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Au delà du récif

Présidence Macron : quand l’Amadeus finit Odideus

28 septembre 2026 à 13:00
6 min de lecture
Présidence Macron : quand l’Amadeus finit Odideus

Résumé IA

Le JDD, auprès de patrons et dirigeants de cabinets de conseil, évalue le bilan de la politique de l’offre d’Emmanuel Macron. Après des débuts salués (baisse d’impôts, attractivité), le désamour gagne face au financement à crédit, à l’absence de réformes sociales et à l’instabilité née de la dissolution, tandis que le président quitte l’Élysée sur une «partition à moitié écrite».

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DROIT D’INVENTAIRE. Le JDD a enquêté auprès de patrons et dirigeants de cabinets de conseil pour évaluer le bilan de la politique de l’offre revendiquée par Emmanuel Macron.

Vanille Casagrande 27/09/2026

Le président de la République lors du sommet Choose France, à Versailles, le 1er juin.

Le président de la République lors du sommet Choose France, à Versailles, le 1er juin. © ELIOT BLONDET/ABACA

On l’appelait le Mozart de la finance. Il propagea, depuis sa banque dynastique, les partitions d’une musique à la mélodie prometteuse aux premiers de cordée et aux grands patrons. De lui, on espérait les plus grandes promesses : une coupe dans la dépense publique, la réindustrialisation de la France, une refonte d’un système social trop coûteux. En cette fin de règne galopante, le chef d’orchestre qui a rythmé le pouls fiscal de la France pendant près de dix ans fait aujourd’hui face au désamour de ceux qui l’avaient plébiscité.

Le chouchou du Tout-Paris

Leur idylle commence pourtant tôt. Secrétaire général adjoint de l’Élysée, le jeune conseiller de François Hollande remodèle dans l’ombre les rapports de la présidence avec le patronat. « Son bureau, une espèce d’antichambre pour les patrons déçus ou ignorés par le président Hollande, était le bon endroit où venir frapper pour faire passer leurs messages », confie un ancien collaborateur de l’exécutif. Son réseau, constitué dans la banque d’affaires, s’étoffe à l’Élysée. « Son retour à Bercy, en terrain conquis, s’est suivi d’une ribambelle de dîners où se précipitaient patrons, médias et artistes. » Il devient « le chouchou du Tout-Paris, et notamment du Paris des patrons ». Un vivier de choix pour le banquier qui entre à l’Élysée au soir du 14 mai 2017, succédant à « l’adversaire » du monde de la finance. L’union sera scellée par une dot de la mariée à son époux patronal : quarante ans de revendications accordées en moins d’un an. 

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Lestée de l’un des impôts sur les sociétés les plus lourds d’Europe en 2017, la France doit regagner du terrain. L’ISF devient un impôt sur la seule fortune immobilière. L’impôt sur les sociétés passe de 33,3 à 25 %. Le pacte Dutreil, qui favorise la transmission familiale, est maintenu. « Au fond, les patrons savent que cette période a été positive », estime Pascal Cagni, investisseur et patron d’un groupe de PME industrielles. Suivra l’épidémie de Covid : « Ceux qui oublient les 120 milliards de PGE et les 14 millions de salariés qui ont bénéficié du chômage partiel ont la mémoire courte », ajoute Cagni. Face à une concurrence fiscale européenne acérée, Emmanuel Macron fait de l’attractivité de la France une priorité de son premier mandat. 

Une vitrine au décorum soigné : les sommets Choose France à Versailles. Cette année, les annonces atteignent 93 milliards d’euros d’investissements étrangers. « Quand Microsoft et Amazon investissent très lourdement en France, ce sont des emplois qui sont créés chez nous, et non ailleurs », se réjouit un artisan du projet. Pascal Cagni mesure le chemin parcouru : « Quand je suis arrivé en 2017 et que je devais convaincre des Américains d’investir en France, nous étions toujours derniers de la classe, derrière l’Angleterre, l’Allemagne et même les pays nordiques. Tout a changé. » L’homme de la « start-up nation » a également fait le choix de miser sur la French Tech. Du Sommet pour l’action sur l’IA, en février 2025, à Adopt AI en passant par VivaTech en juin : « Quel pays d’Europe ne nous envie pas ? » estime un grand patron. « Mes collègues allemands tentent péniblement un Choose Germany. Ils nous regardent avec des yeux de velours. » Voilà pour le côté face ; côté pile, le bilan est moins reluisant…

