NC la 1ère : après l'antenne muette, la station réclame son propre diagnostic

Un CE extraordinaire se tiendra mardi 28 juillet à NC la 1ère. À la demande des quatre organisations syndicales de la station, CFDT, USTKE, SNJ et COGETRA, il n'aura qu'un seul objet : obtenir qu'un cabinet indépendant vienne ausculter la maison. Une expertise extérieure, pour établir « de manière objective » l'état de la situation sociale et des conditions de travail au sein de la télévision publique calédonienne.
Le mot est lâché dans le communiqué diffusé jeudi 23 juillet par la CFDT : il faut désormais un diagnostic. Pas une réunion de plus, pas un énième relevé de conclusions : un regard extérieur, neutre, chargé d'identifier « les causes des dysfonctionnements » et de formuler « des préconisations concrètes ».
Quand une entreprise en arrive à demander à un tiers de lui dire ce qui ne va pas chez elle, c'est en général que plus personne, à l'intérieur, ne se parle.
Le feuilleton d'un mois de juillet noir
Reprenons le fil, car ce communiqué n'arrive pas de nulle part. Nous l'écrivions ici même début juillet : faute d'accord avec la direction, le SNJ, le Soenc-CFDT et la Cogetra avaient maintenu leur préavis de grève illimitée, effectif le vendredi 10 juillet à minuit, après plusieurs mois de tensions autour du climat social et de pratiques managériales jugées incompatibles avec un environnement de travail serein.
Puis il y a eu l'image, celle qui restera. Le 10 juillet au matin, pendant que le Congrès élisait Virginie Ruffenach à sa présidence, 28 voix contre 26, premier acte d'une mandature sous tension, l'antenne calédonienne diffusait une fiche botanique sur la cardamome, « plante herbacée très vivace à rhizome », au menu d'une émission de gastronomie produite ailleurs dans l'Outre-mer. Le jour où la station devait justifier son existence, ceux qui voulaient suivre l'histoire institutionnelle du pays en direct sont allés sur Facebook, pas sur la chaîne publique.
Deux semaines plus tard, le conflit change de terrain. Il quitte le piquet de grève pour l'instance officielle, et le front syndical s'élargit : l'USTKE, mobilisée l'an dernier contre le projet de holding de l'audiovisuel public, rejoint cette fois la démarche commune. Quatre syndicats, une seule demande. À NC la 1ère, l'unanimité syndicale n'est plus une figure de style.
Ce que disent les salariés
Sur le fond, le communiqué du 23 juillet aligne un vocabulaire que l'on croirait sorti d'un rapport d'alerte : « nombre important de signalements et de plaintes », « dégradation continue du climat social », « pratiques managériales génératrices de mal-être », détérioration de la « santé physique et psychologique » des salariés. S'y ajoutent un « manque chronique de moyens matériels, humains et organisationnels », des carences en formation et en accompagnement, et une organisation du travail « qui ne permet plus d'exercer les missions dans des conditions satisfaisantes ».
La CFDT prend soin de rappeler que ces constats contredisent frontalement la Charte relationnelle de France Télévisions, ce texte maison qui promeut « le respect des personnes, la bienveillance, l'écoute, la prévention des conflits et la protection de la santé des salariés ». Et de convoquer l'obligation de sécurité de l'employeur : il appartient à la direction, écrit le syndicat, de prévenir les risques professionnels et de protéger la santé physique et mentale de ses équipes.
Une phrase, en gras dans le texte, résume la ligne rouge : « La santé des salariés n'est pas une variable d'ajustement. »
La variable d'ajustement, justement
C'est ici que le dossier local rejoint le dossier national. Car si les syndicats prennent la peine de préciser que « les contraintes budgétaires et les économies demandées à l'entreprise » ne peuvent en aucun cas se traduire par une dégradation des conditions de travail, c'est que ces économies sont bien réelles. En janvier, Delphine Ernotte annonçait à son conseil d'administration jusqu'à 180 millions d'euros d'économies pour 2026, conséquence des coupes votées au budget de l'État, et l'entreprise étudie la suppression d'un millier de postes. La perfusion se resserre à Paris, et chaque station du réseau Outre-mer retient son souffle.
NC la 1ère, rappelons-le, fonctionne avec un train de vie estimé à près de 3,5 milliards de francs CFP par an, financé par le contribuable. C'était la question que nous posions le 10 juillet, devant l'écran cardamome : avec quel argent, et à quoi bon ?
Le CE extraordinaire de mardi apportera peut-être un début de réponse à la première moitié de la question. Si l'expertise est votée, un cabinet indépendant viendra documenter, chiffrer, objectiver ce que les salariés répètent depuis des mois. La direction, elle, saura mardi soir si elle accepte le diagnostic ou si elle le subit.
Reste la seconde moitié de la question, et aucun cabinet d'expertise ne la traitera : à quoi bon une station à 3,5 milliards si le climat qui y règne empêche ses équipes de faire, précisément, ce pour quoi elle existe ? Les salariés de NC la 1ère demandent qu'on restaure « un environnement de travail sain, respectueux et durable ». Les téléspectateurs calédoniens, eux, demanderaient volontiers qu'on restaure l'antenne. Les deux réponses, au fond, se trouvent dans le même bureau.

