Pape à vie… sauf ce jour-là

Né en Bavière le 16 avril 1927, Joseph Ratzinger est élu pape le 19 avril 2005 sous le nom de Benoît XVI. Théologien reconnu, intellectuel rigoureux, il succède à Jean-Paul II dans un contexte mondial tendu.
Le 11 février 2013, à la surprise générale, il annonce qu’il renoncera à sa charge. Le 28 février 2013 à 20 heures, le Siège de Saint Pierre est vacant. Un événement inédit depuis plus de sept siècles.
Une renonciation historique, pas une démission
Dans l’histoire bimillénaire de l’Église catholique, les papes meurent en fonction. Élus à vie, ils portent la charge jusqu’à leur dernier souffle.
Le terme exact n’est pas « démission », mais renonciation. Le droit canonique est formel. L’article 332-2 du Code de droit canonique précise :
S’il arrive que le pontife romain renonce à sa charge, il est requis pour la validité que la renonciation soit faite librement et qu’elle soit dûment manifestée, mais non pas qu’elle soit acceptée par qui que ce soit.
Autrement dit, au sommet de la hiérarchie catholique, le pape ne dépend d’aucune autorité humaine. Sa décision relève de sa conscience devant Dieu seul.
L’article 333 ajoute qu’« contre une sentence ou un décret du pontife romain, il n’y a ni appel ni recours ». La renonciation ne peut être contestée.
Le 28 février 2013, à 85 ans, Benoît XVI invoque le poids de l’âge et la fatigue pour justifier son choix. Il se retire dans un monastère au Vatican. Il y vivra dix années de silence et de prière, jusqu’à son décès le 31 décembre 2022.
Cette décision constitue la première renonciation papale depuis celle de Célestin V en 1294.
La Sede vacante : un moment de vulnérabilité pour l’Église
Lorsque le pape meurt ou renonce, commence la période dite de Sede vacante, vacance du Siège apostolique.
Historiquement, cette phase est délicate. L’Église catholique, forte de plus d’un milliard de fidèles, se retrouve sans chef visible.
Dès l’annonce officielle, les cardinaux du monde entier sont convoqués à Rome. Ils forment le Collège cardinalice.
Les congrégations générales s’ouvrent. Les cardinaux échangent sur la situation de l’Église, sur les défis spirituels, culturels et géopolitiques du moment. Ils définissent aussi le calendrier du conclave.
En cas de décès, neuf jours de deuil appelés « novemdiales » sont observés. Dans le cas d’une renonciation, comme en 2013, l’organisation se concentre directement sur l’élection.
Le conclave se tient à huis clos, dans la chapelle Sixtine. Seuls les cardinaux électeurs de moins de 80 ans participent au vote.
En mars 2013, après quelques jours de scrutin, un nom s’impose.
François, premier pape non européen de l’époque moderne
Le 13 mars 2013, le conclave élit l’archevêque de Buenos Aires, François, né Jorge Mario Bergoglio.
Âgé de 76 ans, membre de la Compagnie de Jésus, il devient le premier pape jésuite et le premier pape non européen de l’époque moderne.
Il choisit le nom de François, en référence à saint François d’Assise. Un choix symbolique fort.
Cette élection marque une inflexion géographique et pastorale dans l’histoire récente de l’Église. Après des siècles de domination européenne, Rome regarde vers l’Amérique latine.
Les précédents historiques de renonciation
Si la renonciation est rare, elle n’est pas totalement inédite.
Au IIIe siècle, Pontien est déporté en Sardaigne lors des persécutions de l’empereur Maximin. Contraint aux travaux forcés dans les mines, il renonce au siège de Rome en 235.
Au XIe siècle, Benoît IX, issu de la puissante famille des Tusculani, accède très jeune au trône pontifical. En 1045, il renonce une première fois, avant de tenter de reprendre sa charge. Son successeur, Grégoire VI, sera lui-même contraint d’abdiquer dans un contexte troublé marqué par des accusations de simonie.
En 1415, en pleine crise du Grand Schisme d’Occident, Grégoire XII choisit d’abdiquer afin de restaurer l’unité de l’Église entre Rome et Avignon. Un geste d’autorité et de responsabilité.
Mais pendant plus de 700 ans, aucun pape n’avait franchi ce pas.
Un geste de lucidité et de responsabilité
Le 11 février 2013, Benoît XVI déclare renoncer au ministère d’Évêque de Rome qui lui avait été confié le 19 avril 2005.
Le 28 février 2013 à 20 heures, la renonciation devient effective. Le siège de Saint Pierre est vacant.
Face aux scandales internes, aux tensions administratives, et à la fatigue liée à l’âge, le pape choisit la clarté institutionnelle plutôt que l’obstination personnelle.
Dans une époque où le pouvoir est souvent conservé jusqu’à l’extrême limite, ce choix tranche.
Il ne s’agit ni d’un abandon ni d’une crise de régime. Il s’agit d’un acte prévu par le droit, assumé publiquement et pleinement valide selon les règles de l’Église.
La renonciation de Benoît XVI a profondément marqué le XXIe siècle religieux. Elle a rappelé que la fonction pontificale, si sacrée soit-elle, reste encadrée par un droit précis et une tradition multiséculaire.
Elle a également ouvert la voie à un pontificat d’un autre style, celui de François, élu quelques semaines plus tard. Le 28 février 2013 restera comme une date charnière. Non pas un effondrement, mais un moment de vérité institutionnelle.
C'est un rappel que l’autorité, dans l’Église comme ailleurs, ne tient pas seulement à la durée, mais à la responsabilité.

