Aller au contenu
0%
Mémoire

De Gaulle humilié : l'échec qu'on vous a caché

23 septembre 2026 à 18:00
4 min de lecture
De Gaulle humilié : l'échec qu'on vous a caché

Résumé IA

En septembre 1940, l'opération Menace visant à rallier Dakar à la France Libre échoue devant la résistance du gouverneur Pierre Boisson, fidèle à Vichy. Des Français tirent sur des Français, et de Gaulle subit une humiliation, envisageant même de mettre fin à ses jours. Ses hommes lui renouvellent leur fidélité, et la France Libre se construit malgré cet échec.

Aa

Septembre 1940. La France Libre n'a que trois mois et joue déjà son destin au large de l'Afrique.
Devant Dakar, des Français tirent sur des Français, et le général de Gaulle vit l'une des pires heures de sa vie.

Un pari pour la légitimité de la France Libre

Le 23 septembre 1940, au large du Sénégal, le commandant d'un aviso de la France Libre annonce le début d'une opération ambitieuse.

C'est la première grande opération militaire de la France Libre.

Son nom de code : l'opération Menace. Son but : prendre Dakar et faire basculer toute l'Afrique occidentale française sous l'autorité du général de Gaulle.

Elle tournera au fiasco. Et l'histoire, depuis, préfère souvent regarder ailleurs.

Trois mois plus tôt, depuis Londres, de Gaulle a lancé son Appel. Il a fondé la France Libre. Mais un chef sans territoire reste un chef fragile, surtout face aux Anglo-Saxons.

Il lui faut une assise. Une terre française.

L'Afrique occidentale française, restée fidèle à Vichy après la défaite et l'armistice, représente précisément cet enjeu.

Un mois auparavant, le général a déjà remporté une victoire décisive. L'Afrique équatoriale française s'est ralliée grâce au gouverneur Félix Éboué, au général Edgard de Larminat et à Philippe Leclerc de Hauteclocque, qui s'est lui-même promu colonel pour l'occasion.

Des hommes qui ont choisi la France combattante plutôt que la résignation.

De Gaulle espère que le gouverneur de l'AOF, Pierre Boisson, fera le même choix. Qu'il rompra avec Vichy. Qu'il comprendra où se joue l'honneur du pays.

Il n'en sera rien.

Quand des Français tirent sur des Français

Des petits bâtiments de guerre des Forces françaises libres se présentent devant Dakar, escortés par une escadre britannique.

C'est là que tout se complique.

Le gouverneur Boisson est hérissé par l'ultimatum maladroit de l'amiral britannique. Surtout, le souvenir de Mers el-Kébir est encore brûlant. Le 3 juillet 1940, la Royal Navy avait attaqué la flotte française. Trop récent, trop douloureux pour être oublié.

Boisson reste fidèle à Vichy.

Ses soldats arrêtent les aviateurs venus distribuer des tracts. Le capitaine de frégate Georges Thierry d'Argenlieu, envoyé en éclaireur, est renvoyé. Puis la flotte est bombardée.

Le lendemain, sur ordre de Winston Churchill, l'amiral Cunningham engage le combat et fait tirer sur la ville. De Gaulle assiste à la scène depuis l'un des navires, consterné.

Voilà sans doute pourquoi les historiens se sont montrés si discrets. Dakar, c'est le premier affrontement entre Français de la France Libre et Français de Vichy. Une blessure nationale, de celles qu'on préfère ne pas rouvrir.

Le gouverneur ne cède pas. L'amiral britannique, peu désireux de risquer un débarquement, lève l'ancre. Le 25 septembre, la flotte quitte la rade de Dakar pour Freetown, en Sierra Leone.

Trois jours d'hésitations. Puis le repli.

L'humiliation, puis le sursaut

Pour de Gaulle, le coup est terrible. Une humiliation immense, trois mois à peine après l'Appel du 18 juin.

Churchill lui-même n'est pas épargné. Par ricochet, le Premier ministre britannique est violemment attaqué à la Chambre des communes.

Selon le récit rapporté de cet épisode, le général aurait alors songé à mettre fin à ses jours. Ce serait la première fois de sa vie, et sans doute la seule.

Mais l'homme ne reste pas à terre.

Les hommes de son expédition lui renouvellent leur fidélité. Ses représentants en Afrique équatoriale aussi. Leur détermination est intacte, et elle le relève.

C'est peut-être là que réside la vraie leçon de Dakar. La France Libre n'est pas née d'une marche triomphale. Elle s'est construite dans l'échec, l'isolement et le doute, portée par une poignée de Français qui refusaient de renoncer.

Pas de complainte. Pas de posture de victime. Un revers, encaissé, puis dépassé.

Quatre ans plus tard, la France serait à nouveau debout. Dakar, lui, reste ce chapitre oublié où tout aurait pu s'arrêter.

(Crédit photo : Getty - Mondadori)