Chirac, le dernier fauve

Résumé IA
Sept ans après sa mort, la France se souvient de Jacques Chirac, géant politique décédé le 26 septembre 2019. Figure de la droite, il a marqué l'histoire par ses mandats de président et de Premier ministre, sa résilience et son refus de la guerre d'Irak. Sa disparition laisse toujours un vide dans la vie politique.
Il y a sept ans jour pour jour, la France perdait l'un de ses derniers géants politiques. Jacques Chirac est parti, mais son ombre plane toujours sur la droite française.
Trente ans au sommet, envers et contre tout
26 septembre 2019. Un jeudi. La nouvelle tombe en fin de matinée et saisit le pays tout entier : Jacques Chirac est mort, à 86 ans.
Sept ans plus tard, ce samedi 26 septembre, le souvenir reste intact.
Né à Paris le 29 novembre 1932, l'ancien chef de l'État s'était éteint « au milieu des siens. Paisiblement », selon les mots confiés à l'AFP par son gendre, Frédéric Salat-Baroux, époux de sa fille Claude. Affaibli par la maladie, il ne s'affichait plus en public depuis cinq ans.
Car Chirac, c'était d'abord une présence. Une silhouette immense, une énergie inépuisable, un homme toujours en mouvement. Des années 1960 jusqu'à son retrait, il n'a jamais vraiment quitté la scène.
Premier ministre. Chef de l'opposition. Président de la République. Puis de nouveau chef de l'opposition.
Pendant plus de trois décennies, la vie politique française a tourné autour de lui.
Le palmarès parle de lui-même : douze années à l'Élysée, deux passages à Matignon, trois victoires à la mairie de Paris, une carrière ministérielle à rallonge. Et surtout, la création du RPR en 1976, le parti qui allait porter la droite pendant un quart de siècle.
Peu d'hommes ont conquis le pouvoir aussi souvent. À quatre reprises, il s'en est emparé dans des conditions très favorables à son camp.
Le revers de la médaille est connu. Jamais il n'a su garder la main plus de deux ans d'affilée. À chaque fois, le pays s'est retrouvé déboussolé, et la droite, à bout de souffle.
1997 reste la cicatrice la plus vive. Deux ans après son élection, la dissolution tourne au fiasco. La gauche de Lionel Jospin s'installe à Matignon pour cinq longues années.
N'importe qui d'autre aurait sombré. Pas lui.
C'est peut-être là le vrai génie chiraquien : une aptitude hors du commun à se relever. Battu, raillé, donné pour mort, il revenait toujours.
Ni doctrinaire ni idéologue : l'homme de toutes les droites
On a beaucoup parlé de son gaullisme. Il s'en voulait l'héritier, c'est vrai.
Mais sa filiation véritable menait à Georges Pompidou. Même goût du concret, même méfiance envers les grandes théories, même sens de l'État.
Jacques Chirac n'avait rien d'un idéologue. C'était un pragmatique, prêt à défendre l'initiative privée comme la puissance publique selon ce qu'exigeait le moment.
Son « travaillisme à la française » voisinait avec un conservatisme solide. Et, par moments, surgissaient des coups d'audace aux airs bonapartistes qui déroutaient tout le monde.
Résultat : une synthèse des droites françaises, où chacune trouvait sa part sans jamais s'y reconnaître en entier.
Ses détracteurs y voyaient de l'opportunisme. Ses partisans, du réalisme.
Sur les grands rendez-vous, pourtant, il a su dire non. En 2003, il refuse d'entraîner la France dans la guerre d'Irak voulue par Washington. Une ligne d'indépendance nationale que beaucoup, à droite comme ailleurs, saluent encore.
Un an plus tôt, au second tour de 2002, il avait été réélu avec plus de 82 % des suffrages face à Jean-Marie Le Pen. Un score sans équivalent sous la Ve République.
Du « supermenteur » au président préféré des Français
La trajectoire de Chirac dans le cœur des Français ressemble à des montagnes russes.
Il a connu le fond. L'impopularité massive. Les railleries incessantes. Le sobriquet de « supermenteur » accolé à son nom par une partie des médias.
Il a connu le sommet aussi.
Depuis son départ de l'Élysée en 2007, sa cote de sympathie n'avait cessé de grimper, jusqu'à en faire l'une des figures politiques les plus appréciées du pays.
Pourquoi ce retour en grâce ? Peut-être parce que derrière le stratège, les Français ont fini par voir l'homme. Chaleureux, direct, doté d'une voix inimitable et d'un franc-parler devenu rare.
Mais qu'on ne s'y trompe pas. Sous la bonhomie se cachait un tacticien redoutable, qui n'avançait jamais un pion sans avoir calculé les trois coups suivants.
Sept ans après sa disparition, la droite cherche encore une figure capable de rassembler aussi largement. De parler à la fois aux campagnes et aux villes, aux ouvriers et aux cadres.
Jacques Chirac a marqué son époque, par ses triomphes comme par ses chutes.
Un fauve politique. Un amoureux de la France.
Et, sept ans après, toujours un repère.


