Interdictions d’alcool : quand les fermetures à répétition mettent les cavistes sous pression

Résumé IA
En Nouvelle-Calédonie, les interdictions temporaires de vente d’alcool se multiplient depuis 2024, contraignant les cavistes comme Les Dieux du Vin à La Foa à fermer totalement, avec un chiffre d’affaires réduit à zéro. Ce commerce comptabilise 26 jours de fermeture en 2026, soit une perte estimée de 12 à 14 % de son chiffre d’affaires potentiel, sans compensation.
En Nouvelle-Calédonie, les interdictions temporaires de vente d’alcool se multiplient depuis 2024. Pour les commerces spécialisés, ces mesures peuvent signifier une fermeture totale de plusieurs jours, avec un chiffre d’affaires ramené à zéro alors que les charges continuent de courir.
À La Foa, Les Dieux du Vin estime avoir déjà subi 26 jours de fermeture complète depuis le début de l’année 2026, représentant selon ses calculs entre 12 et 14 % de chiffre d’affaires potentiel perdu.
Pour un caviste, l’interdiction signifie souvent fermeture totale
Lorsqu’une interdiction de vente d’alcool est décidée, tous les commerces ne sont pas touchés de la même manière. Une grande surface ou un commerce alimentaire peut neutraliser son rayon consacré aux boissons alcoolisées et poursuivre la vente de ses autres produits. Pour un caviste, dont l’activité repose précisément sur la commercialisation de vins et spiritueux, la situation est différente : l’interdiction peut entraîner l’arrêt complet de l’activité.
C’est ce que constate Les Dieux du Vin, à La Foa, qui a accepté de témoigner sur les conséquences économiques de ces restrictions.
Nous n’avons tout simplement plus rien à vendre. Pendant toute la durée de l’interdiction, notre chiffre d’affaires tombe donc à zéro alors que les charges et les obligations de l’entreprise continuent
, explique le commerce.
Le Haut-commissariat a notamment pris en mai 2026 un arrêté portant restriction exceptionnelle de la vente et de la consommation de boissons alcooliques et fermentées à emporter sur l’ensemble de la Nouvelle-Calédonie, du 11 au 17 mai.
26 jours de fermeture comptabilisés en 2026
Selon son propre suivi, Les Dieux du Vin comptabilise 26 jours de fermeture totale depuis janvier 2026 en raison des différentes périodes d’interdiction.
En se basant sur son niveau d’activité habituel et sur le chiffre d’affaires réalisé lorsqu’il peut normalement ouvrir, le commerce estime que ces fermetures représentent entre 12 et 14 % de chiffre d’affaires potentiel perdu depuis le début de l’année. L’établissement précise qu’il s’agit d’une estimation : toutes les journées ne génèrent évidemment pas le même niveau de ventes.
Cette perte intervient surtout dans un contexte économique déjà compliqué. Selon les éléments transmis par le caviste, son chiffre d’affaires sur les neuf premiers mois de 2026 est inférieur d’environ 40 % à celui enregistré sur la même période de 2023.
Les interdictions d’alcool ne sont donc pas présentées comme la seule cause de cette baisse, mais comme une difficulté supplémentaire pour une petite structure déjà confrontée au ralentissement de l’activité économique.
Des restrictions déjà nombreuses en 2024 et 2025
Le phénomène n’est pas nouveau. Selon les relevés de l’entreprise, Les Dieux du Vin aurait connu environ 90 jours de fermeture en 2024, dans le contexte exceptionnel ayant suivi les émeutes du mois de mai.
À cette période, le Haut-commissariat avait effectivement instauré puis prolongé à plusieurs reprises des restrictions concernant la vente d’alcool afin de prévenir les troubles à l’ordre public. Un arrêté du 15 mai 2024 interdisait par exemple la vente de boissons alcooliques ou fermentées à emporter sur l’ensemble du territoire.
Le commerce indique avoir bénéficié cette année-là d’un dispositif de dédommagement de la Province Sud, sans être aujourd’hui en mesure d’en préciser les modalités exactes.
En revanche, selon ses propres relevés, les restrictions auraient représenté 14 jours de fermeture en 2025, puis déjà 26 jours en 2026, sans dispositif de compensation spécifique lié à ces interruptions d’activité.
Les petites structures disposent de moins de marge de manœuvre
Pour les commerces spécialisés, le problème dépasse donc la seule perte des ventes réalisées pendant quelques journées. Les loyers, assurances, taxes, remboursements ou encore différentes charges professionnelles continuent de courir lorsque l’établissement est fermé.
Les petites entreprises disposent également de moins de possibilités de diversification qu’une grande enseigne capable de compenser une baisse d’activité sur un rayon par la vente de centaines d’autres références. Les Dieux du Vin ne compte pas de salarié, mais souligne que d’autres cavistes ou commerces spécialisés sont employeurs. Pour ces entreprises, les fermetures répétées peuvent donc également avoir des conséquences sur la capacité à maintenir les emplois et à supporter les charges salariales.
Le Syndicat des commerçants et le SIDNC saisis du sujet
Le témoignage publié par Les Dieux du Vin semble désormais dépasser le seul cas de l'établissement de La Foa. Le commerce indique avoir été récemment contacté par le Syndicat des commerçants ainsi que par le SIDNC afin d’échanger sur les conséquences de ces interdictions pour les professionnels concernés.
Des discussions seraient actuellement en cours afin de faire remonter les difficultés rencontrées sur le terrain et d’examiner les démarches susceptibles d’être entreprises auprès des autorités compétentes, notamment du Haut-commissariat.
Vers un dispositif spécifique pour les commerces obligés de fermer ?
La question soulevée est finalement celle de la différence entre une restriction partielle et une fermeture administrative de fait. Lorsqu’un commerce alimentaire doit interrompre la vente d’alcool, une grande partie de son activité peut se poursuivre. Pour un caviste, la même décision peut conduire à 100 % de perte de chiffre d’affaires pendant plusieurs jours.
Les Dieux du Vin ne remet pas en cause les objectifs de sécurité publique poursuivis par ces mesures, mais s'interroge sur leurs conséquences économiques lorsqu’elles deviennent répétitives.
Pour les professionnels concernés, la réflexion porte donc désormais sur la possibilité de mettre en place un dispositif spécifique d’accompagnement ou de compensation lorsque l’interdiction entraîne la fermeture complète d’un commerce.
Après les circonstances exceptionnelles de 2024, la répétition des mesures en 2025 et 2026 fait désormais émerger une question plus large : jusqu’où une petite entreprise peut-elle absorber seule le coût de fermetures décidées pour des raisons indépendantes de son activité ?



