Retailleau veut interdire LFI

Résumé IA
Bruno Retailleau propose d'interdire La France insoumise, évoquant un parti « fasciné par la violence ». Le maire de Saint-Denis, Bally Bagayoko, est visé par une saisine de la justice après des propos sur la violence « légitime ».
Une semaine de blocus, des centaines d'interpellations, des policiers blessés par dizaines.
Et désormais, une question que plus personne à droite n'hésite à poser à voix haute.
Retailleau brise un tabou
Le mot est lâché. Jeudi, sur BFMTV-RMC, Bruno Retailleau a mis sur la table une hypothèse que la classe politique évitait soigneusement jusqu'ici : l'interdiction de La France insoumise.
Le candidat LR n'a pas pris de gants.
On a un parti qui est fasciné par la violence, qui appelle à la sédition et même qui essaie d'organiser l'insurrection, a-t-il lancé.
Puis il a enfoncé le clou, avec une mise en garde qui dépasse largement le cadre scolaire. Pour lui, ce qui se joue devant les établissements n'est rien d'autre que « la répétition générale de ce qui pourrait se passer en 2027 si Mme Le Pen gagnait ».
L'ancien locataire de la place Beauvau ne se cache pas derrière l'émotion. Il reconnaît lui-même la difficulté juridique.
C'est très difficile en droit, mais je la lance dans le débat public, a-t-il assumé.
Et s'il occupait encore le ministère de l'Intérieur ? Il ferait, dit-il, « étudier par ses services ce cas-là ».
Sur les revendications des lycéens, en revanche, concernant la dégradation de leurs conditions de scolarité, Bruno Retailleau ne s'est pas exprimé.
Une semaine de chaos devant les lycées
Les chiffres parlent d'eux-mêmes.
Pour la seule journée de mercredi, 625 personnes ont été interpellées. 83 policiers et gendarmes ont été blessés. En une journée.
Le mouvement a débuté il y a environ une semaine. Depuis, les violences n'ont pas cessé. Selon le bilan communiqué mercredi par le ministre de l'Éducation nationale, 119 élèves et personnels ont été blessés depuis le début des blocus.
L'IGPN, la « police des polices », a de son côté été saisie de trois enquêtes après des blessures subies par des lycéens.
Au cœur des accusations, une formation politique : LFI. L'exécutif, notamment, lui reproche d'encourager et d'instrumentaliser la mobilisation lycéenne.
Marine Le Pen a désigné nommément le responsable sur X. Jean-Luc Mélenchon, selon elle, « porte une lourde responsabilité dans la situation que connaît aujourd'hui notre pays », en se rendant lui-même devant les lycées pour haranguer les jeunes, en appelant ses militants à l'insurrection et en dépêchant ses députés aux portes des établissements. Sa conclusion tient en une phrase : « L'ordre doit être rétabli et l'accès aux lycées assuré. »
Son allié Éric Ciotti a choisi des mots tout aussi durs.
Des mineurs sont manipulés et poussés dans la violence par des mouvements séditieux qui veulent faire vaciller la démocratie, a-t-il dénoncé.
Sur un point, la droite parle d'une seule voix.
Saint-Denis : le maire LFI rattrapé par la justice
Un cas cristallise désormais toutes les tensions. Celui de Bally Bagayoko, maire insoumis de Saint-Denis.
Le préfet de police Patrice Faure a saisi la justice contre l'élu pour « des faits présumés de provocation à commettre un délit ». Une décision saluée par Bruno Retailleau.
Ce que le préfet lui reproche ? Des propos présentant :
la réaction violente comme pouvant être une réponse compréhensible ou légitime à l'action des forces de l'ordre.
Le contexte est connu. Lundi puis mardi, le maire s'est rendu auprès des lycéens mobilisés de Paul-Éluard, à Saint-Denis. Mardi matin, devant l'établissement, au micro de BFM, il a eu cette phrase :
La violence, à un moment donné, peut être légitime.
Il a aussitôt ajouté une nuance :
Mais chaque fois qu'on peut l'éviter, c'est mieux.
Le signalement a été déposé dans la foulée.
Un élu de la République qui évoque la légitimité de la violence, devant des mineurs, au moment même où des dizaines de policiers tombent blessés. Pour une partie croissante de la classe politique, la ligne rouge a été franchie.
Reste à savoir si le débat lancé par Bruno Retailleau dépassera le stade des plateaux télé. La question de l'interdiction de LFI, elle, est désormais posée publiquement.
(Crédit photo : DDM / NATHALIE SAINT AFFRE)



