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141 ans et pas une ride

26 août 2026 à 17:00
5 min de lecture
141 ans et pas une ride

Résumé IA

À l’occasion du Mois du patrimoine, le Congrès de Nouvelle-Calédonie met en lumière ses 141 ans d’histoire, retracés dans l’ouvrage « Du Conseil général au Congrès ». L’institution, créée en 1885, a traversé les régimes et les évolutions politiques, jusqu’aux accords de Nouméa et la transformation en Congrès en 1999.

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Cent quarante et un ans d'histoire dorment dans une salle de délibérations du boulevard Vauban.
Le Mois du patrimoine est l'occasion rêvée d'aller les réveiller.

1885 : la République prend racine dans le Pacifique

Depuis le 14 août, la province Sud vit au rythme de la 32e édition du Mois du patrimoine. On y célèbre les vieilles pierres, les archives, les mémoires. Or le patrimoine calédonien ne se limite pas aux bâtiments : il est aussi institutionnel. Et de ce point de vue, une assemblée domine toutes les autres par son ancienneté, le Congrès de la Nouvelle-Calédonie, héritier direct du Conseil général créé sous la IIIe République.

Retour en arrière. Dès 1873, vingt ans après la prise de possession, une première pétition adressée à la Chambre des députés réclame un Conseil colonial. Ceux qui font la richesse de la colonie entendent avoir accès à la gestion des affaires. Fin 1876, une nouvelle pétition portant 135 signatures demande un Conseil général élu et la liberté de la presse. Le gouverneur de Pritzbüer balaie le tout d'un revers de main.

Il faudra attendre douze ans. Le décret du 2 avril 1885, promulgué le 30 mai, institue enfin le Conseil général de Nouvelle-Calédonie. Les 26 juillet et 2 août suivants, quelque 1 200 électeurs, 60 % seulement se déplacent, désignent 16 conseillers généraux répartis en six circonscriptions. La première réunion se tient le 17 août 1885. La Nouvelle-Calédonie est enfin dotée de son assemblée représentative, trente-deux ans après le drapeau tricolore.

Les débuts sont rugueux. Démissions en série, dissolution, valse des gouverneurs, une dizaine se succèdent entre 1884 et 1894, avant que Paul Feillet n'ouvre une parenthèse de stabilité de neuf ans. Mais l'essentiel est acquis : les Calédoniens délibèrent, votent leur budget, s'opposent à l'administration quand il le faut. Ils apprennent la République en la pratiquant.

Le siècle des métamorphoses

La Seconde Guerre mondiale rebat les cartes. Le Conseil général, rétabli par le décret du 5 juillet 1944, s'ouvre à une nouveauté considérable : les femmes deviennent éligibles dès les élections de janvier 1945. Puis vient le tournant de 1946 : les autochtones deviennent citoyens, pour beaucoup munis du droit de vote. Après un âpre débat entre partisans du collège unique et défenseurs du double collège, un compromis législatif permet en 1953 aux élus autochtones d'occuper 9 des 25 sièges du Conseil général, une victoire pour l'Union calédonienne.

Nouvelle mue en 1957. La loi-cadre Defferre, définitivement adoptée le 19 juin 1956, est appliquée au territoire par décret en juillet 1957. En octobre, les Calédoniens élisent leur Assemblée territoriale et leur premier Conseil de gouvernement. Fait notable, rapporté dans les archives : majorité et opposition avaient fait front commun à Paris pour défendre les libertés calédoniennes acquises en 1946, obtenant une série d'amendements la preuve qu'ici, l'intérêt du territoire savait déjà passer avant les querelles partisanes.

Les décennies suivantes sont plus tourmentées. Le statut Lemoine, entré en vigueur par la loi du 6 septembre 1984, ne survit pas neuf mois aux événements qui embrasent le pays. En août 1985, la loi Fabius-Pisani transforme l'Assemblée territoriale en Congrès du territoire : 46 membres issus de quatre conseils de région, tandis que le haut-commissaire assure l'exécutif. Le nom de Congrès est né dans la douleur, mais il est né.

L'Accord de Nouméa, ou la première institution du pays

Le 21 avril 1998, tard dans la soirée, l'État, le RPCR et le FLNKS concluent l'Accord de Nouméa, signé le 5 mai en présence de Lionel Jospin. La révision constitutionnelle est entérinée par le Congrès de Versailles le 6 juillet 1998 ; le référendum du 8 novembre ratifie l'accord avec 72 % de suffrages favorables en Calédonie. Le 19 mars 1999, la loi organique n° 99-209 parachève l'édifice.

Pour l'assemblée, le changement est immense. Le Congrès désormais « de la Nouvelle-Calédonie » et non plus du territoire peut édicter des lois du pays. L'exécutif passe des mains du haut-commissaire à celles d'un gouvernement collégial, dont Jean Lèques devient le premier président le 28 mai 1999. Le Congrès est devenu la première institution de la Nouvelle-Calédonie, où siègent les élus des trois provinces.

Ce patrimoine-là a d'ailleurs son trésor : l'intégralité des procès-verbaux des séances depuis 1885, conservée au Congrès. « La mémoire politique du pays », écrivait Harold Martin, alors président de l'institution, dans la préface de l'ouvrage Du Conseil général au Congrès de la Nouvelle-Calédonie, qui exhume ces 125 premières années d'archives. On y lit une Calédonie qui se cherche, s'organise, s'émancipe « un destin partagé, bien avant que l'on parle de destin commun ».

C'est peut-être la leçon de ce Mois du patrimoine : les institutions aussi sont un héritage. Celle-ci a traversé la IIIe, la IVe et la Ve République, deux guerres mondiales, les événements, trois référendums. Elle a changé trois fois de nom, jamais de vocation : faire délibérer les Calédoniens sur leurs propres affaires, au sein de la République. Cent quarante et un ans plus tard, elle siège toujours.

(Crédit photo : Congrès de la Nouvelle-Calédonie)