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Mémoire

Hitler a gagné sans tirer

30 septembre 2026 à 14:00
4 min de lecture
Hitler a gagné sans tirer

Résumé IA

Le 30 septembre 1938, les accords de Munich scellent l'annexion des Sudètes par l'Allemagne hitlérienne, sans que la Tchécoslovaquie soit invitée. Paris et Londres croient acheter la paix, mais le pays est démantelé, et la guerre éclate un an plus tard. Churchill dénonce une « défaite totale et sans mélange ».

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Il y a quatre-vingt-huit ans, deux grandes démocraties croyaient acheter la paix en sacrifiant un allié.
Elles n'ont obtenu qu'un sursis. Et l'Histoire leur a présenté l'addition.

Une surenchère méthodique

Le 30 septembre 1938, une conférence s'achève à Munich. On l'avait présentée comme celle de la dernière chance.

Autour de la table, quatre hommes. Adolf Hitler, d'abord, qui exige le droit d'intervenir en Tchécoslovaquie au nom de la minorité germanophone installée dans les monts Sudètes. Face à lui, ou plutôt à ses côtés, le Français Édouard Daladier, le Britannique Neville Chamberlain et l'Italien Benito Mussolini.

Il manque quelqu'un. Les Tchécoslovaques, premiers concernés, n'ont pas été conviés.

En cédant une fois de plus devant la menace, Paris et Londres vont conforter le dictateur allemand dans une certitude dangereuse : tout lui est permis.

Rien de tout cela ne sort de nulle part. Quelques mois plus tôt, Hitler a déjà avalé l'Autriche sans tirer un coup de feu. Personne ne l'en a empêché.

En septembre 1938, il passe à l'étape suivante. Il réclame l'autodétermination pour les 3,2 millions d'Allemands qui vivent dans la région des Sudètes, en territoire tchécoslovaque.

Cette fois, la perspective d'une guerre devient concrète.

Pourtant, en Allemagne même, l'enthousiasme n'est pas unanime. Le traumatisme de 1918 reste vif. Beaucoup d'Allemands n'ont aucune envie de revivre un conflit, et cette réticence se retrouve jusque dans l'entourage du Führer.

C'est le moment que choisit Londres pour tendre la main. Neville Chamberlain multiplie les gestes d'apaisement. Il se rend auprès de Hitler le 15 septembre, puis de nouveau le 22, après avoir convaincu Prague qu'un arrangement était inévitable.

La réponse du chancelier allemand ? Il durcit le ton.

Il exige désormais que les Sudètes lui soient cédés dès le 1er octobre, faute de quoi il envahira la région à cette date. En Europe, chacun redoute le pire.

Le 28 septembre, alors que la guerre paraît imminente, Mussolini sort de sa manche une conférence internationale. Sans les Tchécoslovaques, évidemment.

Munich, ou la faillite des démocraties

Tout va très vite. Le 29 septembre, Hitler accueille Mussolini à la gare de Munich. Chamberlain et Daladier arrivent séparément, chacun par avion.

Les négociations sont éprouvantes. Épuisés, le Français et le Britannique finissent par accepter le « compromis » présenté par le Duce. Prague devra évacuer les Sudètes dans un délai de dix jours et démanteler ses fortifications frontalières.

Autrement dit, un pays souverain se voit amputé et désarmé par des puissances étrangères, dans une salle où il n'avait pas le droit d'entrer.

Dès le lendemain, la Wehrmacht franchit la frontière et annexe les Sudètes. Hitler redessine lui-même les limites du pays, en attendant de s'en emparer entièrement.

Les voisins ne se font pas prier. La Hongrie et la Pologne profitent de l'intervention allemande pour prélever chacune leur part du territoire tchécoslovaque.

Ce qui subsiste de l'État est transformé, à la demande des Slovaques, en fédération. D'un côté, la Bohême-Moravie, peuplée de Tchèques, avec Prague pour capitale. De l'autre, la Slovaquie, autour de Bratislava, l'ancienne Presbourg, en attendant une « indépendance » complète.

La Tchécoslovaquie née en 1918 a vécu.

La paix, le déshonneur, puis la guerre

Dans les démocraties, l'opinion hésite entre le malaise et le soulagement. Mais c'est le soulagement qui s'affiche.

Chamberlain descend de son avion avec une conviction intacte. Il assure que le Führer est un homme fiable dès lors qu'il a donné sa parole. L'aveuglement est total.

En France, le lendemain, tous les journaux titrent sur le même mot : « La Paix ! ». Au Bourget, Daladier est accueilli par une foule en liesse.

Une seule voix, ou presque, refuse de se joindre au concert.

Le 5 octobre 1938, Winston Churchill prend la parole. Il parle d'une « défaite totale et sans mélange ». Il avertit ses compatriotes qu'ils viennent de subir une défaite sans avoir combattu, et que ses conséquences les accompagneront longtemps.

La postérité a préféré retenir une formule plus ciselée, que Churchill n'a pourtant jamais prononcée :

Ils ont accepté le déshonneur pour avoir la paix. Ils auront le déshonneur et la guerre.

Apocryphe ou non, la phrase a traversé les générations. Parce qu'elle dit l'essentiel.

À Munich, les dirigeants français et britanniques n'ont pas été trompés par surprise. Ils avaient sous les yeux l'Anschluss, les ultimatums, la surenchère permanente. Ils ont choisi de croire à la bonne foi d'un homme qui n'en avait donné aucune preuve.

Moins d'un an plus tard, le 1er septembre 1939, l'Allemagne envahissait la Pologne.

La faiblesse n'avait pas acheté la paix. Elle avait seulement fixé la date de la guerre.

(Crédit photo : FRANCE PRESSE VOIR / AFP)