Quand l’école reprend, c’est toute une histoire qui se remet en marche.
En Nouvelle-Calédonie, certains établissements incarnent à eux seuls la transmission, l’exigence et la continuité républicaine.
Un établissement né de la volonté de l’État et de l’exigence républicaine
Le 16 février 2026, les élèves de Nouvelle-Calédonie, de la maternelle à la terminale, retrouveront le chemin de l’école.
À cette occasion, la rédaction a choisi de mettre en lumière un lycée emblématique du territoire : le lycée Lapérouse, symbole d’un enseignement structuré, exigeant et profondément ancré dans l’histoire française du Pacifique.
Tout commence le 6 décembre 1881, lorsque le contre-amiral Amédée Courbet, alors gouverneur de la Nouvelle-Calédonie, décide l’ouverture d’un établissement d’enseignement secondaire à Nouméa.
Un choix politique clair : former localement les élites, transmettre les savoirs et inscrire durablement la colonie dans le modèle éducatif de la République.
Les premiers cours sont dispensés près de la cathédrale, dans l’école primaire de garçons, aujourd’hui école Frédéric-Surleau.
À l’époque, les effectifs sont modestes : une dizaine d’inscriptions seulement, mais une ambition déjà affirmée.
En 1885, l’établissement prend le nom de collège colonial de Nouméa, marquant son rôle central dans la formation des cadres administratifs et intellectuels du territoire.
Son développement s’accélère sous l’impulsion d’un proviseur venu de métropole, M. Flize, qui dirigera l’établissement de 1889 à 1919 avec une rigueur saluée par les archives.
Des guerres mondiales à l’essor d’un lycée moderne et ouvert
Dès 1900, le collège innove avec l’ouverture d’un cours professionnel, répondant aux besoins concrets du territoire.
En 1912, un cap symbolique est franchi : le premier bachelier calédonien reçoit son parchemin, consacrant l’ancrage de l’enseignement secondaire sur le Caillou.
Face à l’augmentation des effectifs, l’établissement déménage dans des locaux plus vastes, l’ancienne caserne Bonnier.
Sur proposition du gouverneur, il prend alors le nom de collège La Pérouse, en hommage à l’explorateur français et à l’esprit de découverte associé à la France dans le Pacifique.
Malgré les bouleversements de la Première Guerre mondiale, le collège continue de fonctionner à partir de 1916, alors même que professeurs et élèves sont mobilisés ou engagés volontaires.
Cette continuité éducative témoigne d’un principe fondamental : l’école ne s’arrête pas, même en temps de crise.
Entre 1919 et 1939, l’établissement connaît une phase de développement décisive.
Les jeunes filles sont admises dès 1916, bien avant certaines régions métropolitaines, et une section primaire supérieure est créée en 1932, renforçant l’accès aux études longues.
En 1939, l’ouverture d’un cours de grec en classe de 4ᵉ, destiné à la préparation du baccalauréat A, confirme l’ambition académique du lycée, fidèle aux humanités classiques.
De la reconstruction à l’ancrage durable dans le paysage calédonien
La Seconde Guerre mondiale marque un coup d’arrêt brutal. Les effectifs passent de 362 à 264 élèves, l’ancienne caserne Bonnier est réquisitionnée par l’armée, et le collège doit temporairement trouver refuge à l’école Suzanne-Russier.
En 1944, l’établissement réintègre ses locaux historiques et ouvre deux internats, renforçant son rôle d’accueil pour les élèves venus de l’ensemble du territoire.
À partir de 1953, les admissions s’élargissent : des élèves kanak intègrent progressivement l’établissement, au nombre de 67 en 1962, illustrant l’évolution sociale du lycée dans un cadre républicain commun.
Un tournant majeur intervient en 1968, avec la construction du nouveau lycée Lapérouse, rue Baudoux, à proximité de l’ancienne caserne.
C’est ce site que connaissent aujourd’hui des générations de Calédoniens, devenu un repère éducatif et architectural.
Jusqu’en 1973, certaines classes du premier cycle restent toutefois dans les locaux vétustes de la caserne Bonnier, surnommée le « petit lycée ».
L’ouverture du CES de l’Anse Vata permet enfin de regrouper l’ensemble des élèves sur le site principal, avant d’importants travaux de rénovation.
Aujourd’hui encore, le lycée Lapérouse demeure un pilier de l’enseignement secondaire en Nouvelle-Calédonie, fidèle à sa mission originelle : transmettre le savoir, former des citoyens et maintenir un haut niveau d’exigence académique.
À l’heure de la rentrée scolaire 2026, son histoire rappelle une évidence trop souvent oubliée : l’école est une colonne vertébrale de la République, et certains établissements en sont les pierres angulaires.


















