Chatbots : la fin de l’effort scolaire ?

Selon une étude du Pew Research Center, la triche assistée par chatbot est devenue une caractéristique régulière de la vie scolaire aux États-Unis.
Le constat est brut. Il est chiffré. Il est documenté.
L’enquête a été menée auprès de 1 458 adolescents âgés de 13 à 17 ans ainsi que de leurs parents.
Elle révèle une accélération spectaculaire des usages.
54 % des adolescents américains déclarent avoir déjà utilisé un chatbot d’intelligence artificielle pour leurs devoirs. C’est deux fois plus que l’année précédente.
Autrement dit, en un an, l’IA s’est installée dans les cartables.
Les outils cités par les jeunes sont connus : OpenAI avec ChatGPT, mais aussi Microsoft via Microsoft Copilot.
La révolution numérique ne frappe plus à la porte de l’école. Elle est déjà entrée.
Une pratique devenue banale
44 % des adolescents affirment utiliser l’IA pour « un peu » ou « certains » devoirs.
10 % reconnaissent s’appuyer sur des chatbots pour tout ou presque tout leur travail scolaire.
Un élève sur dix délègue donc l’essentiel de ses devoirs à une machine.
Pour Colleen McClain, chercheuse au Pew Research Center, l’aide aux devoirs par IA est en train de devenir une pratique courante. Le terme est choisi. Courante. Pas marginale.
Les usages les plus fréquents concernent la recherche d’informations. Vient ensuite l’aide à la rédaction. Puis la résolution de problèmes de mathématiques.
L’IA n’est plus un gadget technologique. Elle devient un outil scolaire de masse.
Près de 60 % des adolescents interrogés affirment que, dans leur établissement, les élèves utilisent des chatbots pour tricher « souvent » ou « parfois ».
Pour Pew, cela signifie que la triche assistée par IA est désormais considérée comme une composante ordinaire de la vie scolaire.
La normalisation est en marche.
Parents dépassés, école sous pression
Autre enseignement de l’étude : l’écart entre perception parentale et réalité.
64 % des adolescents déclarent utiliser ces outils. Mais seuls 51 % des parents pensent que leurs enfants y ont recours. Le décalage est net.
Un peu plus de la moitié des parents disent en parler au moins occasionnellement avec leur enfant.
Mais environ quatre sur dix reconnaissent n’avoir jamais abordé le sujet. Le silence parental nourrit l’angle mort éducatif.
La question n’est plus de savoir si l’IA est utilisée. Elle l’est. La question est de savoir si l’autorité éducative suit.
Les partisans de l’intelligence artificielle estiment que les écoles doivent apprendre aux élèves à utiliser et à évaluer ces outils. Objectif affiché : préparer les jeunes au monde du travail.
Argument pragmatique. Mais insuffisant pour certains observateurs. Car derrière l’efficacité se cache une autre réalité : celle de l’effort contourné.
Promesse technologique ou affaiblissement intellectuel ?
Les critiques alertent sur plusieurs risques.
Désinformation. Affaiblissement de l’esprit critique. Facilitation de la triche. Effets potentiels sur la santé mentale. Certaines recherches académiques alimentent ces inquiétudes.
Une étude menée par l’University of Cambridge et Microsoft Research montre que des étudiants prenant des notes sans chatbot obtenaient de meilleurs résultats que ceux utilisant l’IA.
Le constat est factuel. L’assistance automatisée peut nuire à la compréhension des textes.
Autrement dit, la facilité immédiate peut affaiblir l’apprentissage réel.
Les adolescents ne se limitent d’ailleurs pas aux devoirs. 47 % disent utiliser les chatbots pour le divertissement. 42 % pour résumer des contenus. 12 % pour demander des conseils ou un soutien émotionnel.
L’IA devient tour à tour moteur de recherche, rédacteur, confident.
L’école n’est plus un sanctuaire protégé de la technologie. Elle en est un laboratoire.
Le débat n’est pas idéologique. Il est civilisationnel.
Former à l’intelligence artificielle, oui. Mais renoncer à l’exigence intellectuelle, non.
Les chiffres du Pew Research Center posent une réalité claire : l’intelligence artificielle a redéfini les règles du jeu scolaire.
Reste à savoir si l’institution éducative saura reprendre la main. Ou si la triche algorithmique deviendra la norme silencieuse d’une génération connectée.