Une politique de l’offre à crédit

« Lui qui avait été bruyant pour déclarer : “Moi, je vais tout changer, je vais renverser la table”, s’est en réalité avéré très conservateur de l’ordre établi », tranche Philippe Pouletty, cofondateur et directeur général de Truffle Capital, qui déplore l’absence de réformes sociales. Car une politique de l’offre se finance, sous peine d’échouer… Pour l’économiste Olivier Babeau, cette politique relevait du trompe-l’œil. Financée à crédit, elle aurait dû s’accompagner d’une baisse des dépenses. « Il manque à son pari de l’offre les réformes de structure nécessaires à l’État », assène Jacques Pommeraud, PDG d’Inetum. Avec des cotisations vieillesse pesant toujours 28 % du salaire brut, la France n’a pas réglé le problème de l’insoutenabilité de son système social, poursuit l’économiste. Les occasions n’ont pourtant pas manqué, regrette une fine connaisseuse des milieux patronaux. « En 2017, avant la crise sanitaire, puis pendant le rebond post-Covid, la croissance était au rendez-vous ! »

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Malgré les appels du patron du Medef à repenser le financement d’un modèle social qui pèse sur les salaires et l’emploi, le président a fait le choix d’avoir recours à un endettement record. Au point que Patrick Martin, ces derniers jours, alerte sur RTL : « La France sous-performe […] Elle décroche […] Et les entreprises sont fébriles. » Une économie si fragilisée que l’État, qui célébrait le « quoi qu’il en coûte » il y a peu, n’a plus guère de marge de manœuvre pour soulager des actifs étranglés par la hausse des prix de l’énergie.

Le fait du prince

Mais la scène de ménage qui a définitivement désuni les deux époux reste la décision soudaine de dissoudre l’Assemblée nationale. « Le 9 juin 2024, affolement général, tous les patrons m’ont appelé, dépassés par la situation », raconte un dirigeant d’un influent cabinet de conseil. En dissolvant la chambre basse, Macron fait naître la bête noire des entreprises : l’instabilité. Le patron a beau « être un animal par nature plus optimiste que les autres, car habitué à la prise de risque, ironise cet expert, il recherche avant tout de la visibilité. Un horizon sur cinq ans et la certitude que la fiscalité ne changera pas ». Or le brouillard né de la tempête parlementaire a instantanément entraîné un gel des investissements. « Quand une entreprise est précautionneuse, non seulement elle investit moins à court terme, mais surtout elle prépare moins l’avenir », prévient le PDG d’Inetum.

Le désenchantement est ainsi à la mesure de l’enchantement. Au moment de tirer sa révérence, le président qui se voulait jupitérien finit davantage en Saturne, dévorant les mérites de ses propres réformes. Pascal Cagni voit dans ce détachement une versatilité bien française : « Détester ce que l’on a adoré est un sport national. C’est un pays régicide, qui peut se retourner du jour au lendemain. » D’autres ménagent l’homme pour mieux viser son entourage. « Il est très intelligent, mais n’a pas toujours été bien entouré à l’Élysée », glisse Philippe Pouletty, le viseur braqué sur Édouard Philippe. Les plus remontés dressent un réquisitoire sévère : son « excès de mégalomanie », disent les uns, sa soif de « tout superviser », regrettent les autres, ont « achevé de dégoûter les patrons, déjà si pragmatiques, de la chose politique ». Les amours déçues nourrissent les rancunes les plus tenaces… Wolfgang Amadeus Mozart est mort en laissant un Requiem inachevé. Emmanuel Odideus* Macron quittera l’Élysée dans moins de huit mois sur une partition à moitié écrite. 


* Détesté de Dieu.