Aller au contenu
0%
L'actualité locale

Le Medef-NC dit stop aux promesses

26 août 2026 à 07:00
5 min de lecture
Le Medef-NC dit stop aux promesses

Résumé IA

Le Medef-NC répond à la déclaration de politique générale de Milakulo Tukumuli en saluant le cap fixé, mais exige des actes concrets. Le patronat reste vigilant sur la traduction des intentions en décisions, notamment sur la revue des dépenses et la réforme fiscale.

Aa

Le diagnostic est posé. Les chiffres, eux, se font toujours attendre. Vingt-quatre heures après la déclaration de politique générale, le patronat calédonien répond : d'accord sur le cap, mais l'heure n'est plus aux intentions.

Une convalescence, pas une guérison

Lundi 24 août, devant le Congrès, le président du gouvernement Milakulo Tukumuli a livré une feuille de route volontairement resserrée sur six mois. Court terme, priorités assumées, diagnostic sans fard. Le lendemain, le Medef-NC publiait sa réponse. Elle tient en une formule : le cap est le bon, la démonstration reste à faire.

Le patronat ne boude pas son intérêt. Il retient la lucidité du constat, la place accordée à la relance et, surtout, l'engagement de ne pas faire porter l'essentiel de l'effort sur ceux qui produisent et qui emploient. C'est une inflexion que les entreprises réclamaient depuis des mois. Reste à la traduire en décisions.

Il faut d'abord se méfier des embellies de façade.

Certains indicateurs frémissent ,la consommation, les ventes de véhicules. Le Medef-NC prévient : ces signaux doivent être maniés avec la plus grande précaution. Car derrière la statistique flatteuse se cache une réalité plus rugueuse. L'hémorragie des destructions d'emplois s'est interrompue, soit. Mais les embauches, elles, ne repartent pas.

La nuance est capitale. Un pays qui cesse de perdre des emplois n'est pas un pays qui en crée.

Le tableau reste sévère : effondrement de l'investissement, contraction brutale du crédit et, surtout, ce chiffre qui devrait figurer en tête de tout document budgétaire, un salarié du secteur privé sur six a disparu en deux ans. Un sur six. En vingt-quatre mois. Aucune économie développée n'encaisserait un tel choc sans réagir dans l'urgence.

Ces constats ne tombent pas du ciel. Ils recoupent l'enquête conduite auprès de 776 entreprises calédoniennes, celle-là même qui avait poussé le Medef-NC à décréter l'état d'urgence économique. Le territoire quitte tout juste le stade des soins vitaux pour entrer dans une phase de convalescence encore extrêmement fragile.

Autre point que le patronat porte au crédit de l'exécutif : la franchise sur l'ampleur des déséquilibres. Régime de retraite, RUAMM, finances publiques, les trois dossiers que personne ne voulait ouvrir. Les nommer publiquement relève, dit le Medef-NC, d'un choix de courage et de responsabilité. Après des années de reports successifs, la remarque n'est pas anodine.

Des orientations favorables, sur le papier

Plusieurs annonces vont dans le sens de ce que les entreprises demandent.

La revue générale des dépenses du gouvernement et de ses établissements publics, d'abord. La protection des entreprises et des travailleurs indépendants fragilisés par la crise, ensuite. Et la promesse d'une fiscalité plus attractive, plus cohérente et plus lisible, trois adjectifs qui, appliqués sérieusement, changeraient la vie de bien des patrons calédoniens.

Le Medef-NC souligne aussi une affirmation entendue à la tribune : le rétablissement des comptes ne doit pas « achever les entreprises ». La formule est forte. Elle engage. Toute décision fiscale ou sociale devra désormais être pesée à l'aune de ses effets réels sur l'emploi, l'investissement, la trésorerie et la confiance.

Le soutien au nickel, couplé à la diversification vers le tourisme, l'agriculture, le numérique et l'économie bleue, ouvre des perspectives que le patronat juge intéressantes. À une condition : que ces ambitions soient accompagnées de feuilles de route opérationnelles, d'un calendrier et de conditions réellement favorables à l'investissement privé. Sans quoi elles resteront des mots.

Même accueil favorable pour le développement de l'alternance et le rapprochement des formations avec les besoins concrets des entreprises. Là encore, l'intention est juste.

Mais une déclaration n'est pas un budget, et un cap n'est pas une décision.

Du cap aux actes : la vigilance reste entière

C'est le cœur du message patronal, et il est sans ambiguïté.

À ce stade, la déclaration fixe une direction sans annoncer beaucoup de mesures concrètes. Le Medef-NC ne préjuge donc pas des arbitrages à venir. Il fixe en revanche ses lignes rouges, et elles sont nettes.

La revue des dépenses publiques ne peut pas rester une simple intention. Elle doit déboucher rapidement sur des économies réelles, chiffrées et vérifiables. Et elle constitue un préalable : on ne demande pas de nouveaux efforts aux entreprises et aux contribuables avant d'avoir fait le ménage chez soi. L'ordre des opérations n'est pas négociable.

La réforme fiscale, ensuite, ne devra pas se transformer en augmentation dissimulée des prélèvements. Chaque mesure devra passer par une étude d'impact préalable et une concertation avec les acteurs économiques. Le patronat connaît la mécanique : on annonce une simplification, on récolte une hausse.

Quant à la sauvegarde du régime de retraite et du RUAMM, elle ne pourra en aucun cas reposer principalement sur une hausse du coût du travail ou des cotisations pesant sur les entreprises et les patentés. Il faudra agir sur les dépenses, l'efficience du système, sa gouvernance, la prévention, et sur un élargissement équitable du financement. Faire payer toujours les mêmes n'est pas une réforme, c'est un renoncement déguisé.

Reste l'urgence immédiate, celle qui ne peut pas attendre les grands chantiers. Trésorerie, accès au crédit, relance de l'investissement, reconstruction, délais de paiement. Les projets de diversification sont indispensables, mais leurs effets ne se feront sentir qu'à moyen terme. Encore faut-il que les entreprises encore debout tiennent d'ici là.

Sur la concertation sociale, enfin, le gouvernement s'engage à informer avant de décider et à chercher les compromis utiles. Le Medef-NC annonce qu'il y prendra toute sa part, données et propositions à l'appui. Mais il pose la condition : cette concertation devra intervenir suffisamment en amont, s'appuyer sur des chiffres partagés et déboucher sur des arbitrages rapides. Ni formalité, ni prétexte à différer les réformes.

Le discours ouvre une direction encourageante. La vigilance du patronat, elle, reste entière sur le calendrier, le financement et l'impact réel des mesures. Le président du gouvernement l'a dit lui-même : l'exécutif devra désormais être jugé sur ses actes.

Les entreprises calédoniennes, elles, ont déjà commencé à compter.

260825_CP_Medef-NC_Discours_Politique_Général

(Crédit photo : MEDEF-NC)