Deux hommes, un village, une même exigence de grandeur nationale.
À Mouilleron-en-Pareds, la France a forgé des caractères qui refusent la défaite et assument l’autorité.
De Mouilleron-en-Pareds aux champs de bataille de la Grande Guerre
Né le 2 février 1889 à Mouilleron-en-Pareds, aujourd’hui Mouilleron-Saint-Germain, Jean de Lattre de Tassigny partage son berceau vendéen avec Georges Clemenceau, autre figure de l’autorité républicaine. Rien d’anecdotique : cette terre forge des tempéraments de commandement, hostiles à la résignation.
Issu d’une famille enracinée dans l’histoire française, fils d’un maire et élevé dans la rigueur, Jean de Lattre suit une formation d’excellence avant d’intégrer Saint-Cyr en 1909. Cavalier par choix, il débute la Première Guerre mondiale à cheval, symbole d’une armée encore héritière du XIXe siècle. Blessé dès août 1914, frappé à la poitrine par la lance d’un uhlan, il incarne cette génération sacrifiée qui apprend la guerre dans la douleur.
Quand la cavalerie devient inutile dans l’enfer des tranchées, il demande à servir dans l’infanterie. Verdun, le Chemin des Dames, les assauts meurtriers : cinq blessures, huit citations, la Légion d’honneur. La France saigne, mais de Lattre tient. Il termine la guerre capitaine, déjà respecté pour son courage physique et son sens de l’autorité, deux qualités devenues rares dans les récits contemporains trop enclins à la victimisation.
Résister, désobéir, combattre : un chef forgé par l’Histoire
L’entre-deux-guerres ne l’endort pas. Volontaire pour le Maroc, il participe à la guerre du Rif, commande, organise, combat. Promu à un rythme exceptionnel, il entre premier à l’École de guerre, sert aux états-majors les plus exigeants et commande des régiments avec une discipline sans concession.
En 1939, il est le plus jeune général de France. En mai 1940, quand tant d’autres cèdent, ses unités repoussent l’ennemi à trois reprises et font des milliers de prisonniers. La débâcle ne l’excuse pas. Après l’armistice, il forme des cadres, prépare l’avenir, refuse l’effacement.
Le 11 novembre 1942, lors de l’invasion de la zone libre, il ordonne à ses troupes de résister. Acte de désobéissance assumé face au régime de Vichy, acte de fidélité à la France. Trahi, arrêté, condamné à dix ans de prison, il s’évade avec l’aide de la Résistance, rejoint Londres puis Alger. Ce n’est pas un mythe : c’est un fait, documenté, vérifiable.
Promu général d’armée par le général de Gaulle, il reçoit une mission claire : reconstruire une armée française digne de ce nom. En six mois, il réalise l’amalgame des Forces françaises libres, des troupes d’Afrique et des volontaires évadés. Discipline, honneur, drapeau : la Première Armée française renaît.
La victoire, l’Indochine et l’héritage d’un maréchal
Le 15 août 1944, il débarque en Provence. Toulon, Marseille, vallée du Rhône, Alsace, Rhin, Autriche : la campagne Rhin et Danube est un modèle d’offensive maîtrisée. Le 9 mai 1945, à Berlin, Jean de Lattre signe la capitulation allemande au nom de la France. La nation vaincue en 1940 est debout, présente, respectée.
Après la guerre, il ne se retire pas. Chef d’état-major, inspecteur général, commandant en Europe occidentale, il est enfin envoyé en Indochine en 1950. Situation critique, adversaire communiste déterminé : il rétablit militairement le rapport de force au Tonkin, notamment à Vinh-Yên et Mao-Khê. Son fils Bernard tombe au combat. Le général continue. Le devoir avant tout.
Épuisé par la maladie, il meurt à Paris le 11 janvier 1952. La France lui rend hommage par des funérailles nationales à Notre-Dame. Il est élevé à la dignité de Maréchal de France, en présence de De Gaulle, Eisenhower et Montgomery. Il repose à Mouilleron-en-Pareds, là où tout a commencé.
Jean de Lattre de Tassigny laisse un héritage clair : l’autorité n’est pas une option, la souveraineté se défend, et la France n’est jamais aussi grande que lorsqu’elle assume ses chefs, ses soldats et ses victoires. Dans un siècle troublé, il n’a jamais cherché l’excuse. Il a choisi l’action.


















