La France se souvient d’un monument politique, adulé par le peuple, contesté par sa famille idéologique.
Jacques Chirac, figure centrale de la Ve République, aura autant marqué la droite que fragilisé sa constance.
Jacques Chirac, parcours d’un conquérant devenu mythe national
Né le 29 novembre 1932 à Paris, Jacques Chirac s’impose très tôt comme un ambitieux aux multiples facettes.
Fils d’une famille aisée d’origine corrézienne, il cultive un goût rare pour les cultures du monde et pour les arts premiers.
Son engagement précoce, parfois brouillon, révèle un tempérament complexe et insaisissable.
Militant communiste éphémère, marin d’aventure, étudiant à l’ENA, il forge un parcours à rebours des élites figées.
À l’ENA, sa chaleur humaine et son sens du contact frappent les esprits.
Il épouse Bernadette Chodron de Courcel en 1956, scellant un couple politique durable.
Volontaire pour l’Algérie, il démontre une rigueur militaire respectée jusque par ses adversaires.
Le général de Gaulle, puis Georges Pompidou, voient en lui un serviteur efficace mais redoutablement stratège.
En Corrèze, terre de ses racines, il bâtit une assise électorale fidèle. Député, ministre, secrétaire d’État, il gravit méthodiquement les marches du pouvoir. Surnommé « le bulldozer », il impose une présence physique et politique unique.
Maire de Paris durant dix-huit ans, il transforme la capitale en vitrine politique de sa puissance. Fondateur du RPR puis artisan de l’UMP, il restructure durablement la droite française.
Il devient l’incarnation d’un gaullisme populaire, enraciné, charnel.
Le paradoxe Chirac : pouvoir fort mais instabilité chronique
Quatre fois porté au sommet, Jacques Chirac n’a jamais su conserver durablement sa majorité. Chaque victoire s’est accompagnée d’un reflux rapide.
Premier ministre sous Giscard, puis sous Mitterrand, il expérimente deux cohabitations historiques. Président en 1995, il déclenche une dissolution hasardeuse en 1997.
Résultat : une déroute parlementaire et une droite affaiblie.
La fameuse « loi des deux ans » s’impose alors comme une réalité politique. En 2002, réélu triomphalement face à Jean-Marie Le Pen, il bénéficie d’un plébiscite historique.
Mais son second mandat s’enlise dans la prudence et l’immobilisme.
Son refus courageux de la guerre en Irak marque cependant un tournant diplomatique majeur. Il incarne alors une France souveraine, indépendante et respectée sur la scène mondiale.
Pourtant, les affaires judiciaires ternissent progressivement son image. Les dossiers des emplois fictifs et des frais de bouche fragilisent sa stature présidentielle.
Condamné en 2011, il demeure le symbole d’un pouvoir ambigu, entre grandeur et déclin.
Sa popularité, elle, ne faiblit jamais complètement. Le peuple continue de voir en lui un président proche, chaleureux, accessible : un homme qui serre les mains, qui écoute, qui comprend.
Héritage, mémoire et trace dans l’histoire politique française
Jacques Chirac laisse une empreinte profonde dans la mémoire collective. Il a façonné une droite à la fois sociale et nationale. Son discours sur la responsabilité de l’État sous Vichy marque un tournant mémoriel historique.
Le musée du quai Branly témoigne de son attachement aux civilisations oubliées. Sa phrase sur la planète en feu résonne encore dans le débat écologique.
Il aura incarné à la fois un président chef d’État et un homme de terroir, un aristocrate du pouvoir proche du peuple.
Ses adversaires reconnaissent aujourd’hui son charisme exceptionnel. François Fillon le qualifie de lion politique.
Dominique de Villepin loue sa vision d’une France enracinée et ouverte.
Même ses critiques admettent son impact durable. Son retrait progressif, puis son silence, ont renforcé sa légende.
Sa dernière apparition publique en 2014 scelle une fin digne et sobre.
Le 26 septembre 2019, la France perd un visage familier. Mais elle conserve l’image d’un président qui parlait au cœur de la nation : une figure contradictoire, mais incontournable.
Un symbole d’une époque révolue, entre grandeur, pragmatisme et fragilité. Jacques Chirac reste un repère dans l’histoire politique française. Un héritage à la fois glorieux et discuté, mais profondément ancré.
La droite, encore aujourd’hui, peine à retrouver une telle épaisseur humaine. Et la France, une telle présence.


















