Dans un contexte de tension durable sur le système de santé, certains parcours éclairent les leviers d’attractivité encore à l’œuvre en Nouvelle-Calédonie. Celui de Mathilde, infirmière aujourd’hui en poste à l’unité de néphrologie (U2NC), illustre une réalité souvent méconnue : le territoire reste capable d’attirer des profils qualifiés, à condition de proposer un cadre de travail lisible, un accompagnement concret et des perspectives professionnelles claires. Un choix mûri, assumé, et soutenu par la province Sud.
Un parcours façonné par la mobilité et le terrain
Rien ne prédestinait initialement Mathilde au métier d’infirmière. Originaire de la région parisienne, elle entame d’abord des études en sociologie et en psychologie, avant de se réorienter vers les soins. Un virage motivé par la polyvalence du métier et la diversité des situations cliniques.
Ce qui m’attirait, c’était la possibilité d’intervenir auprès de publics très différents
explique-t-elle. Formée en apprentissage en psychiatrie, elle complète rapidement son expérience par des remplacements en médecine générale et en gériatrie. La crise sanitaire du Covid-19 agit comme un déclic supplémentaire.
La promiscuité, la pression permanente… j’ai ressenti le besoin de prendre de la distance
confie-t-elle. Ce besoin d’air l’entraîne hors de l’Hexagone : La Réunion, Madagascar dans un cadre humanitaire, puis plusieurs missions avec la réserve sanitaire à Mayotte et en Guyane. Autant d’expériences qui forgent une approche pragmatique de la santé publique.
Le Pacifique, un choix raisonné
Après l’océan Indien et l’Amazonie, le Pacifique s’impose progressivement. Le bouche-à-oreille joue un rôle clé.
J’ai croisé beaucoup de soignants revenus de Nouvelle-Calédonie avec un sentiment partagé… mais rarement négatif
observe-t-elle. Ce qui fait la différence ? L’espace, la nature, mais aussi une organisation du travail jugée plus lisible. En intégrant l’U2NC, Mathilde se spécialise en dialyse.
La formation a été prise en charge par l’employeur. C’est un vrai signal de confiance
souligne-t-elle. Un investissement qui témoigne d’une volonté de fidélisation des compétences, dans un secteur où la pénurie reste structurelle.
Une installation rendue possible par l’accompagnement public
C’est après son arrivée que Mathilde découvre le dispositif d’aide à l’installation mis en place par la province Sud.
« Je n’en avais jamais entendu parler avant, ce sont des collègues qui m’ont alertée », raconte-t-elle.
Le dispositif vient alors d’être lancé. Elle constitue son dossier et devient la première bénéficiaire de cette aide financière.
« Cela m’a permis d’absorber plusieurs mois de loyer et de m’installer sans stress », explique-t-elle.
Un soutien décisif, alors que son déménagement inclut des frais importants, notamment le transport de son animal depuis l’océan Indien. Un exemple concret d’un levier public ciblé, pensé pour lever les freins matériels à l’installation.
Soigner dans un contexte social et culturel spécifique
À l’U2NC, Mathilde accompagne des patients atteints de pathologies lourdes, dans un environnement parfois éloigné de ses expériences précédentes.
Un patient reste avant tout une personne qui souffre. Personne ne choisit l’hôpital
rappelle-t-elle. Si les réalités sociales et culturelles sont bien présentes, elle insiste sur la reconnaissance exprimée par les patients. Arrivée peu après les violences qui ont marqué le territoire, elle est également confrontée à l’état de certaines infrastructures.
Les bâtiments incendiés, ça marque forcément
confie-t-elle. Mais elle souligne aussi l’accueil reçu sur place, tant de la part des équipes que de la population, évoquant un climat professionnel globalement solidaire.
Une terre d’accueil, mais exigeante
Aujourd’hui, Mathilde profite du territoire et du Pacifique : navigation, plongée, randonnées et découvertes des îles rythment son quotidien. Pour la suite, elle reste volontairement ouverte.
Beaucoup arrivent avec un billet aller simple… et restent bien plus longtemps que prévu
sourit-elle. Son message aux soignants tentés par l’aventure est sans ambiguïté :
Ici, on peut trouver un équilibre, à condition de prendre le temps de comprendre le territoire et de s’y adapter
À travers des parcours comme celui de Mathilde, la province Sud tente de répondre concrètement à la crise d’attractivité des métiers de la santé. Aides à l’installation, formation, accompagnement : des outils existent, encore perfectibles, mais déjà déterminants. Dans un contexte de pénurie persistante, ces choix politiques pèseront lourd sur la capacité du territoire à garantir, demain, une offre de soins stable et durable au service des Calédoniens.


















