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Mapou tire sur son propre camp

2 octobre 2026 à 08:05
4 min de lecture
Mapou tire sur son propre camp

Résumé IA

Désavoué aux provinciales, Louis Mapou s’en prend à son propre camp dans un communiqué de l’UPP, qui dénonce les divisions et le manque de perspectives du mouvement indépendantiste. Le parti, absent de la province Sud où il a échoué à obtenir des élus, appelle à une « reformulation du portage politique ». Mapou annonce un plan 2026-2028 pour bâtir un espace politique commun avant la présidentielle d’avril 2027.

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Désavoué dans les urnes, Louis Mapou s'en prend désormais à son propre camp. Dans un communiqué de cinq pages, l'UPP dresse un réquisitoire contre les indépendantistes eux-mêmes.

Un réquisitoire venu de l'intérieur

Ce n'est pas un loyaliste qui écrit ces lignes. C'est un ancien président du gouvernement, figure historique du Palika.

Dans un communiqué daté du 29 septembre 2026, à l'issue d'un séminaire tenu le 26 septembre avec l'UNID, l'UPM et le Palika, Unis pour le pays (UPP) dresse un constat accablant du mouvement indépendantiste. Premier groupe au Congrès avec 26 élus sur 54, celui-ci « tarde à imprimer sa marque ».

Le texte ne s'arrête pas là. Il cible nommément les nouvelles équipes du FLNKS et de l'UNI, qui peineraient depuis trois mois à dire quel rôle politique elles entendent jouer. L'UNI, c'est pourtant la famille politique de Louis Mapou.

Loin des « discours radicaux d'avant élections », l'UPP décrit un « tâtonnement inquiétant ». Le mouvement indépendantiste n'apparaîtrait plus qu'à l'extérieur du territoire, comme s'il était incapable de faire face aux défis internes.

Le plus grave, selon le communiqué, est de ne plus avoir aucune perspective sur l'accès à la pleine souveraineté avant la présidentielle d'avril 2027.

Plus loin, le constat se durcit encore. Le camp indépendantiste souffrirait de « divisions et de contradictions qui inquiètent les Calédoniens ». Les forces en présence ne seraient plus à la hauteur des enjeux. D'où cette conclusion : une « reformulation du portage politique » serait impérative.

Traduction : la direction actuelle de l'indépendantisme ne convient plus. Et Louis Mapou se propose de la remplacer.

Un donneur de leçons sans siège

Reste un détail que le communiqué passe sous silence. Le 28 juin, en province Sud, la liste de Louis Mapou a obtenu 3 401 voix, soit 4,13 %, sans atteindre le seuil de 5 % des inscrits. Zéro élu. L'UNI y comptait pourtant 3 sièges dans l'assemblée sortante.

L'objectif affiché en campagne était de franchir la barre des 6 300 voix, Louis Mapou évaluant le potentiel indépendantiste du Sud à 30 000 voix. Le résultat en représente à peine la moitié.

Le texte évoque malgré tout « le soutien obtenu lors des provinciales en province Sud ».

Il y a plus embarrassant. Les divisions que l'UPP dénonce, elle y a pris part. Aux provinciales, l'UNI de Louis Mapou et l'UC-FLNKS de Johanito Wamytan se sont présentées l'une contre l'autre en province Sud. Celui qui appelle aujourd'hui à rassembler est celui qui a fait liste à part.

Face à cet éparpillement, les électeurs du Sud ont choisi la clarté. La liste Les Loyalistes – Le Rassemblement de Sonia Backès est passée de 28 802 voix en 2019 à 41 294 voix, et Sonia Backès a été reconduite avec 28 élus sur 40.

Le communiqué affirme pourtant que les provinciales ont « acté » que la souveraineté en partenariat répondrait aux aspirations d'une majorité de Calédoniens. Le même document reconnaît, quelques pages plus tôt, que la majorité non indépendantiste a été reconduite et garde le Congrès comme l'exécutif.

Les deux affirmations ne tiennent pas ensemble.

Bougival, ou l'aveu d'un échec collectif

Sur le fond institutionnel, le texte contient une autre critique, cette fois à peine voilée, contre les indépendantistes qui ont combattu l'accord de Bougival – Élysée-Oudinot. L'UPP relève que les engagements de campagne brandis contre l'ABEO se sont évaporés au lendemain du scrutin.

Elle va plus loin. Le Pacte de refondation, issu de cet accord, reste selon elle l'unique cadre crédible pour sortir des séquelles de la crise du 13 mai 2024. Et l'ABEO, stoppé à l'Assemblée nationale, demeure le seul projet d'avenir structuré élaboré à ce jour.

En clair, ceux qui ont fait tomber l'accord n'ont rien construit à la place.

L'UPP reconnaît aussi que le territoire vit dans un statu quo au sein de la République, l'Accord de Nouméa restant le socle juridique malgré ses dispositions caduques. L'après-Accord de Nouméa est renvoyé après la présidentielle, et aucune force politique ne manifeste la volonté d'ouvrir de vraies négociations.

Pour la suite, Louis Mapou annonce un plan 2026-2028. Une équipe de pilotage réunie tous les quinze jours, un déploiement dans les 13 communes du Sud, une structure UPP par commune, un dialogue avec Nouméa, Paris et le Pacifique. Objectif : bâtir un « espace politique commun » avant avril 2027 et peser sur la présidentielle en rencontrant les candidats.

Au passage, Jean-Luc Mélenchon, favorable à l'indépendance en janvier 2028, et Marine Le Pen, qui veut reporter l'autodétermination de plusieurs décennies, sont renvoyés dos à dos.

Le communiqué l'admet lui-même : l'UPP est absente de la Province Sud. C'est pourtant depuis ce territoire, où elle n'a plus aucun élu, qu'elle prétend refonder tout un camp politique.

Signé Louis Mapou, le texte se conclut ainsi : l'UPP « refuse la résignation et choisit la responsabilité ».

Le camp indépendantiste, lui, vient d'apprendre ce que l'un de ses anciens chefs pense vraiment de lui.

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(Crédit photo : UNIS pour le Pays)