Les retraites ne tiennent qu'à un fil

Résumé IA
Quarante-deux mille retraités calédoniens dépendent d’une décision politique, alors que le régime maladie perd près de quinze milliards par an. Le gouvernement a quatre mois pour réformer les comptes sociaux, face à une urgence financière critique.
Quarante-deux mille retraités suspendus à une décision politique. Un régime maladie qui perd près de quinze milliards par an.
Le 19e gouvernement a désormais quatre mois pour éviter l'accident industriel des comptes sociaux calédoniens.
Vingt-quatre heures après le discours, la réalité comptable
Il n'aura pas attendu.
Au lendemain de sa déclaration de politique générale, bâtie autour du redressement économique et de la justice sociale, Milakulo Tukumuli a reçu ce mardi 25 août le bureau du conseil d'administration de la CAFAT. Autour de la table : le président Patrick Dupont, le vice-président Jean-Pierre Kabar, Christophe Coulson et Sonia Critg, accompagnés du directeur général Xavier Martin.
Rien d'un exercice protocolaire.
Le président du gouvernement, également chargé de la santé et de la protection sociale, est venu poser les dossiers qui ne supportent plus le report : le régime de retraite du secteur privé, la réforme du RUAMM, et le financement du handicap et de la dépendance, qui réclame une structuration autrement plus sérieuse que celle d'aujourd'hui.
La veille, devant les élus du Congrès, le chef de l'exécutif avait prévenu :
Je n'ai pas sollicité cette fonction pour administrer l'impuissance.
La formule tranche avec deux décennies d'atermoiements. Elle engage aussi celui qui la prononce.
Car la Nouvelle-Calédonie ne découvre rien. Elle savait. Elle a simplement choisi, année après année, de ne pas trancher.
Retraites : 5,2 milliards de réserves, et le vide derrière
Le chiffre devrait figurer en tête de tous les débats du Congrès avant la fin de l'année.
Les réserves du régime de retraite sont passées de près de 40 milliards de francs en 2018 à 5,2 milliards à la fin de l'année 2025. Huit ans pour brûler l'équivalent de sept années de coussin financier. Les émeutes de mai 2024 ont accéléré la chute, quinze mille salariés en moins, entre départs et destructions d'emplois, et donc autant de cotisations évaporées, mais elles n'ont pas créé le déséquilibre. Elles l'ont révélé.
Sans réforme ni ressource nouvelle, 42 000 Calédoniens risquent de ne plus percevoir leur pension. Pas dans dix ans. « Dans quelques mois », selon les termes employés lundi.
Le gouvernement chiffre le besoin de financement du régime vieillesse entre 7 et 8 milliards de francs pour la seule année 2026.
Une délibération a déjà été arrêtée le 17 juin dernier. Elle maintient l'âge légal de départ à 62 ans, la sagesse d'un pays qui use ses corps au travail, mais allonge la durée de cotisation de 37 à 39 ans, par paliers de six mois pendant quatre ans. La contribution calédonienne de solidarité des retraités, aujourd'hui fixée à 1,3 %, doit rejoindre progressivement celle des salariés, à 3 %.
Effort partagé. Pas de bouc émissaire.
C'est précisément le sens du propos tenu par Milakulo Tukumuli devant le Congrès :
Agir maintenant, c'est avoir encore la possibilité d'agir avec davantage de justice et d'échelonner dans le temps les mesures qui peuvent l'être.
Traduction : plus on attend, plus la note sera brutale. Et plus elle sera injuste.
RUAMM : 43 milliards de dette, la fin d'un déni collectif
L'assurance maladie de tous les Calédoniens est dans un état encore plus dégradé.
Le RUAMM traînait près de 43 milliards de francs de dette à la fin 2025, pour un déficit annuel avoisinant les 15 milliards. Un régime que le budget de la Nouvelle-Calédonie doit renflouer chaque année pour le maintenir à flot, et dont la trésorerie pourrait rompre avant la fin de l'exercice en cours.
Le président du gouvernement a été clair devant les élus :
Réformer le RUAMM n'est plus une option : c'est une obligation financière et une exigence de justice.
Le mot juste, enfin.
Car derrière l'abstraction comptable, il y a les hôpitaux, premiers créanciers du régime, qui attendent d'être payés pour payer à leur tour. Il y a les soignants. Il y a les patients.
L'État, lui, n'a pas ménagé sa solidarité. Le soutien national à la Nouvelle-Calédonie a atteint 324 milliards de francs CFP en 2024, soit plus de 24 % du produit intérieur brut du territoire. Le 29 mai dernier, un prêt garanti de 44 milliards de francs, assorti d'une subvention de 7 milliards, était encore signé avec l'Agence française de développement ; plus de 51 milliards ont été fléchés vers les comptes sociaux et les collectivités. Sans ce versement, la capacité du territoire à honorer les retraites du mois de juin était compromise.
La France paie. Elle a payé. Elle continuera de le faire, mais la perfusion ne tient pas lieu de politique publique, et personne à Paris ne signera indéfiniment des chèques pour financer un refus local de décider.
D'où le calendrier resserré annoncé lundi : les projets de réforme des retraites et du RUAMM devront passer une nouvelle concertation, puis être votés par le Congrès avant le 31 décembre. Une mission transpartisane s'envole vers l'Hexagone en fin de semaine pour défendre la place du territoire dans le projet de loi de finances 2027 et proposer à l'État un « contrat de responsabilité ».
Responsabilité. Le mot revient. Il vaut mieux que celui de doléance.
L'entretien de ce mardi matin traduit une méthode : associer les acteurs de la protection sociale et les partenaires sociaux, construire une relation de confiance fondée sur le dialogue et le respect des responsabilités de chacun, puis engager le travail sans délai.
Reste à savoir si les élus du Congrès, eux, auront le courage du vote.
Les Calédoniens, de leur côté, n'ont plus le luxe d'attendre.
(Crédit photo : Gouvernement de la Nouvelle-Calédonie)

