IVG : l'explosion silencieuse

Résumé IA
259 400 IVG ont été pratiquées en France en 2025, soit 2,9 % de plus qu'en 2024, selon la Drees. Les IVG médicamenteuses, réalisées majoritairement hors établissement, portent cette hausse, avec les sages-femmes en première ligne. Les taux de recours progressent dans toutes les tranches d'âge, avec des écarts marqués en outre-mer.
Cinquante ans après la loi Veil, les chiffres tombent et ils ne laissent guère de place au doute.
L'avortement progresse en France, année après année, dans un silence politique presque total.
Une hausse continue, portée par la pilule abortive
Le 22 septembre 2026, la Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques, plus connue sous le nom de Drees, a publié son étude annuelle sur les interruptions volontaires de grossesse. Le document retrace l'évolution de la pratique depuis 1990 : nombre d'actes, méthodes employées, lieux de recours, âge des femmes concernées.
L'année étudiée n'a rien d'anodin. 2025 marquait le cinquantième anniversaire de la dépénalisation de l'avortement par la loi Veil. On aurait pu attendre de cet anniversaire un moment de bilan lucide. Les statistiques, elles, dessinent surtout une tendance lourde.
259 400 IVG ont été pratiquées en France en 2025. C'est 2,9 % de plus qu'en 2024.
Le taux de recours atteint désormais 17,8 IVG pour 1 000 femmes âgées de 15 à 49 ans. Pendant près de vingt ans, depuis le début des années 2000, ce taux était resté remarquablement stable, autour de 15 pour 1 000. Depuis 2017, il grimpe chaque année. Seule la parenthèse du Covid-19, en 2020 et 2021, a interrompu la courbe.
La progression touche toutes les tranches d'âge. Ce sont les femmes de 20 à 29 ans qui y recourent le plus : 29,7 IVG pour 1 000 chez les 20-24 ans, 30,3 pour 1 000 chez les 25-29 ans. Autrement dit, près de trois femmes sur cent dans ces tranches d'âge ont avorté en une seule année.
Un signal mérite attention. Avant la crise sanitaire, le nombre d'IVG chez les moins de 25 ans reculait depuis plusieurs années. Cette tendance encourageante s'est inversée : il est reparti à la hausse en 2025.
Chez les mineures, le taux reste plus bas, à 5,8 pour 1 000 femmes de moins de 18 ans. Mais ce chiffre exclut les recours anonymes, justement plus fréquents dans cette population. La réalité est donc mal mesurée.
Le moteur de cette hausse est clairement identifié. Ce sont les IVG médicamenteuses, qui représentent désormais 81 % du total. Et près de la moitié d'entre elles se déroulent hors de tout établissement de santé. Le Sud de la France, l'Île-de-France et les territoires ultramarins sont les zones où cette pratique hors les murs est la plus répandue.
À l'hôpital et en clinique, les IVG médicamenteuses reculent, même si elles y restent majoritaires (63 % des actes réalisés en établissement). Les IVG instrumentales, elles, se maintiennent à un niveau stable.
Les sages-femmes, nouvelles actrices de l'avortement
C'est peut-être le basculement le plus profond, et le moins débattu.
En 2025, la moitié des IVG ont été pratiquées hors établissement : en cabinet libéral, en centre de santé ou en centre de santé sexuelle. Trois catégories de professionnels sont habilitées à les réaliser. Les sages-femmes arrivent très largement en tête avec 65 187 actes, devant les gynécologues médicaux ou obstétriciens (28 215) et les médecins généralistes (27 658).
Plus de la moitié des IVG réalisées hors établissement le sont donc par des sages-femmes. Une compétence qu'elles détiennent depuis la loi du 26 janvier 2016 de modernisation de notre système de santé, portée sous la présidence de François Hollande.
Depuis 2017, première année pleine d'application, leur activité dans ce domaine n'a cessé de croître. Entre 2024 et 2025, elle a bondi de 15 %.
Le constat est simple. Un acte qui relevait hier du cadre hospitalier se pratique aujourd'hui de plus en plus en ville, par comprimés, loin de l'encadrement médical traditionnel. Cette évolution s'est faite par la loi, pas à pas, sans grand débat national sur ses conséquences.
L'outre-mer, fracture persistante
Les écarts territoriaux, eux, ne se résorbent pas.
Dans les départements et régions d'outre-mer, le taux de recours atteint 33 IVG pour 1 000 femmes. C'est presque le double de la moyenne observée en France hexagonale. En Guadeloupe et en Guyane, il dépasse même 45 pour 1 000.
Une nuance s'impose toutefois, car les faits l'exigent. À rebours du reste du pays, la Guyane enregistre une baisse pour la troisième année consécutive. Mayotte aussi, avec un taux de 18 pour 1 000, inférieur à celui de certaines régions de l'Hexagone. La Provence-Alpes-Côte d'Azur, par exemple, affiche 22,8 IVG pour 1 000 femmes.
À l'autre extrémité du spectre, trois régions se distinguent par des taux nettement plus faibles. Les Pays de la Loire ferment la marche avec 12,6 pour 1 000, suivis de la Bretagne à 13,6 et du Grand Est à 14,1. Des territoires où, manifestement, la courbe n'a pas suivi la même trajectoire.
Cinquante ans après Simone Veil, la question n'est plus celle du droit, désormais inscrit dans la Constitution. Elle est celle de la trajectoire. Une hausse ininterrompue depuis 2017, une médicalisation qui s'efface au profit de la pilule prise à domicile, des jeunes femmes toujours plus concernées : les chiffres de la Drees posent un constat que les pouvoirs publics semblent peu pressés de regarder en face.
(Crédit photo : OUMYABRATA ROY / AFP)



