Nauru ouvre une ambassade à Jérusalem : un choix diplomatique qui interroge dans le Pacifique

La décision de Nauru d’ouvrir prochainement une ambassade à Jérusalem confirme le rapprochement de plusieurs États insulaires du Pacifique avec Israël. Pour le professeur Steven Ratuva, ces pays restent libres de leurs choix diplomatiques, mais doivent mesurer les conséquences de leur alignement avec de grandes puissances.
Nauru prépare l’ouverture d’une ambassade à Jérusalem
Nauru devrait ouvrir une ambassade à Jérusalem dans les prochains mois, à la suite d’un accord conclu en juin entre le vice-président et ministre des Affaires étrangères nauruan, Lionel Aingimea, et son homologue israélien Gideon Sa’ar.
La rencontre s’était déroulée aux Fidji, après le déplacement du chef de la diplomatie israélienne à Suva pour inaugurer l’ambassade d’Israël dans la capitale fidjienne.
Cette décision fait de Nauru le dernier pays du Pacifique à annoncer l’installation d’une représentation diplomatique dans cette ville dont le statut demeure contesté sur la scène internationale.
Plusieurs pays du Pacifique se rapprochent d’Israël
La démarche de Nauru s’inscrit dans une tendance plus large. La Papouasie-Nouvelle-Guinée et les Fidji disposent également de représentations diplomatiques à Jérusalem.
La Papouasie-Nouvelle-Guinée y a inauguré son ambassade en septembre 2023. Son Premier ministre, James Marape, avait présenté cette décision comme un choix souverain, fondé notamment sur les valeurs chrétiennes du pays et sur la volonté de renforcer les relations avec Israël.
Le Premier ministre fidjien, Sitiveni Rabuka, a lui aussi défendu l’ouverture d’une ambassade fidjienne à Jérusalem. Selon lui, cette décision doit favoriser la coopération avec Israël dans plusieurs secteurs, notamment l’agriculture, la technologie et la sécurité.
Le statut de Jérusalem au cœur des critiques
L’installation de nouvelles ambassades dans la ville suscite toutefois l’opposition de plusieurs organisations favorables à la cause palestinienne.
Rinad Tamimi, porte-parole du Palestine Solidarity Network Aotearoa, estime que le choix de Jérusalem, plutôt que Tel-Aviv, possède une importante portée politique. Elle considère que ces ouvertures pourraient contribuer à légitimer la souveraineté revendiquée par Israël sur l’ensemble de la ville.
L’organisation s’interroge également sur l’influence que pourraient exercer des incitations diplomatiques ou économiques sur les petits États insulaires du Pacifique.
Des choix guidés par la religion et l’histoire
Pour Steven Ratuva, professeur à l’Université de Canterbury, les pays du Pacifique disposent pleinement du droit de déterminer leur propre politique étrangère.
Il estime néanmoins que ces décisions doivent être replacées dans un contexte international plus large. Selon lui, les liens entre certains États océaniens et Israël reposent davantage sur des facteurs religieux, historiques et politiques que sur des avantages économiques directs.
Plusieurs États insulaires entretiennent en effet une relation particulière avec Israël en raison de l’importance du christianisme dans leur société et de références bibliques fortement ancrées dans leur vie politique.
Ces choix peuvent toutefois placer certains gouvernements du Pacifique en opposition avec une partie de l’opinion internationale et provoquer des critiques diplomatiques.
Le poids stratégique des votes du Pacifique à l’ONU
Steven Ratuva compare cette situation à la rivalité diplomatique qui a longtemps opposé la Chine et Taïwan dans le Pacifique.
Malgré leur faible population, les États insulaires disposent chacun d’une voix à l’Assemblée générale des Nations unies. Leur soutien peut donc devenir particulièrement précieux lors des votes portant sur des questions diplomatiques sensibles.
Selon l’universitaire, Israël chercherait ainsi, comme d’autres puissances avant lui, à renforcer ses relations avec les pays du Pacifique afin de bénéficier de leur soutien dans les organisations internationales.
Préserver l’indépendance diplomatique du Pacifique
Le principal défi pour les gouvernements océaniens consiste désormais à renforcer leurs partenariats internationaux sans devenir les instruments des rivalités entre grandes puissances.
Steven Ratuva appelle les pays de la région à développer une véritable résilience diplomatique, afin de préserver leur indépendance et leur capacité à défendre leurs propres intérêts.
L’ouverture annoncée de l’ambassade de Nauru à Jérusalem illustre ainsi une évolution plus générale : les petits États du Pacifique occupent une place croissante dans les stratégies d’influence mondiales, au risque de se retrouver au centre de tensions diplomatiques qui les dépassent.

