Laurence Ferrari : «La colère contre la hausse des prix se concrétisera dans les urnes»

Résumé IA
Face à la flambée des prix des carburants, l'État affirme ne plus avoir les moyens d'amortir le choc. Laurence Ferrari, présidente de la marque JDD, estime que cette exaspération se concrétisera dans les urnes lors de la présidentielle de 2027. La rédaction du JDD reste suspendue aux annonces du gouvernement.
ÉDITO. Alors que la colère surgit à nouveau à cause des prix des carburants, l'État assure ne plus avoir les moyens d'amortir le choc. À quelques mois de la présidentielle, la présidente de la marque du JDD estime que cette exaspération devrait se cristalliser dans les urnes.
Laurence Ferrari 22/09/2026

Laurence Ferrari, présidente de la marque JDD. © Anthony Quittot
Le choc était prévisible. Après avoir fait tant de chèques sans provision, le gouvernement se heurte à la colère des Français qui ont comme seul horizon le rouge vif des prix des carburants à la pompe. Près de 2,40 euros en moyenne le litre de gazole alors qu’en 2018, lors de la colère des Gilets jaunes, il était à 1,53 euro le litre. À l’époque, c’est la hausse de la taxe carbone décidée par Édouard Philippe qui avait mis le feu aux poudres.
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Alors à qui la faute aujourd’hui ? « La guerre en Ukraine, la guerre en Iran », nous répondent en chœur ceux qui nous dirigent alors que l’Allemagne annonce une ristourne de 17 centimes d’euros par litre et prépare un plafonnement des tarifs. « Vous nous parlez de la fin du monde, nous vous parlons de la fin du mois », lancent les Français, pas dupes. Car la présidentielle de 2027 se jouera sur le terrain du pouvoir d’achat et de la vie chère… sauf événement international majeur.
Plus les moyens d’amortir
En la matière, l’exécutif maîtrise sa partition. En recevant le 18 septembre à l’Élysée les chefs de parti et candidats à la présidentielle, le président Macron a mis en garde sur la nature des menaces pesant sur l’Europe avant d’annoncer un plan de protection des sites sensibles. La veille, le Premier ministre polonais Donald Tusk alertait sur la survenue de frappes hybrides russes contre des pays de l’Otan. Si cette menace se matérialise, bien sûr, elle impactera la campagne.
Tant qu’elle reste à l’arrière-plan, c’est le porte-monnaie qui commande. En attendant, le tableau est sombre, l’Insee anticipe un recul du pouvoir d’achat de 0,4 % en 2026 après une baisse similaire en 2025, le chômage est remonté à 8,3 %. Et avec un déficit à 5,4 % du PIB en 2026 selon Bercy, l’État n’a plus les moyens d’amortir : ni bouclier tarifaire, ni remise à la pompe.
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Marine Le Pen l’a parfaitement compris. Elle pilonne le gouvernement en réclamant une baisse de la TVA de 20 à 5,5 % sur les carburants, le gaz et l’électricité tout en crantant l’opinion sur les thèmes du voile et de l’immigration. Des marqueurs davantage que des mesures puisque l’interdiction du voile dans l’espace public reste juridiquement incertaine mais tient l’électorat historique, tandis que la campagne glisse vers l’économie. La candidate du Rassemblement national préfère concentrer ses attaques sur le bloc central plutôt que sur Jean-Luc Mélenchon dont elle doute qu’il soit qualifié pour le second tour. Dans son viseur : les électeurs de droite et du centre qu’elle tente d’amadouer en parsemant son programme de petits cailloux blancs.
Promesse de suppression des impôts de production, train d’ordonnances contre « l’impôt papier » ou encore suppression de la cotisation foncière des entreprises, chiffrée par ses propres députés à 8,8 milliards, ou celle des droits de succession en ligne directe pour les classes moyennes. Les gages à la droite ont été donnés.
La colère se concrétisera dans les urnes
Le point de tension n’est plus idéologique mais comptable. Reste à flécher précisément les 125 milliards d’euros d’économies annoncés pour cinq ans, quand Thierry Breton, ancien commissaire européen, préconise 140 milliards pour la seule réduction du déficit, avant toute baisse d’impôt.
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En 2018, la colère n’avait eu aucun débouché politique, anesthésiée dans le formol des « grands débats » d’Emmanuel Macron. En 2027, elle ne tournera pas sur les ronds-points. Elle aura une matérialité très concrète : un bulletin de vote qui sanctionnera les discours sur la fin du monde ou la fin du mois, mais à coup sûr, la fin de l’ère Macron.



