La mer n’est pas un décor, c’est un territoire stratégique.
En Polynésie française, l’État et le Pays entendent reprendre la main sur un espace vital, trop longtemps exposé aux trafics et aux dérives.
Une gouvernance maritime assumée face aux défis stratégiques
Réunie ce jeudi 8 janvier 2026, sous la coprésidence du Haut-commissaire de la République et du Président de la Polynésie française, la Commission maritime mixte (CMM) a dressé un bilan précis des actions engagées depuis mars 2024.
Loin des effets d’annonce, cette réunion s’inscrit dans une logique de pilotage stratégique, fondée sur les travaux de quatre groupes thématiques clairement identifiés.
Surveillance et protection de l’environnement marin, contrôle des pêches, sécurité maritime et loisirs nautiques, hydrographie : ces axes structurants traduisent une volonté claire de reprendre le contrôle de l’espace maritime polynésien.
Un espace immense, convoité et parfois exploité sans règles, que l’État refuse désormais de laisser devenir une zone grise.
Depuis la précédente réunion, l’actualité maritime a été dense.
Les Jeux olympiques de l’été 2024, les premières distinctions Toa Reef de l’Ifrecor, mais surtout l’année 2025 consacrée à la mer ont replacé la Polynésie au cœur des enjeux océaniques mondiaux.
La préparation et la tenue de la Conférence des Nations unies sur l’océan (Unoc) à Nice ont renforcé cette visibilité.
Mais la CMM rappelle une évidence souvent oubliée : la protection de la mer commence par l’exercice effectif de l’autorité publique.
Sécurité, pêches, environnement : priorité à l’action, pas aux discours
La Commission maritime mixte ne se limite pas à des orientations générales.
Elle s’inscrit dans une architecture institutionnelle cohérente, en articulation avec le Comité d’orientation stratégique portuaire et maritime (Cosmer).
Cette complémentarité vise un objectif simple : transformer les décisions politiques en résultats opérationnels mesurables.
À l’heure où certains plaident pour une dilution des responsabilités, l’État assume une ligne claire : coordination, efficacité, fermeté.
L’entrée en vigueur du traité dit « BBNJ » sur la biodiversité en haute mer, prévue le 17 janvier, renforce encore cette exigence.
La France, puissance maritime mondiale, ne peut se contenter de déclarations de principe.
En Polynésie française, la surveillance des pêches reste un enjeu central.
La lutte contre la pêche illégale, non déclarée et non réglementée exige des moyens, du renseignement et une chaîne de décision claire.
Même exigence en matière de sécurité maritime.
Loisirs nautiques, trafic commercial, navigation traditionnelle : la liberté en mer ne vaut que si elle est encadrée par des règles respectées.
Trafic de stupéfiants et Jeux du Pacifique 2027 : l’État fixe des lignes rouges
Au-delà des priorités techniques, deux enjeux majeurs ont été rappelés avec fermeté.
D’abord, la lutte contre le trafic de stupéfiants par voie maritime, menace directe pour la sécurité et la cohésion sociale.
La Polynésie n’est pas à l’abri des routes du narcotrafic international.
Fermer les yeux serait une faute politique et morale. L’État l’assume : tolérance zéro face aux réseaux criminels.
Ensuite, la préparation des Jeux du Pacifique 2027 impose une sécurisation renforcée du domaine maritime.
Accueillir un événement régional d’ampleur suppose un dispositif à la hauteur des enjeux, sans naïveté ni improvisation.
Pour atteindre ces objectifs, les représentants de l’État et du Pays ont insisté sur une coordination opérationnelle permanente.
Les silos administratifs n’ont plus leur place face à des menaces transversales.
Cette ligne se traduira concrètement par le déploiement de nouveaux moyens maritimes dès 2026.
L’Escouade de réserve côtière de Polynésie de la Marine nationale viendra renforcer la présence française en mer.
Des renforts sont également prévus au sein de l’Office français de la biodiversité et du Service de l’État des affaires maritimes.
Un signal clair : la souveraineté ne se délègue pas, elle s’exerce.
À travers cette Commission maritime mixte, l’État et le Pays réaffirment une ligne politique sans ambiguïté.
Faire de la mer un espace protégé, oui. Mais surtout un espace maîtrisé, sécurisé et pleinement inscrit dans l’intérêt national et territorial.


















