Quand la violence pénitentiaire s’installe dans le quotidien, ce sont les fondements mêmes de l’autorité de l’État qui vacillent.
À Nouméa, une nouvelle agression au Camp Est rappelle brutalement que l’insécurité des agents n’est plus un incident isolé, mais un symptôme profond.
Une agression grave révélatrice d’un climat de tension permanent
L’année 2026 débute sous de sombres auspices au Centre pénitentiaire de Nouméa (CPN). Dans la nuit du 4 janvier 2026, deux agents de surveillance ont été violemment pris à partie lors d’une ronde en zone neutre du QMAH. Leur seul tort : avoir refusé une demande illégitime d’un détenu consistant à aller récupérer du tabac.
Pour avoir strictement appliqué le règlement, sans arrangement ni faiblesse, les deux agents ont été confrontés à une escalade de violences verbales : insultes répétées, menaces de représailles, propos xénophobes. Pour l’un d’eux, l’agression a franchi un seuil supplémentaire avec un crachat depuis l’œilleton de la cellule, acte particulièrement humiliant et destructeur sur le plan psychologique.
L’incident ne s’est pas arrêté là. Plusieurs détenus des cellules voisines ont relayé les invectives, plongeant la zone dans une atmosphère d’impunité totale, où la pression collective s’exerce sans filtre sur des agents pourtant en mission de service public.
La banalisation de la violence, un danger pour l’autorité de l’État
Ce nouvel épisode n’a rien d’un fait divers isolé. Il s’inscrit dans une succession d’agressions qui, selon les organisations syndicales, s’accélèrent depuis plusieurs mois. Les événements graves survenus les 25 et 26 décembre 2025 avaient déjà servi d’alerte. Ils n’ont manifestement pas suffi à infléchir les choix opérationnels locaux.
L’exposition constante des agents dans des zones neutres identifiées comme à risque constitue aujourd’hui un point de crispation majeur. Malgré les signalements et alertes internes, la décision de maintenir les rondes dans ces secteurs sensibles continue d’être appliquée, au détriment de la sécurité des personnels.
Dans ce contexte, la violence devient presque routinière. Refuser un service, appliquer strictement les règles ou, parfois, simplement être présent suffit à déclencher insultes et menaces. Cette banalisation progressive est dangereuse : elle érode l’autorité des surveillants et affaiblit la crédibilité de l’institution pénitentiaire elle-même.
Carences matérielles et humaines : une situation qui aggrave les risques
Au-delà des agressions directes, la situation matérielle du CPN alimente les tensions. De nombreux œilletons de cellules seraient encore dégradés, malgré les signalements répétés. Ces dégradations compromettent non seulement la surveillance, mais aussi la sécurité immédiate des agents lors des rondes.
À cela s’ajoutent des carences en moyens humains, qui accentuent la fatigue, l’exposition au stress et la vulnérabilité des personnels. Dans un établissement déjà sous pression, chaque défaillance technique ou organisationnelle se transforme en facteur aggravant.
Le message porté par les agents est clair : ils ne contestent ni leur mission ni leur engagement. Mais ils refusent d’être considérés comme une variable d’ajustement, exposée sans protection suffisante à des violences répétées. Comme tout agent du service public, ils disposent d’un droit fondamental à la sécurité, au respect et à la protection de l’État employeur.
Sécurité pénitentiaire : une responsabilité régalienne incontournable
La sécurité dans les établissements pénitentiaires n’est ni un sujet secondaire ni une affaire syndicale. Elle relève d’une responsabilité régalienne essentielle. Laisser s’installer l’idée que la violence serait inévitable, tolérable ou gérable a posteriori constitue une faute politique et administrative.
Les agressions évoluent, se diversifient et se durcissent. Les moyens de sécurité doivent suivre la même trajectoire, sans retard ni complaisance. L’immobilisme, les demi-mesures ou la politique de l’autruche n’ont plus leur place dans un contexte aussi dégradé.
Dans cette affaire, les demandes formulées portent sur des mesures factuelles et vérifiables :
– une sanction disciplinaire exemplaire à l’encontre de l’auteur des faits, conformément au cadre réglementaire ;
– la remise en état complète des œilletons dégradés, condition indispensable à une surveillance sécurisée.
Dans ce contexte sécuritaire dégradé, les organisations syndicales disposeront d’une fenêtre institutionnelle pour faire remonter leurs doléances. Une délégation de députés du groupe Ensemble pour la République est attendue ce jeudi 8 janvier au Camp Est de Nouméa. Cette visite officielle permettra aux représentants du personnel de présenter directement leurs constats, notamment sur la multiplication des agressions, l’exposition des agents dans les zones à risque et les carences matérielles persistantes.
Au-delà de ces exigences immédiates, c’est un signal clair de fermeté qui est attendu. Protéger ceux qui incarnent l’autorité de l’État derrière les murs est une condition non négociable pour maintenir l’ordre, la loi et le respect des règles communes.


















