Ces minerais qu’on laissait dormir

Résumé IA
Le CESE a rendu un avis favorable à l'export des minerais des réserves métallurgiques de Nouvelle-Calédonie, assorti de six recommandations. Le texte encadre la vente à l'étranger de minerais de basse teneur, après proposition aux usines locales, face à la crise du nickel.
Face au rouleau compresseur indonésien, la Calédonie n’a plus le luxe d’attendre.
Le CESE vient de donner son feu vert à l’export des minerais des réserves métallurgiques, avec une liste précise de garde-fous.
Une filière dos au mur, un texte pour respirer
Le constat est brutal. Il figure noir sur blanc dans l’avis n°24/2026 rendu le 20 octobre par le conseil économique, social et environnemental de la Nouvelle-Calédonie : l’industrie du nickel traverse une crise d’une sévérité inédite.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Les trois usines du territoire, SLN, KNS et PRNC, perdent chacune entre 3 et 25 milliards de francs CFP par an. En face, l’Indonésie produit 270 millions de tonnes de minerai brut par an, contre 13 à 15 millions pour la Calédonie. Djakarta ne participe plus au marché. Elle le dicte.
Dans ce contexte, le gouvernement a choisi d’agir. La loi du pays n°2026-4 du 22 juillet 2026 a ouvert la voie à l’exportation de minerais depuis les réserves géographiques métallurgiques, les fameuses RGM, jusque-là verrouillées au profit des usines locales. Le projet de délibération examiné par le CESE en précise les règles d’application, en modifiant les articles R. 132-5 et R. 132-6 du code minier.
L’idée est simple et pragmatique. Il s’agit de vendre à l’étranger les minerais de basse teneur, entre 1,5 et 2 % de nickel, ou dits « fatals », c’est-à-dire abattus de toute façon en fond ou en bordure de fosse, et que les métallurgistes calédoniens ne peuvent pas valoriser. Plutôt que de les laisser dormir sur des verses, on les transforme en recettes.
Le CESE le reconnaît sans détour : la mesure apporte un soutien financier immédiat et évite d’étendre les surfaces de stockage de stériles. Bon sens économique et bon sens environnemental vont ici dans le même sens.
Une copie revue et corrigée après le Conseil d’État
Ce texte n’arrive pas de nulle part. Saisi en urgence le 5 octobre par le président du gouvernement, le CESE l’examinait en deuxième lecture, après l’avis du Conseil d’État du 14 avril 2026 et la décision du Conseil constitutionnel du 9 juillet 2026.
Et la nouvelle version tient compte des critiques. Le seuil d’oxyde de chrome reste fixé à 30 %, mais descend à 20 % pour les coproduits issus de la valorisation du nickel et du cobalt, afin de coller aux réalités techniques des gisements du Sud. La vague obligation de « modalités de compensation » laisse place à une convention formelle avec la province concernée.
Surtout, les usines locales gardent la main. Avant toute vente à l’export, le minerai doit leur être proposé. Elles disposent d’un délai de cinq jours pour répondre, et il est interdit d’exporter à un prix inférieur à celui proposé localement. Un rapport annuel d’activité sera transmis par le service des mines, et le comité du commerce extérieur minier rendra un avis systématique.
Les membres du CESE saluent cette prise en compte directe de leurs précédentes recommandations. Les professionnels auditionnés, eux, accueillent le texte très favorablement.
Six recommandations pour éviter l’usine à gaz
Favorable ne veut pas dire aveugle. Le CESE a écouté les acteurs de terrain, notamment le syndicat des industries de la mine et Prony Resources, et il relaie leurs réserves sous la forme de six recommandations.
La première touche au cœur du mécanisme. Le projet prévoit de joindre l’offre faite aux métallurgistes locaux à la demande d’autorisation d’exportation, un acte cadre pluriannuel pouvant couvrir jusqu’à dix ans. Problème : à ce stade, ni le tonnage, ni la fenêtre de chargement, ni le prix des futures cargaisons ne sont connus. Une offre commerciale de minerai ne vaut que quelques semaines, quand l’instruction d’un tel dossier prend plusieurs mois. Le CESE demande donc de rattacher la consultation préalable à l’autorisation administrative d’exportation, délivrée cargaison par cargaison, généralement moins d’une semaine avant le départ du navire.
Vient ensuite la question du prix. Comparer un prix FOB et un prix CIF, avec ou sans taxe, pour une livraison en Calédonie ou en Asie, revient à comparer des choses différentes. Le CESE réclame une méthode homogène, fondée sur le prix réel du marché au moment de la transaction, pas sur un tarif administratif figé des mois plus tôt.
Les opérateurs veulent aussi des règles claires sur le contenu de l’offre, le caractère opposable du calendrier de chargement, la nature exacte du délai de réponse et la preuve de réception. Le CESE suggère par ailleurs une déclaration annuelle indicative des besoins des métallurgistes locaux, actualisable en cours d’année.
Un point mérite l’attention. PRNC alerte sur le risque que la convention provinciale devienne, par des exigences excessives, un véritable droit de veto déguisé sur les exportations. Le CESE propose un garde-fou net : plafonner la contribution provinciale au montant de la taxe sur les exportations de produits miniers qui aurait été due selon le code des impôts.
Restent quelques corrections de rédaction, erreurs de renvoi et formulations imprécises, que l’institution demande de rectifier.
La commission de la mine, présidée par Marc Zeisel, a adopté l’avis à l’unanimité, par dix voix. En séance plénière, le CESE a rendu un avis favorable à la majorité. Il rappelle enfin une exigence de fond : au-delà de l’urgence, le schéma de mise en valeur des richesses minières de 2009 doit être réactualisé. La Calédonie a besoin d’une stratégie, pas seulement de rustines.
(Crédit photo : iStock)



