Ces 50 décisions auraient ruiné la France

Deux générations de choix politiques sont aujourd'hui passées au crible dans un rapport qui ne ménage ni la gauche ni la droite.
Pour ses auteurs, le déclin français n'est pas une fatalité, mais le résultat de décisions politiques identifiables et documentées.
Un demi-siècle de décisions politiques passées au tribunal des faits
La France de 1975 était, selon les auteurs du rapport, une nation prospère, industrialisée, souveraine et influente. Cinquante ans plus tard, le constat dressé par l'Institut Thomas More est sans concession. Dans une étude couvrant la période 1975-2025, le laboratoire d'idées affirme que le pays traverse désormais une crise profonde qui touche presque tous les domaines : économie, sécurité, finances publiques, cohésion nationale, démographie ou encore souveraineté.
L'originalité de ce travail réside dans sa méthode. Les auteurs ne proposent pas une critique générale du système politique, mais identifient cinquante décisions précises, prises par des gouvernements successifs, qu'ils considèrent comme les principales causes du recul français.
Le rapport est structuré autour de dix grands thèmes : institutions, école, économie, énergie, finances publiques, immigration, modèle social, santé, sécurité et souveraineté. Chaque décision est replacée dans son contexte historique, accompagnée des objectifs affichés au moment de son adoption, puis confrontée à ses conséquences observées plusieurs années plus tard.
Les auteurs expliquent s'appuyer sur des sources publiques, des statistiques officielles et des comparaisons internationales afin d'étayer leur démonstration.
Parmi les mesures les plus critiquées figurent notamment le regroupement familial, la suppression des peines planchers, certaines évolutions de la politique pénale, la loi Taubira, différentes réformes institutionnelles ainsi que plusieurs transferts de souveraineté vers l'Union européenne.
L'objectif affiché n'est pas de dresser un inventaire nostalgique, mais d'identifier les mécanismes ayant conduit progressivement à ce que les auteurs qualifient de déclin collectif.
Mondialisation, Union européenne et immigration : trois erreurs majeures selon le rapport
Le rapport identifie trois grandes erreurs d'analyse qui auraient profondément transformé la trajectoire française.
La première concerne la mondialisation. Les auteurs estiment que les responsables politiques français ont considéré l'ouverture économique comme un processus irréversible conduisant à l'effacement des nations. Selon eux, cette lecture s'est révélée erronée puisque les grandes puissances mondiales ont, au contraire, renforcé leurs intérêts nationaux tout en développant leurs capacités industrielles et stratégiques.
La deuxième critique vise la construction européenne. L'Institut Thomas More considère que les traités successifs, depuis l'Acte unique européen jusqu'aux traités de Maastricht puis de Lisbonne, ont transféré une partie importante de la souveraineté nationale vers des institutions européennes sans produire les résultats économiques et politiques attendus.
Le rapport parle d'un déséquilibre entre les abandons de compétences nationales et les bénéfices réellement obtenus.
Troisième point particulièrement développé : l'immigration et l'intégration.
Les auteurs estiment que les gouvernements successifs auraient sous-estimé les conséquences des politiques migratoires mises en œuvre depuis plusieurs décennies. Ils évoquent notamment le regroupement familial parmi les décisions structurantes ayant profondément modifié la société française.
Le document considère également que les politiques publiques ont refusé d'aborder certaines questions culturelles, religieuses et identitaires qui, selon lui, sont devenues des enjeux majeurs du débat national.
Dans cette analyse, les auteurs relient directement ces choix à l'évolution des problématiques de sécurité, d'intégration et de cohésion nationale.
Une critique sévère de l'État... mais aussi de la droite
Le rapport ne limite pas ses critiques aux gouvernements de gauche.
Les auteurs estiment que la droite porte également une responsabilité importante dans l'évolution du pays. Selon eux, lorsqu'elle est revenue au pouvoir, elle n'a que rarement remis en cause les grandes réformes structurelles adoptées par ses prédécesseurs.
Cette absence de rupture est présentée comme un effet de cliquet, dans lequel chaque majorité conserve les choix fondamentaux de la précédente sans véritable remise à plat.
Le document critique également l'inflation législative.
Plus de vingt-cinq textes sur l'immigration, de nombreuses réformes administratives ou encore plusieurs réorganisations du système de santé sont cités comme l'illustration d'une activité législative intense, mais jugée peu efficace.
Selon les auteurs, cette multiplication des lois aurait rendu l'action publique plus complexe sans résoudre les difficultés de fond.
Le rapport pointe aussi l'augmentation continue des dépenses publiques, estimant que la croissance de l'État s'est accompagnée d'une perte d'efficacité plutôt que d'une amélioration des services rendus.
Autre sujet sensible : le référendum de 2005 sur le traité établissant une Constitution pour l'Europe.
Les auteurs considèrent que la manière dont le traité de Lisbonne a ensuite été adopté a nourri un sentiment durable de dépossession démocratique chez une partie des Français.
Ils évoquent également une perte de confiance envers les institutions, un affaiblissement des collectivités locales et une distance croissante entre les décisions politiques et les attentes exprimées par les citoyens.
Malgré ce constat particulièrement sévère, la conclusion du rapport se veut optimiste.
L'Institut Thomas More affirme que, si les erreurs peuvent être précisément identifiées, elles peuvent également être corrigées.
Les auteurs estiment que la France dispose toujours d'atouts considérables : une base industrielle susceptible d'être relancée, des capacités d'innovation importantes, un potentiel d'économies budgétaires et un contexte international dans lequel plusieurs pays européens engagent des réformes profondes.
Ils annoncent d'ailleurs la publication d'un second rapport à l'automne, consacré non plus au diagnostic, mais aux propositions destinées à redresser la France à partir de 2027.
À moins d'un an de l'élection présidentielle, cette étude entend ainsi replacer le débat politique sur le terrain des décisions concrètes et de leurs conséquences mesurables, plutôt que sur celui des seules intentions affichées.
(Crédit photo : ÉRIC FEFERBERG / AFP)

