Lucy change la donne pour Prony Resources

Vendredi 27 février 2026, c’est officiel : Lucy entre en service sur le site de Prony Resources New Caledonia.
Une inauguration attendue depuis des années, symbole d’un choix stratégique assumé : moderniser plutôt que subir.
Derrière les discours, un chiffre : 590 millions de dollars investis, soit près de 60 milliards de francs.
Quatre ans de chantier pour transformer en profondeur la gestion des résidus issus du procédé hydrométallurgique.
Un tournant industriel majeur pour l’usine du Sud.
Une rupture stratégique avec le barrage KO2
Depuis plus de dix ans, les boues résiduelles étaient stockées derrière le barrage KO2.
Aujourd’hui, cet ouvrage atteint plus de 80 % de sa capacité, pour un plafond autorisé supérieur à 40 millions de m³.
Face à cette réalité, deux options : construire un nouveau barrage… ou changer de modèle.
Le conseil d’administration a tranché.
Nous sommes des mineurs et des métallurgistes, pas des constructeurs de barrages, a rappelé Thibaut Martelin, président du conseil d’administration.
La décision prise il y a plusieurs années consistait à passer à un stockage par voie sèche.
Lucy permet désormais d’assécher les résidus à hauteur de 70 % de matière solide, contre environ 20 % auparavant.
Résultat : des déchets plus compacts, plus stables, plus faciles à transporter et à empiler.
Le barrage KO2 ne disparaît pas. Il restera opérationnel quelques années encore, notamment en cas d’intempéries ou d’arrêt imprévu.
Une sécurité assumée, encadrée par un suivi géotechnique permanent.
Selon Monia Sayari, responsable du département géosciences, « il n’y a aucune anomalie constatée ».
Le barrage continue d’être surveillé et audité par des experts indépendants.
La nouvelle zone de stockage à sec est équipée d’une couche de limonite compactée, d’un système géosynthétique drainant et d’un bassin de récupération des eaux de contact.
Environ 200 instruments assureront un contrôle continu des pressions, déplacements et infiltrations.
Un changement de méthode qui réduit la présence d’eau permanente et améliore la gestion des risques.
110 emplois et un signal clair aux investisseurs
Lucy, ce sont 110 emplois supplémentaires à temps plein.
Au pic du chantier, 580 personnes ont été mobilisées, avec 100 % d’emplois locaux et des sous-traitants issus de l’aire Drubea-Kapumë.
Dans une Nouvelle-Calédonie fragilisée par les crises successives, le message est clair : l’industrie lourde peut encore créer de l’emploi durable.
Le projet était prévu de longue date. Lors du retrait de Vale, 500 millions de dollars avaient été laissés pour financer ce chantier stratégique.
Pour Sonia Backès, présente lors de l’inauguration, l’aboutissement de Lucy démontre que :
malgré les crises, nous avons réussi à faire sortir ce projet de terre.
Le calendrier politique n’est pas neutre. Le Congrès doit examiner l’ouverture des autorisations d’exportation sur les réserves métallurgiques.
Une décision qui permettrait d’exporter de la matière première non traitée, aujourd’hui interdite.
Deux clauses substantielles restent également à lever dans le cadre des discussions avec un potentiel repreneur.
L’État négocie sur la question des investissements et des reprises d’emprunts, un ensemble qualifié de « panier de la mariée ».
Pour PRNC, Lucy constitue un argument industriel concret dans ces tractations.
Rentabilité, environnement et concurrence mondiale
Lucy n’est pas un simple geste environnemental. C’est une condition de survie industrielle.
Sans cette unité d’assèchement, l’usine aurait dû réduire sa production dès septembre prochain.
Le passage au stockage sec sécurise une visibilité d’au moins dix ans.
Sur le plan industriel, les derniers mois sont jugés encourageants. En septembre 2025, l’usine a atteint 3 700 tonnes de production, un record historique. La mine, de son côté, dépasse 1,2 million de tonnes mensuelles.
Deux records successifs ont été alignés. Un signal de montée en puissance.
Mais la modernité a un prix. Lucy entraîne 30 % de consommation électrique supplémentaire.
Le surcoût est estimé à environ 1 000 dollars par tonne de nickel, soit près de 8 % du prix de vente.
Dans un marché dominé par l’Indonésie, aux standards environnementaux différents, il n’existe pas de prime automatique au « nickel vert ». La concurrence est rude.
Pourtant, l’argument environnemental compte dans les discussions commerciales. Des industriels internationaux, attentifs aux conditions de production, examinent désormais ces critères.
Lucy n’est pas une utopie verte. C’est un choix stratégique assumé : produire en respectant des standards élevés tout en restant compétitif.
Au total, près de 60 milliards de francs investis pour sécuriser l’avenir du site. Un pari sur la durée.
Le mariage avec un éventuel repreneur pourrait être acté d’ici juin. En attendant, Lucy tourne.
Pour les 1 349 salariés et leurs sous-traitants, le signal est clair : l’outil fonctionne, l’outil produit, l’outil investit.
Dans un contexte calédonien souvent dominé par le doute, Lucy incarne une autre lecture : celle d’une industrie qui choisit d’anticiper plutôt que de subir.
La transition du barrage KO2 vers le stockage sec marque une étape structurante.
Elle réduit la contrainte technique immédiate et offre une perspective de long terme.
Loin des postures victimaires, l’enjeu est simple : prouver que le nickel calédonien peut rester un pilier stratégique français dans le Pacifique.
Lucy n’est pas une fin en soi. C’est un outil.
Un outil industriel, coûteux, exigeant, mais opérationnel. Un outil qui envoie un message : la Nouvelle-Calédonie peut encore produire, investir et convaincre.
La bataille de la rentabilité continue. Mais pour la première fois depuis longtemps, l’usine du Sud dispose d’un levier solide.
Et dans le monde du nickel, ce n’est pas un détail.

