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Au delà du récif

Le mur d'eau qui n'a laissé aucune chance

28 août 2026 à 05:17
5 min de lecture
Le mur d'eau qui n'a laissé aucune chance

Résumé IA

L'effondrement d'un glacier provoque un mur d'eau meurtrier entre le Népal et le Tibet, faisant plus de 1.300 disparus, dont quatre Français. Le bilan officiel s'établit à au moins 359 morts. Les secours sont mobilisés, mais les autorités népalaises mettent en garde contre une possible deuxième vague.

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Un glacier cède quelque part au-dessus des nuages. Vingt-quatre heures plus tard, des vallées entières ont disparu de la carte.

Plus de 1.300 personnes manquent à l'appel entre le Népal et le Tibet, dont des centaines de touristes venus du monde entier et quatre Français.

Une vague comparable à un tsunami au cœur des montagnes

Il n'y a pas eu d'alerte. Pas de sirène, pas de délai, pas de fenêtre pour fuir.

L'effondrement d'un glacier a libéré une masse d'eau et de boue d'une puissance telle que l'Institut d'études géologiques des États-Unis (USGS) a enregistré un séisme de magnitude 5,2. Le choc a déclenché dans la foulée de nombreux glissements de terrain.

Le bilan officiel s'établit désormais à au moins 359 morts. Un décompte précédent faisait état de 270 victimes. Il continuera vraisemblablement d'évoluer.

Côté népalais, le flot a balayé la vallée de la rivière Trishuli, dans le district de Nuwakot, au nord de Katmandou. Il a également frappé celle de la Bhotekoshi, à l'est de la capitale.

De l'autre côté de la frontière, ce que les médias d'État chinois ont décrit comme des "torrents de boue" a enseveli Gyirong Port, poste-frontière et point de passage commercial.

Les images parlent d'elles-mêmes.

Une vidéo de vidéosurveillance, vérifiée par l'AFP, montre un immeuble de plusieurs étages et des habitants tentant de courir. Ils sont engloutis en quelques secondes.

Une seconde séquence, elle aussi authentifiée, filme une vague gigantesque s'abattre sur un parking dominant une rivière encore paisible quelques instants plus tôt. Des autocars sont emportés. Un bâtiment aussi.

"Des villages entiers et des marchés ont été rayés de la carte", résume David Fisher, responsable au Népal de la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR).

Rien à ajouter à cette phrase.

Des centaines d'étrangers portés disparus, quatre Français concernés

Jeudi matin, vingt-quatre heures après le passage du mur d'eau, l'autorité népalaise en charge des situations d'urgence était sans nouvelle de 823 personnes. Parmi elles figurent 517 ressortissants étrangers.

Côté chinois, les médias d'État évoquent 558 disparus, dont 260 étrangers.

La géographie explique cette proportion inhabituelle. Cette portion de l'Himalaya est l'une des plus fréquentées de la planète par les randonneurs et les alpinistes, notamment ceux qui préparent l'ascension de l'Everest. En pleine saison, ces vallées comptent presque autant de visiteurs que d'habitants.

Le bureau du tourisme népalais a détaillé les nationalités : 178 Indiens, 65 Américains, 53 Ukrainiens, 51 Malaisiens, 33 Britanniques, 25 Canadiens, 15 Australiens et 12 Israéliens.

Quatre Français figurent également parmi les disparus.

C'est un chiffre modeste au regard du bilan global. Il n'en engage pas moins la responsabilité de notre diplomatie, qui doit obtenir des autorités locales une information rapide, fiable et vérifiée sur le sort de nos compatriotes.

L'organisateur népalais de randonnées Himalayan Glacier reste pour sa part sans nouvelle d'un groupe entier de 47 personnes.

Nos équipes font la tournée des hôpitaux où les victimes sont acheminées, indique son directeur, Sanket Pandey.

À l'hôpital Bir de Katmandou, les familles attendent. Subash Khatani est venu jeudi matin y chercher une réponse.

"Mon frère aîné fait partie de ceux qui ont disparu", confie-t-il à l'AFP. "On continue à le chercher."

Des secours mobilisés, une menace qui n'a pas disparu

Sur le terrain, l'urgence commande.

L'armée népalaise a annoncé que les rotations de ses hélicoptères avaient permis d'évacuer 105 personnes, et de larguer du matériel médical ainsi qu'une aide humanitaire d'urgence dans les zones sinistrées.

Le Premier ministre népalais Balendra Shah était en route jeudi vers les secteurs touchés. Son secrétariat a indiqué dans la nuit que "le travail d'évaluation des dommages humains et matériels causé par les inondations se poursuit", appelant les Népalais à "aider financièrement" les opérations.

Fait rare, Xi Jinping est intervenu personnellement peu après la catastrophe.

La priorité absolue est la mobilisation de tous les moyens pour rechercher et secourir les personnes disparues, évacuer et reloger les habitants en danger, soigner rapidement les blessés et réduire au maximum le nombre de victimes, a déclaré le président chinois.

Le Dalaï Lama a offert ses "prières" aux victimes et adressé ses "sincères condoléances à toutes les personnes en deuil et affectées par la tragédie". Le chef spirituel tibétain en exil a surtout formulé un souhait plus concret : que des mesures soient prises pour "éviter que de tels désastres ne se reproduisent".

C'est le seul angle qui vaille.

Car le danger n'est pas écarté. Un premier rapport technique publié jeudi par le gouvernement népalais met en garde contre une possible deuxième vague. "Le lac qui s'est constitué au niveau du fleuve ne s'est toujours pas totalement libéré", avertit le document, qui précise que la "possibilité d'une nouvelle coulée ne peut être immédiatement écartée".

Autrement dit : la montagne n'a pas fini.

Les inondations et les glissements de terrain sont fréquents pendant la mousson d'été, de juin à septembre, au Népal, au Tibet et dans l'ensemble de l'Asie du Sud. En juillet 2025, dix-sept personnes avaient déjà disparu après un glissement de terrain près de Gyirong, selon les médias d'État chinois.

Selon les scientifiques, le changement climatique accroît l'intensité et la fréquence de ce type d'événements.

Ce constat, aussi documenté soit-il, ne remplace pas une politique de prévention.

Une vallée touristique fréquentée par des dizaines de milliers de visiteurs devrait disposer de réseaux d'alerte, de capteurs sur les lacs glaciaires et de protocoles d'évacuation dignes de ce nom. C'est un enjeu d'ingénierie et de volonté politique, pas de repentance.

Les incantations ne sauvent personne. Les sirènes, les digues et les hélicoptères, si.

Les recherches se poursuivent. Le décompte, lui, n'est pas terminé.

(Crédit photo : NAVESH CHITRAKAR/REUTERS)