-elle plus facile en 2016 quand nous étions 275 000 habitants ? Chacun peut répondre pour soi.
Les lignes de bus étaient-elles plus nombreuses ? Les commerces plus dynamiques ? Les écoles plus pleines ? L’activité plus soutenue ?
Personne n’a besoin d’une étude sophistiquée pour sentir qu’il y avait davantage de volume, davantage de fluidité. Pas un âge d’or. Mais un territoire plus dense.
Ce n’est pas la première crise
La Nouvelle-Calédonie a déjà connu des périodes de départs, notamment durant les années 70 et 80. À l’époque aussi, l’instabilité politique pesait sur l’économie. En janvier 1990, les Nouvelles Calédoniennes titraient : « Les prix doublent en dix ans ».
La vie chère n’est pas un phénomène nouveau. Mais il y a une différence majeure. Dans les années 80, malgré les tensions, la population restait jeune et le solde naturel largement positif. Les naissances compensaient les départs. La croissance démographique finissait par absorber le choc.
Aujourd’hui, l’inflation s’ajoute à une contraction démographique. Et cette combinaison change la donne.

Moins d’habitants, moins d’économie
Quand une famille fait ses bagages, ce n’est pas qu’un déménagement. C’est : un foyer fiscal en moins, des cotisations sociales en moins, de la consommation en moins, des enfants en moins dans les classes, des courses en moins dans les supermarchés, des crédits en moins dans les banques, des importations en moins, des exportations en moins, de l’activité en moins.
Un territoire de 260 000 habitants ne fonctionne pas comme un territoire de 275 000. Les coûts fixes, eux, ne disparaissent pas. Les bus doivent rouler. Les routes doivent être entretenues. Les écoles doivent ouvrir. Les hôpitaux doivent soigner.
Mais avec moins de monde pour financer l’ensemble.
L’équation que personne n’explique
Dix mille élèves en moins aujourd’hui, c’est potentiellement dix mille actifs en moins demain. Un septième d’enfants en moins, c’est à terme un septième de travailleurs en moins.
Et moins de travailleurs, c’est : moins de cotisations, moins d’impôts, moins de recettes sociales, moins de capacité à subventionner les transports, moins de marges pour maintenir des tarifs bas.
Alors que se passe-t-il ? On augmente les prix. On réduit les lignes. Les pouvoirs publics compensent par les hausses de taxe. Et le lycéen du matin ne voit qu’une chose : 500 francs.
Il ne voit pas le solde migratoire. Il ne voit pas les recettes fiscales en baisse. Il voit son ticket.
Chaque départ compte
Chaque famille qui quitte le territoire, c’est une classe un peu plus vide. Chaque enfant en moins, c’est un futur contribuable en moins. Chaque commerce qui ferme, c’est une base fiscale qui s’érode.
À la fin, c’est un autre adolescent qui devra marcher plus loin pour aller au collège, parce qu’une ligne aura été supprimée ou parce que le tarif aura encore augmenté. Ce n’est pas une menace. C’est une mécanique. Et elle est naturelle.
Le vrai débat
Le problème n’est pas Tanéo. Le problème est simple : Peut-on maintenir le même niveau de services publics, les mêmes réseaux, les mêmes ambitions, avec une population qui recule ?
Un territoire qui se contracte devient plus fragile économiquement. Et quand l’économie se contracte, les prix pèsent davantage sur chacun. Un pays qui se vide ne devient pas plus prospère.
Il devient plus cher pour ceux qui restent.
Ce lycéen n’a peut-être pas les mots. Mais il pose la bonne question.
Et, historiquement, croire qu’un territoire s’enrichira en se réduisant a toujours été une illusion coûteuse.
