Nickel : les États-Unis prennent l’avantage sur la Chine en Tanzanie

Résumé IA
En Tanzanie, le projet minier de Kabanga, l’un des plus grands gisements de nickel inexploités au monde, se rapproche des États-Unis. Lifezone Metals négocie avec le consortium Orion, soutenu par l’agence américaine DFC, un investissement supérieur à 500 millions de dollars, après l’intérêt du chinois Lygend Resources. Aucun accord définitif n’est annoncé, la décision finale étant reportée au premier trimestre 2027.
La bataille mondiale pour sécuriser les approvisionnements en nickel s’étend à l’Afrique. En Tanzanie, l’immense projet de Kabanga, convoité récemment par des investisseurs chinois, semble désormais se rapprocher des États-Unis.
Le projet Kabanga, considéré comme l’un des plus importants gisements de nickel encore inexploités au monde, pourrait bientôt accueillir un puissant investisseur soutenu par Washington. Une opération qui illustrerait une nouvelle fois la compétition croissante entre les États-Unis et la Chine pour le contrôle des minerais critiques.
Un investissement américain de plus de 500 millions de dollars
Lifezone Metals, société cotée à New York et chargée du développement de Kabanga, négocie avec Orion Critical Mineral Consortium (CMC) un investissement supérieur à 500 millions de dollars, selon les informations rapportées par Bloomberg.
Le consortium bénéficie notamment du soutien de l’International Development Finance Corporation (DFC), l’agence fédérale américaine chargée de financer des projets stratégiques à l'étranger.
Orion aurait été retenu comme partenaire privilégié parmi plusieurs candidats. Lifezone avait confirmé fin juillet avoir sélectionné un investisseur sans toutefois révéler son identité.
Quelques semaines auparavant, le groupe chinois Lygend Resources figurait pourtant parmi les acteurs intéressés par une prise de participation dans Kabanga.
Une illustration supplémentaire de la compétition que se livrent Pékin et Washington pour sécuriser les futures sources de nickel, de cuivre, de cobalt et d’autres métaux devenus indispensables aux industries technologiques et énergétiques.
Aucun accord définitif n’a cependant encore été annoncé.
Si les négociations aboutissent, Orion devrait prendre une participation minoritaire significative dans le projet. Lifezone conserverait le contrôle tandis que l’État tanzanien resterait actionnaire à hauteur de 16 %.
Kabanga, un gisement stratégique pour Washington
L’intérêt américain pour Kabanga ne date pas d’aujourd’hui.
Washington soutient depuis plusieurs années le développement du projet dans le cadre de sa stratégie visant à réduire la dépendance des États-Unis vis-à-vis des chaînes d'approvisionnement dominées par la Chine.
Le potentiel du gisement explique largement cet intérêt.
L’étude de faisabilité publiée en 2025 estime les réserves à 52,2 millions de tonnes de minerai, avec une teneur moyenne de 1,98 % de nickel, 0,27 % de cuivre et 0,15 % de cobalt.
Sur les dix-huit années d’exploitation envisagées, Kabanga pourrait produire un concentré contenant environ 902 000 tonnes de nickel, auxquelles s'ajouteraient du cuivre et du cobalt.
Pour les États-Unis, disposer d’une nouvelle source de nickel constitue un enjeu industriel majeur.
Le pays reste en effet largement dépendant de l’étranger pour ses besoins. En 2025, les mines américaines n’ont produit qu’environ 10 000 tonnes de nickel, alors que la consommation nationale de nickel primaire est bien supérieure.
Kabanga pourrait ainsi participer à la stratégie américaine de diversification des approvisionnements en minerais critiques.
Chine et États-Unis à la recherche de nouveaux approvisionnements
La bataille autour de Kabanga intervient alors que la géographie mondiale du nickel commence à évoluer.
Depuis plusieurs années, l’Indonésie domine largement le secteur grâce à une croissance spectaculaire de sa production et aux investissements massifs réalisés dans ses capacités de transformation, notamment avec l’appui de groupes chinois.
Le pays représente désormais plus de 60 % de la production minière mondiale de nickel.
Mais Jakarta a décidé de réduire ses quotas de minerai en 2026. Ils devraient se situer autour de 260 à 270 millions de tonnes, contre 379 millions de tonnes autorisées en 2025.
Une évolution qui pousse certains industriels chinois historiquement très présents en Indonésie à rechercher de nouveaux gisements ailleurs dans le monde.
Lygend Resources s’est ainsi intéressé à plusieurs projets, dont Kabanga en Tanzanie mais également des actifs miniers dans d’autres régions.
Dans le même temps, Washington cherche lui aussi à accélérer ses investissements afin d’éviter que Pékin ne renforce encore son influence sur les chaînes mondiales d’approvisionnement.
Le marché mondial du nickel pourrait basculer dans le déficit
La bataille prend une dimension supplémentaire avec l’évolution attendue du marché.
Après plusieurs années d’excédents ayant fortement pesé sur les cours, le marché mondial du nickel pourrait connaître un déficit en 2026.
L’International Nickel Study Group prévoit un déficit d'environ 32 000 tonnes, après un excédent estimé à 283 000 tonnes en 2025.
Une inversion qui pourrait redonner de la valeur aux grands projets encore inexploités.
Et Kabanga possède un autre avantage : il s'agit d'un gisement sulfuré à haute teneur, particulièrement intéressant pour produire du nickel destiné notamment aux batteries.
Un projet encore loin d’être définitivement lancé
Malgré son potentiel, l’avenir de Kabanga n’est cependant pas encore totalement assuré.
Lifezone poursuit ses négociations avec le gouvernement tanzanien afin de modifier l’accord-cadre encadrant le développement du projet. Les discussions portent notamment sur son développement progressif et sur le partage des bénéfices fiscaux.
Ces négociations avancent plus lentement que prévu.
La société a donc reporté sa décision finale d’investissement au premier trimestre 2027, avec la possibilité d'un nouveau décalage selon l’avancement du financement.
Autre inconnue : même une prise de participation américaine dans le projet ne signifie pas nécessairement que le nickel produit à Kabanga sera automatiquement destiné aux États-Unis.
Lifezone mène parallèlement des discussions concernant plusieurs contrats d’enlèvement à long terme, sans avoir dévoilé l’identité des acheteurs potentiels.
Une chose paraît néanmoins acquise : Kabanga est désormais devenu un actif stratégique dans la compétition mondiale pour le nickel.
Après l’intérêt manifesté par un groupe chinois, Washington semble pour l’instant avoir pris une longueur d’avance. Mais entre financement, négociations avec la Tanzanie et futurs contrats d’approvisionnement, la bataille autour de ce gigantesque gisement africain est encore loin d’être terminée.
