Notre sondage CSA confirme l’attente du peuple de droite d’une union la plus large possible, des Républicains au Rassemblement national. Si Jordan Bardella semble le plus fédérateur pour l’incarner, la question d’une candidature unique apparaît comme un risque de division dans chacun des partis.

Cette semaine, Bruno Retailleau a suspendu le président des LR du Haut-Rhin, Alain Kott. Sa faute ? Avoir rallié la liste RN-UDR pour les municipales à Colmar, au nom d’une « alliance des droites » souhaitée par les sympathisants, argumente le banni. Le président des Républicains a beau s’échiner à maintenir le « cordon sanitaire » censé interdire à ses troupes de frayer avec le Rassemblement national ou Reconquête, les fuites se multiplient. À Bourg-en-Bresse (Ain), Benoît de Boysson, cadre du parti d’Éric Zemmour, mène une liste sur laquelle figurent le vice-président LR du département et un membre de Nouvelle Énergie, le mouvement de David Lisnard – par ailleurs vice-président des Républicains. Dans le Sud, le directeur de cabinet du maire de La Garde (Var), Nicolas Salsou – longtemps associé aux LR locaux –, conduit une liste d’union avec le RN et la Droite républicaine de Ciotti pour reprendre la ville à ses anciens amis…
« Un peu partout, dans le Var, les Bouches-du-Rhône et les Alpes-Maritimes, ce genre d’alliances risque de se multiplier, s’inquiète un ministre LR, soit avant le premier tour, soit entre les deux tours. » Une vague qui monte sous la pression des sympathisants LR qui sont 66 % à souhaiter l’union des droites en vue de 2027 d’après notre sondage CSA. Ceux du RN y sont favorables dans les mêmes proportions – 63 % –, et ceux de Reconquête plébiscitent l’union à 89 %, théorisée depuis la création du mouvement par Éric Zemmour.
Un bien fragile cordon sanitaire
Pour les Républicains, la révolution culturelle est pour le moins traumatisante, tant elle est révélatrice d’une inversion du rapport de force avec le Rassemblement national. Lorsqu’en 1986, 35 députés FN entrent à l’Assemblée nationale à la faveur du scrutin à la proportionnelle, la droite Jacques Chirac pèse 45 %, le RN moins de 10 %. Ériger en principe l’interdiction de frayer avec les élus frontistes, dans un rapport du fort au faible, est alors le meilleur moyen de maintenir le FN à l’écart des responsabilités et d’entretenir l’idée d’un vote honteux.

Quarante ans plus tard, le rapport s’est inversé, le cordon sanitaire ne se justifie plus pour des élus locaux LR en position de faiblesse, soucieux de préserver leur influence. Les interdits de la direction du parti ont d’autant moins d’effets que dans les territoires, les sympathisants, sensibles à la stratégie de normalisation du RN, ne perçoivent plus le parti lepéniste de la même façon que le FN époque « scandales et provocations ».
Chez Reconquête, « le phénomène » Knafo culmine à 42 % de souhaits de candidature
Sans doute ne faut-il pas mésestimer non plus l’impatience du peuple de droite, tenu à l’écart du pouvoir depuis le départ de Nicolas Sarkozy en 2012. Laurent Wauquiez ou David Lisnard l’ont compris, eux qui défendent avec ardeur l’idée d’une primaire de Gérald Darmanin à Sarah Knafo. Sans surprise, chaque famille politique souhaite que ce soit l’un des siens qui portent une candidature unique « Union des droites ». Avec des arbitrages parfois très clivés entre les prétendants. Ainsi au RN, les sympathisants plébiscitent Bardella (50 %), au détriment de Marine Le Pen (29 %).

Sans doute les entraves judiciaires de la chef historique du RN ont-elles pesé dans ce choix. Chez LR, Bruno Retailleau maintient une avance confortable – 41 % contre 27 % pour Laurent Wauquiez –, mais le match n’est pas plié. Enfin chez Reconquête, « le phénomène » Knafo culmine à 42 % de souhaits de candidature, loin devant Éric Zemmour (22 %). Il y a là sans doute une petite alerte pour une union qui semble progresser vent dans le dos : celui de luttes fratricides difficiles à démêler.
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