Le Congrès face à un choix explosif

Deux rendez-vous décisifs attendent les élus calédoniens cette semaine.
Entre comptes publics sous tension et élection du futur gouvernement, l'avenir institutionnel et financier de la Nouvelle-Calédonie entre dans une séquence déterminante.
Le Congrès ouvre une semaine décisive pour la Nouvelle-Calédonie
La reprise institutionnelle se poursuit en Nouvelle-Calédonie. Après la mise en place des nouvelles instances politiques, les 54 conseillers du Congrès sont appelés à se réunir à deux reprises au cours d'une semaine particulièrement importante pour le territoire.
La première séance publique est convoquée mardi 28 juillet 2026 à 9 heures, dans l'hémicycle du Congrès.
À première vue, l'ordre du jour apparaît particulièrement technique.
Pourtant, derrière les délibérations budgétaires se joue une question essentielle : la capacité de la Nouvelle-Calédonie à retrouver une trajectoire financière crédible après la crise provoquée par les événements de mai 2024.
Les élus devront examiner plusieurs projets de délibération portant sur les comptes administratifs et les comptes de gestion de l'exercice 2025.
Sont notamment concernés :
le budget principal propre de la Nouvelle-Calédonie ;
le budget annexe de répartition ;
le budget annexe de reversement ;
ainsi que les dotations pluriannuelles relatives au Fonds d'électrification rurale (FER).
Ces textes constituent la photographie officielle de la situation financière du territoire après une année marquée par un ralentissement économique majeur.
Ils permettront également de mesurer les conséquences concrètes de la crise sur les recettes publiques.
L'enjeu dépasse largement une simple validation comptable. Il s'agit de savoir sur quelles bases financières reposera l'action publique dans les prochains mois.
Pour une collectivité confrontée à une dette importante et à des marges de manœuvre réduites, cette séance constitue une étape incontournable.
Des comptes qui révèlent l'ampleur de la crise financière
Les documents soumis au vote confirment une réalité préoccupante. La Nouvelle-Calédonie traverse l'une des plus graves crises budgétaires de son histoire récente.
Les conséquences économiques des violences de mai 2024 se retrouvent directement dans les comptes publics.
Les recettes fiscales reculent de 10 %, passant de 177,3 milliards à 159,5 milliards de francs CFP.
Le budget annexe de répartition, chargé de redistribuer les ressources fiscales aux collectivités, affiche une baisse encore plus importante.
Ses recettes diminuent de 15 % pour atteindre 86,7 milliards de francs CFP.
Cette chute des recettes réduit fortement les capacités d'action de la collectivité.
La trésorerie apparaît également sous forte pression. Le fonds de roulement ne représente plus que 14 jours de dépenses, alors que le seuil prudentiel généralement retenu par l'Agence française de développement est fixé à 30 jours.
Autrement dit, la marge de sécurité financière s'est considérablement réduite. Autre indicateur révélateur, le taux d'épargne brute n'atteint 16 % qu'en intégrant une aide exceptionnelle de 25 milliards de francs CFP apportée par l'État.
Sans ce soutien exceptionnel, la situation aurait été nettement plus dégradée. Face à cette réalité, l'exécutif calédonien a privilégié une stratégie de gestion de crise.
Les investissements jugés non prioritaires ont été reportés. Le taux d'exécution des dépenses d'investissement est resté limité à 60 %. Les ressources disponibles ont été concentrées sur les secteurs essentiels. La santé. L'énergie. La protection sociale. Le maintien des services publics.
Cette stratégie a largement reposé sur le Prêt garanti par l'État (PGE), d'un montant de 95,46 milliards de francs CFP.
Cette enveloppe a permis de compenser 25,18 milliards de pertes de recettes fiscales.
Elle a également financé 9,9 milliards pour le RUAMM. 4,4 milliards ont été consacrés au soutien d'Enercal. Près de 4,1 milliards ont servi aux dispositifs liés au chômage.
Ces financements exceptionnels ont permis d'éviter une rupture de paiement de plusieurs missions essentielles.
Ils illustrent également la dépendance actuelle des finances calédoniennes au soutien financier de l'État.
Un excédent comptable contesté avant l'élection du futur gouvernement
L'un des principaux sujets de débat porte sur le résultat affiché par le compte administratif.
Les documents présentent un excédent de 25,6 milliards de francs CFP. Mais cet excédent ne correspond pas à une trésorerie réellement disponible.
Il résulte d'un mécanisme comptable exceptionnel. Le Prêt garanti par l'État, initialement destiné à financer des investissements, a été utilisé de manière dérogatoire pour couvrir des dépenses de fonctionnement.
Par ailleurs, 23,28 milliards de francs CFP ont servi à rembourser directement les avances de trésorerie consenties par l'État en 2024.
Cette opération n'a pas été comptabilisée comme une dépense budgétaire. Le résultat affiché est donc supérieur aux disponibilités financières réelles.
Selon les éléments présentés aux élus, le résultat effectivement mobilisable serait proche de 632 millions de francs CFP.
Les conseillers devront donc arbitrer entre deux approches. La première consiste à reprendre intégralement le résultat arrêté par le comptable public, conformément aux dispositions de la loi organique.
La seconde viserait à corriger cet excédent afin de refléter la réalité financière, au risque de soulever une difficulté juridique pouvant conduire à une saisine de la Chambre territoriale des comptes.
Au-delà des aspects techniques, cette décision influencera directement la préparation des prochains budgets.
Quelques jours plus tard, vendredi 31 juillet 2026, les 54 conseillers se retrouveront une nouvelle fois dans l'hémicycle.
Cette fois, l'enjeu sera pleinement politique. Ils procéderont à l'élection des onze membres du 19ᵉ gouvernement de la Nouvelle-Calédonie, conformément aux articles 109 et 110 de la loi organique du 19 mars 1999.
Le nombre de membres a été fixé à onze lors de la délibération adoptée le 21 juillet 2026. Les listes de candidats devaient être déposées avant le samedi 25 juillet à minuit.
Selon les informations communiquées, les formations loyalistes devraient envoyer Christopher Gygès, Laurent Bonnefond, Nina Julié, Philippe Blaise, Alcide Ponga ainsi que Milakulo Tukumuli au sein du futur exécutif.
Du côté indépendantiste, les candidatures annoncées sont celles de Gilbert Tyuienon, Johanito Wamytan, Ernest Déméné, Meryl Marlier et Billy Forest.
Cette composition traduit les équilibres politiques issus des dernières élections.
Le futur gouvernement prendra ses fonctions dans un contexte particulièrement exigeant. Le redressement des finances publiques. La relance de l'économie. La maîtrise des dépenses. Le maintien des services publics.
Autant de dossiers qui attendent les futurs membres de l'exécutif dès leur installation. Les deux séances du Congrès s'annoncent donc complémentaires.
La première portera sur la sincérité des comptes et la réalité des finances publiques. La seconde déterminera les femmes et les hommes chargés de conduire la Nouvelle-Calédonie dans une période où chaque décision budgétaire et politique sera scrutée avec attention.
(Crédit photo : Congrès de la Nouvelle-Calédonie)

