Pacifique : l’Australie et le Japon renforcent leur alliance face à la montée en puissance de la Chine

Face à l’expansion militaire et diplomatique de la Chine dans le Pacifique, l’Australie et le Japon apparaissent comme deux partenaires essentiels pour les États insulaires de la région. Canberra et Tokyo entendent défendre la souveraineté des pays du Pacifique, la liberté de navigation et un ordre régional fondé sur le droit international.
La Chine accentue la pression dans le Pacifique
Quelques heures seulement après la visite du Premier ministre australien Anthony Albanese aux Fidji, le 6 juillet, afin de renforcer la coopération entre les deux pays, Pékin a procédé au tir d’un missile balistique dans l’océan Pacifique.
L’Australie a rapidement condamné cet acte qualifié de provocateur. Les dirigeants des Îles Salomon et de la Papouasie-Nouvelle-Guinée ont également appelé les grandes puissances à respecter les populations du Pacifique et à éviter tout comportement susceptible d’aggraver les tensions.
Cette démonstration de force rappelle que l’affirmation croissante de la Chine constitue désormais un facteur majeur d’instabilité régionale. Elle pousse l’Australie à consolider ses relations avec les États insulaires, mais également avec ses principaux partenaires stratégiques.
L’Australie reste le premier partenaire financier du Pacifique
Selon les données du Lowy Institute, l’Australie a représenté environ 38 % de l’aide totale versée aux États insulaires du Pacifique au cours des quinze dernières années. À titre de comparaison, la Chine aurait assuré environ 9 % de ces financements.
Canberra reconnaît toutefois que l’aide financière ne peut plus constituer le seul fondement de sa politique régionale. Le gouvernement australien cherche désormais à établir des relations davantage fondées sur la coopération, la confiance et le respect de la souveraineté des pays insulaires.
Cette évolution vise notamment à rompre avec une relation parfois perçue comme trop déséquilibrée entre l’Australie et ses voisins du Pacifique.
Canberra multiplie les accords avec les États insulaires
Le 29 juin, l’Australie et le Vanuatu ont signé l’accord de Nakamal, qui prévoit notamment l’interdiction de l’installation de bases militaires étrangères sur le territoire vanuatais.
Cet accord s’ajoute à plusieurs partenariats conclus ces dernières années par Canberra, notamment le partenariat Vuvale avec les Fidji, ainsi que des accords de sécurité et de coopération signés avec Nauru et Tuvalu.
L’Australie souhaite ainsi proposer aux pays du Pacifique une alternative durable, reposant sur des investissements, une coopération sécuritaire et le renforcement des capacités locales.
Mais cette stratégie intervient alors que la marine chinoise poursuit son expansion. Pékin ambitionne de disposer d’une flotte de 435 navires militaires à l’horizon 2030, renforçant les inquiétudes concernant sa présence future dans le Pacifique.
Le Japon développe son influence régionale
L’Australie n’est pas le seul pays à proposer un partenariat stratégique aux États insulaires. Le Japon renforce également son engagement diplomatique, économique et sécuritaire dans le Pacifique.
Tokyo a organisé en février le Dialogue de défense entre le Japon et les îles du Pacifique. À cette occasion, le ministre japonais de la Défense, Shinjiro Koizumi, a appelé à renforcer les connexions et la coopération régionales.
Quelques mois plus tard, la Première ministre Sanae Takaichi a réaffirmé le soutien du Japon aux États insulaires confrontés aux conséquences du changement climatique.
Ces initiatives témoignent de la volonté de Tokyo de jouer un rôle plus important dans une région devenue stratégique pour la sécurité de l’Indo-Pacifique.
Australie et Japon renforcent leur coopération sécuritaire
Canberra et Tokyo travaillent déjà ensemble sur plusieurs enjeux majeurs concernant les pays du Pacifique.
Dans leur déclaration commune sur la coopération en matière de sécurité économique, les deux gouvernements se sont notamment engagés à aider les États insulaires à lutter contre le blanchiment d’argent, grâce à des programmes de formation et de renforcement des capacités.
Lors d’un sommet organisé en mai, Anthony Albanese et Sanae Takaichi ont également annoncé leur volonté de porter leur partenariat de sécurité à un niveau supérieur.
Les deux pays souhaitent notamment renforcer leur coopération militaire et sécuriser leur accès aux minerais critiques, devenus indispensables aux industries de défense, aux technologies numériques et à la transition énergétique.
Défendre un Indo-Pacifique libre et ouvert
Le Japon défend depuis plus d’une décennie le principe d’un Indo-Pacifique libre et ouvert. Cette stratégie vise à préserver la liberté de navigation, le respect du droit international et la souveraineté des États face aux pressions exercées par les grandes puissances.
Lors d’un déplacement au Vietnam, Sanae Takaichi a affirmé que le Japon jouerait désormais un rôle plus actif dans la défense d’un ordre international fondé sur ces principes.
Le ministre japonais de la Défense a également présenté une nouvelle approche reposant sur la confiance, la transparence et le dialogue.
Cette vision rejoint largement les priorités défendues par Canberra dans le Pacifique.
Le Japon augmente fortement ses dépenses militaires
Cette ambition diplomatique s’accompagne d’un renforcement concret des capacités de défense japonaises.
Sous le gouvernement de Sanae Takaichi, le budget de la défense du Japon a dépassé pour la première fois 78 milliards de dollars australiens. Tokyo a également accéléré la révision de ses principaux documents stratégiques et renforcé sa participation à plusieurs exercices militaires multinationaux.
La participation japonaise à l’exercice Balikatan témoigne notamment de la volonté de Tokyo de travailler davantage avec les forces armées de ses partenaires régionaux.
Dans sa stratégie nationale de défense publiée en 2024, l’Australie avait déjà qualifié le Japon de « partenaire indispensable » pour assurer la paix et la prospérité régionales.
Une coopération essentielle pour protéger la souveraineté du Pacifique
La protection des routes maritimes devrait devenir l’un des principaux enjeux sécuritaires des prochaines années.
L’Australie et la Nouvelle-Zélande devraient conserver un rôle central dans la formation des forces régionales. Le Japon dispose toutefois de capacités technologiques, navales et géographiques susceptibles de renforcer considérablement cette coopération.
Pour Canberra, chaque nouveau partenaire engagé dans le Pacifique contribue à consolider un ordre régional fondé sur le droit international face à une Chine de plus en plus présente militairement.
L’Australie et le Japon disposent déjà d’une relation bâtie sur plusieurs décennies de confiance. L’approfondissement de leur coopération dans le Pacifique pourrait désormais devenir déterminant pour protéger la souveraineté des États insulaires, sécuriser les routes maritimes et préserver la stabilité régionale.

