Attractivité en crise : les chiffres qui inquiètent

Jeudi 26 février 2026, l’association Talents Calédoniens a présenté les résultats de sa grande enquête sur l’image et l’attractivité économique du territoire. Une étude menée auprès de 975 répondants, résidents et non-résidents, un an après les émeutes de mai 2024.
Le constat est documenté, chiffré, argumenté. L’attractivité recule nettement depuis 2020, mais les leviers existent.
Une image en net recul depuis 2020
L’étude 2025 constitue une mise à jour d’une première mesure réalisée en 2020. L’objectif : évaluer l’évolution de l’image du territoire après plusieurs événements majeurs, notamment les troubles de 2024.
En 2020, 91 % des répondants déclaraient avoir une bonne image de la Nouvelle-Calédonie. En 2025, ils ne sont plus que 58 %. Dans le détail, 19 % seulement ont aujourd’hui une très bonne image, contre des niveaux bien supérieurs lors de la précédente mesure.
L’étude souligne une image interne fragilisée, tandis que l’image externe demeure plus positive. Ainsi, 64 % des résidents déclarent avoir une image positive du territoire, contre 86 % des personnes qui n’y ont jamais vécu. Autrement dit : le regard extérieur reste bienveillant, mais ceux qui vivent sur place sont plus critiques.
Tous les critères mesurés sont en baisse par rapport à 2020 :
– attractivité pour les jeunes diplômés,
– attractivité pour les profils qualifiés,
– capacité à attirer des créateurs d’entreprise,
– perception du potentiel d’innovation.
L’étude parle d’« attractivité dégradée », tout en soulignant que la qualité de vie reste un atout majeur.
Les vraies causes : incertitudes, insécurité, économie
Les chiffres sont sans ambiguïté. Les principaux facteurs de risque identifiés sont :
– les incertitudes institutionnelles et le risque d’indépendance,
– l’insécurité,
– la situation économique,
– le coût de la vie.
En 2024, 65 % des départs sont associés aux incertitudes institutionnelles, 63 % à l’insécurité et 67 % à la situation économique. L’indice d’importance attribué aux incertitudes institutionnelles atteint 93 sur 100, celui de l’insécurité 85.
Ces données traduisent une inquiétude profonde sur la stabilité politique et la sécurité du territoire.
Le coût de la vie, cité de manière transversale (indice de 53), constitue également un facteur de décrochage.
Autre signal d’alerte : le risque d'un bouche-à-oreille négatif émanant des résidents et d’anciens résidents qui ne souhaitent pas revenir. Dans une économie insulaire, l’image circule vite. Et elle influence directement les décisions d’installation ou de retour.
L’étude identifie également un turnover potentiel de compétences, notamment dans la santé et l’action sociale.
Administration publique, santé, commerce, enseignement : ces secteurs stratégiques sont exposés à un risque de fuite des talents.
Des leviers clairs pour reconstruire l’attractivité
Pour autant, tout n’est pas perdu. Les facteurs d’attractivité restent solides. Le cadre de vie obtient un indice de 83. La qualité de vie demeure un pilier central. Le rapprochement familial atteint un indice de 93. Participer à la construction du pays est cité avec un indice de 64. Ces chiffres montrent que l’attachement au territoire existe toujours.
L’étude recommande l'adoption d'une stratégie différenciée selon les profils :
– stagiaires et futurs diplômés,
– jeunes diplômés avec 3 à 4 ans d’expérience,
– profils expérimentés de 5 à 10 ans,
– seniors en fin de carrière.
Pour les jeunes diplômés, la polyvalence des postes et l’acquisition rapide d’expérience sont des arguments majeurs.
Pour les profils expérimentés, l’accès à des responsabilités importantes et la participation à la reconstruction du territoire sont déterminants.
L’enquête insiste aussi sur la nécessité de mieux centraliser les offres de stages et les solutions d’hébergement afin de faciliter les retours.
En clair, l’attractivité ne se décrète pas. Elle se construit.
L’étude 2025 repose sur un échantillon structuré : 975 répondants, dont 45 % nés en Nouvelle-Calédonie et 62 % de non-résidents.
Parmi ces non-résidents :
– 34 % sont partis étudier,
– 22 % ont quitté le territoire,
– 6 % n’y ont jamais habité.
Ces données montrent que le vivier de retour existe.
Au global, 93 % de ceux qui veulent revenir déclarent avoir une image positive du territoire. 88 % des non-résidents attirés par la Nouvelle-Calédonie ont également une perception favorable.
Le message est limpide : la Nouvelle-Calédonie reste désirable, mais la stabilité est la condition absolue de son redressement.
L’étude ne dramatise pas. Elle mesure. Elle compare. Elle alerte.
Elle rappelle surtout une évidence : sans sécurité, sans visibilité institutionnelle et sans dynamique économique, aucun territoire ne peut durablement retenir ses talents.
Mais elle montre aussi que le socle existe encore. À la classe politique désormais de transformer ces constats en décisions concrètes.

