Aller au contenu
0%
Mémoire

Pompée le Grand : la fin la plus humiliante de Rome

28 septembre 2026 à 12:00
4 min de lecture
Pompée le Grand : la fin la plus humiliante de Rome

Résumé IA

Le général romain Pompée, après trois triomphes et des pouvoirs sans précédent, est vaincu par César à Pharsale en 48 av. J.-C. et fuit en Égypte. Le roi Ptolémée XIII le fait assassiner sur la plage, mais César lui offre des funérailles solennelles et fait exécuter les instigateurs du meurtre.

Aa

Un général adulé, trois triomphes, des pouvoirs sans précédent. Et une fin misérable, poignardé dans le dos sur une plage égyptienne.

Un homme neuf devenu le premier de Rome

Rien ne destinait Pompée à dominer Rome. Là où César pouvait se prévaloir d'une lignée ancienne, profondément enracinée dans la Ville, Gnaeus Pompeius venait d'une famille aisée du nord de l'Italie. Son père, Pompeius Strabo, siégeait toutefois au Sénat. C'est à ses côtés que l'adolescent fait ses premières armes, en 89 av. J.-C., dans la « guerre sociale » qui oppose Rome à ses alliés italiens révoltés.

Puis vient le temps des choix. Rome se déchire entre deux chefs, Sylla et Marius, et leurs querelles personnelles dégénèrent en guerre entre Romains. Pompée choisit Sylla. Le jeune Jules César, lui, se range derrière son oncle Marius.

En 83 av. J.-C., à 23 ans, Pompée prend une initiative audacieuse : il lève trois légions de sa propre autorité pour soutenir Sylla. Avec elles, il écrase les partisans de Marius en Sicile, en Italie, puis en Afrique, où la campagne est bouclée en quarante jours. Stratège habile, il frappe là où l'adversaire ne l'attend pas.

À son retour, le triomphe. Et un surnom que Sylla lui accorde, qui le suivra jusqu'à la mort : Magnus, « le Grand ».

La chance, le glaive et les pleins pouvoirs

Soyons honnêtes : Pompée n'avait rien d'un génie militaire hors norme. Sa carrière doit beaucoup à la fortune.

En Espagne, Sertorius a bâti un État indépendant. Pompée s'y enlise quatre longues années sans parvenir à le vaincre. Le conflit ne prend fin qu'en 72 av. J.-C., lorsque Sertorius est assassiné par l'un des siens, Perpenna. La victoire tombe entre les mains de Pompée.

L'année suivante, même scénario. La révolte de Spartacus est noyée dans le sang en 71 av. J.-C., et six mille esclaves sont crucifiés. Pompée, revenu à temps pour anéantir les derniers fuyards, s'en attribue une large part du mérite. Deuxième triomphe. Puis le consulat, en 70 av. J.-C., alors qu'il n'a même pas l'âge légal requis. Les règles de la République commencent déjà à plier devant les hommes forts.

Elles vont bientôt céder tout à fait. La lex Gabinia en 67 av. J.-C., puis la lex Manilia en 66, lui confient des pouvoirs inouïs : commandement suprême sur terre comme sur mer, droit de décider de la guerre et de la paix, faculté de lever l'impôt dans les provinces. Jamais un Romain n'avait concentré autant d'autorité.

Lorsqu'il regagne Rome en 61 av. J.-C., il est accueilli en héros et célèbre un nouveau triomphe.

Vient ensuite l'alliance qui va redessiner le pouvoir romain : le Premier Triumvirat. Pompée s'associe à Crassus, l'homme le plus riche de la cité, et à César, chef militaire aussi redoutable que lui. Pendant quelques années, ce trio domine la politique romaine.

Mais une alliance d'ambitions ne tient qu'aussi longtemps que les intérêts convergent. Julia, fille de César et épouse de Pompée, meurt. Le lien familial se brise. Puis Crassus est tué en Parthie. Le Triumvirat n'existe plus.

Face à face, il ne reste que deux hommes. Et Rome est trop petite pour eux deux.

Pharsale, l'Égypte et le coup de poignard

Pendant que César mène ses campagnes lointaines, Pompée tient une grande partie des possessions romaines. Les tensions montent, puis éclatent : en 49 av. J.-C., la guerre civile embrase la République.

En 48 av. J.-C., tout se joue à Pharsale. Pompée y est battu par César. Il doit fuir.

Il choisit l'Égypte. Le 28 septembre 48 av. J.-C., il s'approche des côtes pour demander l'asile au jeune roi Ptolémée XIII, frère et rival de Cléopâtre.

Pour le souverain, c'est un piège. Accueillir le vaincu, c'est défier le vainqueur. Le chasser, c'est se mettre à dos un homme qui compte encore des partisans. Ses conseillers tranchent froidement : il faut le tuer.

Au moment où Pompée gagne le rivage, il est frappé dans le dos. Le ministre Achillas est à la manœuvre. On lui tranche la tête, destinée à César, comme un présent.

Ptolémée XIII croyait s'attirer les bonnes grâces du maître de Rome. Il se trompait lourdement. César offre à son ancien rival des funérailles solennelles, fait exécuter tous les instigateurs du meurtre et se détourne du pharaon. Pitié sincère ou calcul politique ? Les deux, sans doute, mais une chose est certaine : on n'assassine pas impunément un consul romain.

Pompée disparu, la voie est libre. La guerre se prolonge encore contre ses fils et ses derniers fidèles, jusqu'à la victoire décisive de César à Munda, en 45 av. J.-C. César devient alors le maître de Rome.

La leçon traverse les siècles. Une République qui laisse ses institutions s'effacer devant les ambitions personnelles finit toujours par se livrer au plus fort. Pompée avait profité de ce glissement. Il en fut aussi l'une des victimes.

(Crédit photo : LEEMAGE, BRIDGEMAN IMAGES VIA AFP)