Ukraine, dette, carburants : ce qu'il faut retenir de l'interview d'Emmanuel Macron

Résumé IA
Emmanuel Macron dément ce jeudi soir sur TF1 et France 2 une alerte de la CIA sur une possible attaque de drones russes, tout en appelant à la vigilance face à une menace en hausse. Il propose un « double moratoire » sur les frappes énergétiques et en mer Noire en Ukraine, annonce des livraisons de radars et missiles, et assure que la France évite les pénuries de carburants.
Sept mois avant son départ de l’Élysée, Emmanuel Macron a été interrogé ce jeudi soir sur TF1 et France 2. Prix des carburants, menace russe, situation internationale et présidentielle de 2027 : le chef de l’État a répondu pendant 40 minutes aux questions de Gilles Bouleau et Caroline Roux.
Audrey Senecal 24/09/2026

Emmanuel Macron. © SIPA
Sa prise de parole était très attendue. Emmanuel Macron s’est exprimé ce jeudi soir à 20 heures sur TF1 et France 2. D’emblée, le président de la République a été interrogé sur des informations faisant état d’une alerte supposée de la CIA concernant une possible attaque de drones russes en Europe. « Nous pouvons démentir cette info, la CIA n’a pas envoyé cette information », a déclaré le chef de l’État, avant toutefois de mettre en garde contre une montée des tensions. « Mais oui, il y a une situation qui monte en tension. Pour l’Ukraine comme pour nous Européens, puisque les actes hostiles se sont multipliés », a-t-il poursuivi. Interrogé sur la possibilité que la France soit à son tour ciblée par une opération russe similaire à celle qui a visé l’aéroport de Leipzig, Emmanuel Macron a estimé que la réponse était oui.
Menace russe : Emmanuel Macron appelle à se préparer
Quelques minutes plus tard, le président a précisé sa position. « Aujourd’hui, il n’y a pas eu en France d’attaques de type qu’il y a eu à Leipzig », a-t-il assuré, tout en appelant à « être lucides sur l’évolution de la menace ». Selon lui, les dispositifs de protection ont été renforcés. « Depuis des mois, on a monté la posture », a-t-il expliqué, citant notamment Viginum et la mobilisation des préfets de zone pour renforcer la protection des sites civils et militaires.
« Sur les mots, je ne cherche pas l’escalade. Mais ce que je peux vous dire, c’est que la Russie multiplie les actes hostiles et criminels », a-t-il ajouté. Interrogé sur une éventuelle mobilisation russe, Emmanuel Macron l’a jugée probable. Les informations qui circulent évoquent, selon lui, « autour de 300 000 hommes ».
Ukraine : un « double moratoire » et de nouvelles armes
Sur la guerre en Ukraine, Emmanuel Macron a annoncé avoir proposé aux Russes et aux Ukrainiens un « double moratoire ». Le principe : « Vous arrêtez les attaques sur les infrastructures énergétiques et vous arrêtez les attaques en mer Noire. » Le président a rappelé que l’Ukraine avait vécu dans le froid l’année précédente et estimé que les Russes étaient « en train de faire la même chose cette année ». Dans le même temps, Emmanuel Macron a annoncé la signature d’un accord avec Volodymyr Zelensky pour fournir à l’Ukraine des radars et des missiles supplémentaires.
Carburants : la France « fait tout pour éviter » les pénuries
Le président est ensuite revenu sur le dossier qui touche directement les Français : les prix à la pompe et le risque de pénurie. « On fait tout pour les éviter », a-t-il assuré. Emmanuel Macron a indiqué que la France avait sécurisé ses approvisionnements et disposait de stocks suffisants. « Vous m’avez vu recevoir […] beaucoup de fournisseurs ces derniers jours. On s’est mis en situation d’avoir ce qu’il faut en termes de carburant. On s’est donné toutes les chances et on a des stocks », a-t-il déclaré. Il a également annoncé l’envoi de « moyens militaires » en Arabie saoudite pour « protéger » un site énergétique clé. « Il y a plusieurs millions de barils qui circulaient à travers l’Arabie saoudite pour déboucher sur la mer Rouge », a-t-il expliqué, alors que les Houthis en ont bloqué l’accès.
