Quand la forêt brûle, ce n’est pas un slogan militant qui s’envole en fumée.
C’est notre eau, notre sécurité sanitaire et notre souveraineté environnementale qui vacillent.
Quand la forêt brûle, l’eau s’effondre : une réalité physique, pas un discours
En Nouvelle-Calédonie, 90 % de l’eau du robinet provient directement des rivières. Ce fait brut rappelle une vérité trop souvent oubliée : la forêt est une infrastructure vitale, au même titre qu’un barrage ou une station de traitement.
La couverture forestière joue un rôle central dans le cycle de l’eau. Elle filtre naturellement les écoulements, retient les sols, ralentit le ruissellement et alimente les nappes.
Lorsque la forêt disparaît, ce mécanisme s’effondre.
Après un incendie, la terre nue n’absorbe plus l’eau. À la première pluie, cendres, sédiments, cailloux et polluants sont entraînés vers les rivières.
Résultat : captages bouchés, eau trouble, parfois impropre à la consommation.
En saison sèche, les conséquences sont tout aussi concrètes. Les sols brûlés ne stockent plus l’humidité, les sources se tarissent plus vite et les collectivités doivent imposer restrictions et coupures.
Chaque feu affaiblit durablement la capacité du territoire à fournir une eau potable fiable, loin de toute idéologie.
Incendies en Nouvelle-Calédonie : la responsabilité humaine ne fait plus débat
Les chiffres sont sans appel. 99,99 % des feux en Nouvelle-Calédonie sont d’origine humaine.
Chaque année, plus de 1 000 incendies ravagent le territoire. Ils sont déclenchés par imprudence, habitude, écobuage mal maîtrisé, chasse ou actes volontaires.
Ce ne sont ni des catastrophes naturelles ni une fatalité climatique.
Les impacts sont massifs. Les incendies détruisent la couverture végétale, accélèrent l’érosion, épuisent les sources d’eau et fragilisent les bassins versants.
Ils effacent aussi un patrimoine biologique unique.
Plus de 500 espèces végétales sont aujourd’hui inscrites sur la Liste rouge mondiale. Sept plantes menacées sur dix le sont à cause du feu, devenu le premier facteur de destruction de la flore endémique calédonienne.
Mais les dégâts ne s’arrêtent pas à la nature. Captages fermés, glissements de terrain, rivières appauvries, récifs impactés, sites touristiques dégradés : le feu attaque directement le quotidien des habitants.
Quand la forêt disparaît, l’équilibre humain s’effondre avec elle.
Sols brûlés, chrome toxique et eau polluée : un risque sanitaire documenté
Les incendies ne se contentent pas de noircir les paysages. Ils transforment chimiquement les sols.
Lors d’un feu, la température peut atteindre 800 °C, avec des pics dépassant 1 400 °C. La chaleur pénètre profondément dans le sol, détruit la matière organique et modifie les minéraux.
En Nouvelle-Calédonie, une étude scientifique publiée dans Applied Geochemistry a mis en évidence un phénomène préoccupant.
Sur des sols naturellement riches en chrome, appelés Ferralsols, le feu favorise la transformation du chrome Cr(III), peu mobile, en chrome Cr(VI), beaucoup plus toxique et mobile.
Les résultats sont clairs. Après chauffage des sols, jusqu’à 80 % du chrome mobile est sous forme Cr(VI).
Selon les zones et les températures, la mobilité du chrome est multipliée par 50, 100, voire 1 400.
Lors des premières pluies suivant un incendie, ces particules peuvent être entraînées vers les eaux douces et souterraines.
Les concentrations mesurées peuvent dépasser les seuils recommandés pour l’eau potable, posant un risque sanitaire réel.
Ce constat est d’autant plus grave que les eaux douces sont la principale ressource en eau du territoire.
La pollution post-incendie n’est donc pas un scénario théorique, mais un danger documenté, mesuré et vérifiable.
Restaurer les forêts, protéger l’eau : un enjeu de responsabilité collective
La Nouvelle-Calédonie dispose de ressources en eau importantes, mais fragilisées par la dégradation du couvert forestier.
Les bassins versants, en amont des captages, sont aujourd’hui en première ligne.
Les menaces sont multiples. Incendies répétés, espèces envahissantes, cerfs et cochons sauvages empêchent la régénération naturelle des forêts.
On estime à 400 000 le nombre de cerfs, soit plus que d’habitants sur le territoire.
Chaque année, 10 000 à 30 000 hectares partent en fumée. Ces feux, quasi exclusivement anthropiques, détruisent lentement mais sûrement la capacité du territoire à garantir une eau de qualité.
Face à cette réalité, des actions concrètes sont engagées. Reboisement, régulation des espèces envahissantes, restauration des sols, techniques innovantes de revégétalisation, fascines végétales, semis par drone : la réponse est technique, pas idéologique.
L’exemple du barrage de Dumbéa est révélateur. Depuis sa mise en service, il a perdu près de 40 % de sa capacité de stockage, principalement à cause de l’érosion.
Sans action sur les bassins versants, aucune infrastructure ne peut tenir dans la durée.
En quelques heures, un incendie peut détruire des siècles d’équilibre naturel. Il ne s’agit ni de culpabilisation ni de discours alarmiste, mais d’un constat factuel.
La forêt protège l’eau. L’eau protège la population. Et la responsabilité humaine dans les incendies est écrasante.
Signaler un départ de feu, respecter les règles, protéger les bassins versants, soutenir les actions de restauration : ce sont des actes de bon sens, pas des postures idéologiques.
Protéger la forêt aujourd’hui, c’est assurer de l’eau au robinet demain.
C’est défendre le patrimoine naturel, la santé publique et l’avenir des générations calédoniennes.

















