« Je vais t'égorger » : une prof frappée par un élève de 8 ans

Résumé IA
Une enseignante a été menacée de mort, jetée au sol et frappée par un élève de 8 ans dans la cour de l'école Jacques Tati à Évry-Courcouronnes, le 11 septembre. Elle porte plainte et est en arrêt de travail. Le ministre de l'Éducation nationale, Édouard Geffray, évoque un enfant présentant des troubles psychologiques et demande une prise en charge urgente en structure spécialisée.
Menacée d'égorgement, jetée au sol, frappée. Par un enfant de 8 ans.
À Evry-Courcouronnes, une enseignante a payé seule le prix d'un système qui a trop longtemps préféré les principes à la réalité.
Ce qui s'est passé dans la cour de l'école Jacques Tati
Le 11 septembre dernier, la cour de l'école Jacques Tati, à Evry-Courcouronnes, dans l'Essonne, a été le théâtre d'une scène que personne ne devrait avoir à vivre dans une école de la République.
Un élève fait une crise. Il s'en prend à un camarade.
L'enseignante intervient pour les séparer. C'est son rôle, c'est son réflexe. Et c'est elle qui devient la cible.
Les mots d'abord. Elle les a elle-même rapportés :
Il s'est mis à me crier dessus, "je vais te tuer, je vais t'égorger", en faisant le geste.
Le geste, oui. Celui qu'on ne peut plus entendre en France sans penser à ce que le pays a traversé ces dernières années.
Puis les coups. L'enfant l'aurait poussée au sol avant de la frapper à plusieurs reprises : coups de poing, coups de genou, coups d'épaule.
La professeure a porté plainte. Elle a été placée en arrêt de travail, avec une ITT, selon le rectorat de Versailles.
Mardi, ses collègues ont lancé un mouvement de grève dans l'école. Pas pour réclamer des moyens abstraits. Pour dénoncer une situation concrète, vécue, insupportable.
« On ne touche pas à un professeur », mais...
Le ministre de l'Éducation nationale, Édouard Geffray, s'est exprimé lors d'un déplacement au rectorat de Créteil. Sa première phrase avait le mérite de la clarté :
On ne touche pas à un professeur.
On aurait aimé qu'il s'arrête là.
Car la suite a pris un autre ton. Le ministre a décrit un élève de 8 ans qui « présente manifestement des troubles psychologiques extrêmement sérieux », « très handicapé », et qui a « explosé de colère » en commettant « des actes » et en tenant « des propos inqualifiables ».
Puis il a ajouté qu'« on n'est pas dans l'hypothèse d'un enfant qui en pleine connaissance de cause et d'une manière consciente aurait voulu agresser un professeur ».
Sur le fond, personne ne prétend qu'un enfant de 8 ans lourdement handicapé est un délinquant. Ce n'est pas le sujet.
Le sujet, c'est l'enseignante. Elle a été menacée de mort, frappée, mise à terre. Qu'importe l'intention de l'élève : les coups, eux, étaient bien réels. Et c'est d'abord vers elle que devrait se tourner l'institution, avant toute précaution de langage.
Le ministre l'a d'ailleurs reconnu lui-même :
Sa professeure ne peut évidemment pas le reprendre comme si rien ne s'était passé.
Évidemment. Encore fallait-il le dire.
ITEP, AESH : les promesses arrivent après les coups
Un détail change tout dans cette affaire. Il vient du ministre lui-même.
L'enfant, qui « présente un handicap très lourd », « avait une notification pour aller en ITEP », un institut thérapeutique, éducatif et pédagogique.
Autrement dit, sa place avait été identifiée ailleurs, dans une structure adaptée à ses besoins. Il se trouvait pourtant dans une cour d'école ordinaire, face à une enseignante qui n'a ni la formation ni les moyens d'un établissement spécialisé.
Voilà où mène une certaine idéologie de l'inclusion à tout prix. Elle part d'une intention généreuse. Elle finit, trop souvent, par exposer tout le monde : l'enfant, qui n'est pas pris en charge comme il le devrait, ses camarades, et ceux qui se tiennent devant la classe.
Après l'agression, la machine s'est mise en route. Édouard Geffray a demandé au recteur de l'académie de Versailles et au directeur général de l'Agence régionale de santé de trouver à l'élève une place en structure spécialisée, « de manière urgente, dans les heures ou jours qui viennent ».
Dans les heures. Après des mois, parfois des années, d'attente pour tant de familles.
Le rectorat de Versailles a précisé de son côté qu'une équipe éducative avait été réunie pour adapter l'emploi du temps de l'élève. Les enseignants spécialisés de la circonscription ont été mobilisés pour un appui pédagogique.
Des recrutements d'accompagnants des élèves en situation de handicap (AESH) sont par ailleurs en cours dans le département, avec « une priorité d'affectation pour le groupe scolaire Jacques Tati ».
Tout cela est nécessaire. Tout cela arrive tard.
Il aura fallu qu'une professeure soit frappée pour que l'urgence devienne réelle. C'est peut-être la leçon la plus amère de l'affaire d'Evry-Courcouronnes : en France, l'autorité du maître ne devrait jamais dépendre d'un fait divers pour être défendue.
(Crédit photo : L. Vignal/SIPA)



