48 milliards envolés

Résumé IA
La FEINC refuse toute hausse d'impôts pour combler les 48 milliards de francs de recettes fiscales évaporés en trois ans, privilégiant la relance économique. Loïc Steffan montre que la croissance pèse huit fois plus que les scénarios fiscaux, et le patronat appelle à un contrat financier avec l'État axé sur l'investissement.
48 milliards de francs de recettes fiscales se sont évaporés en trois ans. Face à ce trou, le patronat calédonien refuse la facilité du matraquage fiscal.
La main tendue de Paris, une chance à ne pas gâcher
Le message tient en une phrase. Il a le mérite de la clarté.
Soutien de l'État : oui. Hausse des impôts : non.
C'est la ligne défendue ce 23 septembre par la Fédération des entreprises et des industries de Nouvelle-Calédonie. Au moment où Paris s'engage à épauler le territoire, l'organisation patronale veut que le futur contrat financier avec l'État serve d'abord à une chose : faire repartir la machine économique.
Pas à alourdir la note des ménages et des entreprises.
Commençons par ce qui fait consensus. La FEINC salue l'engagement financier de l'État pour 2026 et 2027, et surtout sa volonté de l'inscrire dans un cadre pluriannuel courant jusqu'en 2031.
Ce n'est pas un détail.
Après deux années d'une crise sans équivalent dans l'histoire récente du Caillou, les acteurs économiques ont besoin de visibilité. Les finances publiques doivent être sécurisées. La dette doit être traitée. Le redressement doit être accompagné dans la durée, et non à coups de rustines annuelles.
La France est au rendez-vous. Les entreprises calédoniennes le reconnaissent volontiers.
La fédération adhère d'ailleurs au principe de « responsabilité partagée » posé entre l'État et la Nouvelle-Calédonie. Elle ne réclame pas un chèque en blanc. Elle le dit sans détour : aucune aide sans contrepartie. Mais encore faut-il que ces contreparties aillent dans le bon sens.
Et c'est là que tout se joue.
Un problème de base, pas de barème
Depuis 2024, l'activité s'est effondrée. Et avec elle, mécaniquement, les recettes publiques. Moins d'entreprises, moins d'emplois, moins de revenus, moins de consommation : au bout de la chaîne, ce sont aussi moins d'impôts et moins de cotisations sociales qui rentrent dans les caisses.
Les chiffres donnent le vertige. Loïc Steffan, enseignant à l'Université de la Nouvelle-Calédonie, évalue à 48 milliards de francs la baisse des principales recettes fiscales entre 2023 et le budget primitif 2026.
Quarante-huit milliards.
Devant un tel gouffre, la tentation est connue. Augmenter les taux, créer de nouvelles taxes, serrer la vis. Un réflexe presque pavlovien dans la sphère publique, et qui a l'apparence du bon sens comptable.
Sauf que les travaux de l'universitaire démontent cette logique. Selon ses simulations, la trajectoire de croissance pèse huit fois plus que le choix entre les différents scénarios fiscaux envisagés. Même les options les plus lourdes ne parviennent pas à combler le besoin de financement.
Autrement dit, on peut jouer avec les curseurs fiscaux autant qu'on veut. Sans croissance, le compte n'y sera pas.
Sa conclusion, reprise par la FEINC, résume l'enjeu en quelques mots :
La Nouvelle-Calédonie n'a pas un problème de barème, elle a un problème de base taxable.
Tout est dit. Le mal ne vient pas de taux trop bas. Il vient d'une économie qui produit moins, embauche moins, investit moins.
Relancer d'abord, encaisser ensuite
Taxer une économie qui s'essouffle, c'est prendre le risque de l'étouffer. Les entreprises encore debout seraient pénalisées davantage. L'embauche serait freinée. L'investissement, déjà reporté, le serait encore. La consommation reculerait. Et au final, ironie cruelle, les recettes fiscales baisseraient encore.
Le cercle vicieux, dans toute sa splendeur.
La FEINC propose d'inverser la logique. Remettre l'économie en mouvement, en enchaînant les étapes dans l'ordre : investir, produire, employer, consommer, et seulement alors financer. Une économie qui redémarre élargit naturellement la base sur laquelle repose l'impôt. Les recettes suivent.
C'est une vision simple. Elle n'a rien d'idéologique. Elle repose sur un principe que tout chef d'entreprise connaît : on ne remplit pas une caisse en fermant la boutique.
La fédération rappelle d'ailleurs que l'histoire calédonienne a déjà tranché ce débat. Après la crise de 1970, souligne-t-elle, la priorité avait été donnée à la relance.
Le futur contrat financier doit donc, selon elle, engager l'État et la Nouvelle-Calédonie sur une véritable stratégie de relance économique. Pas sur un simple plan de rattrapage fiscal.
Le patronat ne demande pas la charité. Il demande que chaque franc de contrepartie serve à recréer de l'activité et des emplois.
Sa formule finale a le mérite de trancher avec les discours de résignation : pour retrouver des recettes, retrouvons d'abord la croissance.



