J’ai allumé la radio.
J’ai écouté le journal.
J’ai compris que c’était le 25 janvier.
La Journée mondiale de lutte contre la lèpre.
J’ai cru que c’était un truc d’archives.
En fait, non.
C’est maintenant.
Ici.
J’ai appris que la lèpre existait encore en Calédonie.
J’ai levé un sourcil.
Puis les deux.
J’ai entendu parler du manque de soignants, surtout en brousse.
J’ai pensé aux routes longues.
Aux dispensaires vides.
Aux diagnostics qui n’arrivent pas.
J’ai entendu un responsable dire que le combat était loin d’être gagné.
Il a même dit que c’était plus inquiétant qu’avant.
Parce qu’il n’y a pas de médecins.
Donc pas de diagnostic.
Donc des malades qui circulent.
Donc une maladie qui circule.
J’ai trouvé la logique implacable.
J’ai appris que l’incubation pouvait durer entre deux et vingt ans.
J’ai fait le calcul.
J’ai arrêté le calcul.
J’ai préféré écouter la suite.
J’ai entendu parler d’argent qui manque.
De retraités.
De gens qui ont perdu leur boulot.
Et malgré ça,
des gens qui donnent quand même.
Cinq francs.
Cent francs.
Un geste.
J’ai vu des jeunes bénévoles devant les magasins.
Dix-sept ans.
À demander.
À expliquer.
À sourire.
J’ai trouvé ça calme.
Presque anormal.
Puis la radio a enchaîné.
Des poneys.
Des enfants.
Des chevaux à Nouméa.
Des bénévoles encore.
J’ai compris que le mot revenait souvent.
Après, c’est reparti sur la politique.
Des accords rejetés.
Des responsabilités renvoyées.
Des congrès.
J’ai attendu une solution.
J’ai entendu un discours.
Puis le reste du monde.
Des navires.
Des tensions.
Des annonces.
J’ai baissé le volume.
À la fin, j’ai réalisé un truc.
On parlait d’une maladie ancienne.
Avec des mots très modernes.
Pénurie.
Crise.
Manque de moyens.
Et au milieu,
des gens qui donnent encore quelque chose.
Un peu d’argent.
Un peu de temps.
Pendant que le reste parle.
Du coup, j’ai coupé la radio.
J’ai regardé autour.
Et j’ai pensé que certaines maladies survivent surtout
quand on finit par s’y habituer.
Bref.
