« Ma priorité, c’est de baisser les prix. Si les choses s’améliorent dans les prochains jours, les prix baisseront vite », a-t-il assuré, tout en reconnaissant que cette évolution ne dépendait pas uniquement de la France. Pourquoi ne pas diminuer les taxes ? « Notre intérêt, c’est de baisser les prix avant les taxes, sinon on ferait payer au contribuable les conséquences » internationales, a répondu le président. Il a aussi assuré que « le gouvernement ne reste pas les bras ballants », renvoyant aux critiques contradictoires sur les aides publiques accordées pendant le Covid.
À lire aussiCarburant, normes : les pêcheurs méditerranéens ne décolèrent pas
Autre facteur d’inquiétude sur les marchés pétroliers : les menaces de Donald Trump d’interdire les exportations américaines de gazole. Emmanuel Macron assure que la France « a sécurisé le secteur ». Mais il prévient : « Les prix monteront avec les annonces de Donald Trump. » Selon lui, une interdiction des exportations serait « mauvaise, même pour les États-Unis ».
Dette : pas de regrets sur le « quoi qu’il en coûte »
Sur les finances publiques, Emmanuel Macron a défendu le « quoi qu’il en coûte » mis en place pendant la crise du Covid. Le président assure ne pas regretter cette politique de soutien à l’économie. En revanche, il reconnaît ne pas avoir « pas su convaincre » les forces politiques sur les réformes sociales, contrairement à plusieurs pays voisins qui, selon lui, ont davantage avancé sur ce terrain et affichent aujourd’hui une dette moins élevée. Emmanuel Macron a également rappelé que les taux d’intérêt étaient quasiment nuls lorsque l’État avait fortement soutenu les Français en 2022, avant de fortement augmenter depuis.
Interrogé sur le budget présenté par son Premier ministre Sébastien Lecornu, Emmanuel Macron l’a qualifié de « responsable et juste ». Sa priorité, a-t-il expliqué, est de ne pas accroître le déficit. « Ce n’est pas un budget d’austérité mais de responsabilité. Il demande des contributions proportionnées à tout le monde, et préserve les plus fragiles », a-t-il déclaré.
Colère sociale : et si les « Gilets jaunes » revenaient ?
Face à la hausse des carburants, le président a également été interrogé sur un possible retour des « Gilets jaunes ». « C’est normal qu’il y ait de la colère. Les gens se retrouvent confrontés à une vie impossible, ils n’arrivent à boucler la fin du mois », a reconnu Emmanuel Macron. Mais il a écarté l’idée d’un mouvement social directement lié aux conflits internationaux : « On ne va pas faire un mouvement contre la guerre en Russie ou le détroit d’Ormuz. Auquel cas je pourrais y participer », a-t-il ironisé.
Présidentielle, dissolution…
Sur la situation politique française, Emmanuel Macron a estimé qu’une nouvelle dissolution « ne serait pas bonne pour le pays ». Il a défendu sa décision précédente, prise selon lui après deux années de majorité relative et face à des partis qui menaçaient de faire tomber le gouvernement. « Il faut arrêter de culpabiliser les Français. Les Français ont fait leur choix, et j’ai pris mes responsabilités », a-t-il déclaré, évoquant une nouvelle majorité relative issue des élections.
À lire aussiPrésidentielle : un sondage donne Mélenchon et Philippe au coude à coude au premier tour
Enfin, sur la présidentielle et sur l’éventualité de prendre position pour un candidat, Emmanuel Macron n’a pas tranché. « Mon devoir […] c’est d’éclairer les Français. On verra (si je prends position) dans la dernière ligne droite. Je ferai en responsabilité et en fonction de la situation ce que je dois faire », a-t-il répondu.



