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Mémoire

Babi Yar, l'horreur oubliée de la Shoah

29 septembre 2026 à 12:00
4 min de lecture
Babi Yar, l'horreur oubliée de la Shoah

Résumé IA

Il y a quatre-vingt-cinq ans, le ravin de Babi Yar, aux portes de Kiev, devient l'un des pires charniers de la Shoah par balles. Les 29 et 30 septembre 1941, plus de 33 000 Juifs y sont exécutés par les Einsatzgruppen, assistés de supplétifs ukrainiens. Le site demeure aujourd'hui un lieu de mémoire, rappelant un devoir de transmission face à l'antisémitisme.

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Il y a quatre-vingt-cinq ans, un ravin aux portes de Kiev devenait l'un des pires charniers de l'histoire européenne.
En deux jours, plus de 33 000 Juifs y furent exécutés, méthodiquement, sous les balles des SS.

Kiev, septembre 1941 : le piège se referme

Certaines dates n'appartiennent pas seulement aux livres d'histoire. Elles obligent.

Le 29 septembre 1941 en fait partie.

Ce jour-là, à Kiev, commence le massacre de Babi Yar. En deux jours, les 29 et 30 septembre, plus de 33 000 Juifs sont assassinés dans un ravin situé à l'extérieur de la ville. Des hommes, des femmes, des enfants, des vieillards. Personne n'est épargné.

Le contexte est celui de l'invasion de l'URSS par l'Allemagne nazie. L'armée allemande vient de prendre la capitale de l'Ukraine soviétique, une ville de 900 000 habitants où vivent environ 120 000 Juifs.

Mais l'entrée dans Kiev ne se passe pas comme prévu. Les Soviétiques ont piégé des bâtiments, et des explosions frappent les nouveaux occupants.

Les nazis tiennent leur prétexte.

Ils décident de faire payer la population juive. Le 28 septembre, des affiches sont placardées dans toute la ville : les Juifs doivent se présenter à un point de rendez-vous, avec leurs biens et leurs papiers. Ceux qui désobéiront seront exécutés sur place.

Le massacre survient à l'approche de Yom Kippour, la fête juive la plus solennelle du calendrier. Un détail qui n'en est pas un.

Le ravin de la vieille femme

Le lendemain, des milliers de Juifs se présentent. Ils portent leurs valises. Ils croient partir en train vers un camp, être déplacés quelque part.

Ils sont conduits jusqu'à Babi Yar, le « ravin de la vieille femme ».

Là, tout bascule. Les Allemands et leurs acolytes leur arrachent leurs biens et déchirent leurs papiers d'identité. Les victimes comprennent alors ce qui les attend. Trop tard pour réagir.

Par groupes de dix, ils sont poussés entre deux haies de soldats qui les frappent de toutes leurs forces. On les traîne jusqu'au bord du ravin. On les force à se déshabiller.

Certains tombent sous les rafales de mitrailleuse, sur les corps de ceux qui les ont précédés. D'autres doivent s'allonger au fond du ravin, sur les cadavres, avant d'être abattus d'une balle.

Beaucoup ne meurent pas tout de suite. Simplement blessés, ils gémissent pendant de longues heures, jusqu'à ce que la masse des corps soit recouverte de chaux.

Les bourreaux ont un nom : les Einsatzgruppen. Ces unités mobiles de la Schutzstaffel, la SS, sèment la terreur dans les territoires occupés de l'Est. À Babi Yar, elles sont assistées de supplétifs ukrainiens.

Il faut le dire sans détour. Ce crime n'a rien d'un débordement ou d'un accident de guerre. Il s'agit d'une extermination organisée, planifiée, exécutée avec une froideur administrative.

Babi Yar est l'un des exemples les plus terribles de ce que les historiens appellent la Shoah par balles. Loin des chambres à gaz, dans les villes et les villages d'Union soviétique, un nombre immense de Juifs ont été assassinés ainsi, fusillés au bord de fosses, souvent sous les yeux de leurs voisins.

Un charnier devenu lieu de mémoire

Le massacre ne s'arrête pas le 30 septembre.

Au cours des mois suivants, le ravin continue de servir. Les autres Juifs de Kiev y sont tués à leur tour, ainsi que de nombreux Ukrainiens, à raison de deux jours de tuerie par semaine. Les nazis y abattent aussi des prisonniers de guerre, des communistes, des Tziganes et des otages civils.

Au total, le nombre de victimes est estimé entre 90 000 et 100 000 personnes, selon les sources. Dans un seul ravin.

Aujourd'hui, le site est boisé. Il est devenu un lieu de mémoire et de recueillement.

Quatre-vingt-cinq ans plus tard, se souvenir de Babi Yar n'a rien d'un rituel poussiéreux. C'est un devoir de mémoire qui engage chaque génération, et d'abord la nôtre. Car l'antisémitisme n'appartient pas au passé. Il change de visage, de vocabulaire, parfois de camp, mais il n'a jamais disparu.

Face à lui, la France n'a pas à s'excuser d'exister ni à céder au relativisme. Elle a à tenir. À nommer les crimes pour ce qu'ils sont, à désigner les bourreaux sans trembler et à transmettre, sans fard, ce que furent les heures les plus sombres du continent.

Babi Yar ne se commémore pas à moitié.

On s'en souvient entièrement, ou l'on trahit ceux qui sont tombés dans ce ravin.

(Crédit photo : DULAC DISTRIBUTION)