Napoléon : l’évasion qui a humilié les rois

Le 3 mai 1814, Napoléon Ier abdique et part en exil sur l’île d’Elbe.
Une île minuscule de 27,5 kilomètres de long, à peine 18 000 habitants : un confetti comparé à l’Empire qu’il dominait.
Les puissances victorieuses pensent l’avoir neutralisé. À Paris, Louis XVIII monte sur le trône et inaugure la Restauration.
La monarchie revient, les émigrés rentrent, les symboles changent. Mais la page impériale n’est pas tournée.
Une île trop petite pour un tel destin
À l’île d’Elbe, Napoléon conserve le titre d’empereur. Près de 900 soldats de la Garde l’accompagnent, ainsi que des officiers fidèles comme Pierre Cambronne. Une petite cour s’organise autour de lui. Loin de se résigner, il administre l’île avec énergie.
Il réforme le droit local. Il lance des travaux routiers. Il améliore l’adduction d’eau. Il fait construire un lazaret. Il replante, modernise, inspecte. Même en exil, il gouverne.
Mais l’Empereur s’ennuie. L’Europe, réunie au congrès de Vienne, redessine la carte du continent sans lui. Les grandes puissances discutent des frontières et des équilibres.
La France, elle, est rentrée dans le rang. Pour Napoléon, l’humiliation est insupportable.
Des nouvelles lui parviennent de Paris. La Restauration ne fait pas l’unanimité. Des officiers regrettent la gloire passée. Des soldats murmurent. L’armée reste sensible à son souvenir. Le sentiment d’une mission inachevée grandit. Napoléon ne se voit pas finir sur un rocher méditerranéen.
Le 26 février 1815, il agit. Il embarque avec environ un millier d’hommes.
Il échappe à la surveillance britannique. Direction la France. C’est un quitte ou double historique.
Le retour de l’Aigle
Le 1er mars 1815, il débarque à Golfe-Juan. Commence alors ce que l’histoire appellera le « vol de l’Aigle ». Vingt jours de marche vers Paris. Un itinéraire choisi avec soin : les Alpes plutôt que la Provence royaliste. Objectif : éviter les bastions hostiles.
Napoléon donne une consigne claire : ne pas tirer. Il mise sur la popularité et la surprise.
À Grenoble, des troupes envoyées pour l’arrêter se rallient. La scène est restée célèbre : face aux soldats, il ouvre sa redingote et lance qu’ils tirent s’ils l’osent. Aucun coup de feu. L’armée bascule.
Ville après ville, la dynamique s’inverse. Les régiments se rallient. L’Empereur avance sans combat majeur. À Paris, le pouvoir hésite. Louis XVIII tarde à réagir. Le souvenir de 1789 et de 1792 pèse encore. La monarchie restaurée manque d’assise solide.
Dans la nuit du 19 au 20 mars, Louis XVIII quitte les Tuileries. Quelques heures plus tard, Napoléon entre dans la capitale. Il retrouve son palais. La foule acclame. En moins de trois semaines, l’Empire renaît.
Les Cent-Jours : l’ultime brasier
Ce retour marque le début des Cent-Jours. Napoléon doit agir vite. Les puissances européennes le déclarent hors la loi. La guerre est inévitable. L’Angleterre, la Prusse, l’Autriche et la Russie reforment une coalition. L’Empereur le sait : il n’aura aucun répit.
Il réorganise l’administration. Il tente d’élargir sa base politique. Il promet des réformes constitutionnelles. Mais le temps manque. Il faut reconstituer une armée. La Grande Armée d’antan n’existe plus. Beaucoup de vétérans sont tombés. Les ressources sont limitées.
En juin 1815, la campagne de Belgique s’engage. L’objectif : battre séparément les armées ennemies avant leur jonction. Le 18 juin, près du village de Waterloo, tout se joue. La bataille de Waterloo scelle le destin de l’Empire. L’armée française est vaincue. La coalition l’emporte.
Le 22 juin 1815, Napoléon abdique une seconde fois. Cette fois, les vainqueurs ne prennent aucun risque. Il est envoyé à Sainte-Hélène, au milieu de l’Atlantique Sud. Un exil lointain, sans retour possible.
La Restauration revient. Les royalistes reprennent le contrôle. La revanche politique est totale. L’épopée impériale s’achève définitivement.
Reste un fait incontestable : en mars 1815, un homme exilé sur une île minuscule a traversé la France sans tirer un coup de feu pour reprendre le pouvoir. Un exploit politique et militaire unique dans l’histoire européenne.
Les Cent-Jours ne furent qu’un sursaut. Mais ils ont gravé dans la mémoire nationale l’image d’un chef refusant la fatalité. Deux siècles plus tard, le débat demeure : aventure personnelle ou ultime sursaut de souveraineté ? Les faits, eux, sont établis.
En vingt jours, Napoléon a défié l’Europe. En cent jours, il a rejoué le destin de la France.

