Esclavage arabe en Afrique : Ibrahim Traoré brise un tabou et s'attaque à l'islam radical

Dans une allocution télévisée, le président du Burkina Faso, Ibrahim Traoré, est revenu sur les siècles d'esclavage pratiqués par des puissances arabes à l'encontre des peuples africains. Une sortie qui ne manque pas de faire réagir dans le monde musulman.
Baudoin Moucadel 22/07/2026

Le capitaine Ibrahim Traoré. SIPA / © Stanislav Krasilnikov
C’est un tabou mémoriel que veut briser le président du Burkina Faso, Ibrahim Traoré. Lors d’une allocution à la télévision nationale, le militaire, qui a pris le pouvoir lors du coup d’État de 2022, a évoqué « l’esclavagisme arabe » dans le continent africain. « On cherche à nous exterminer depuis longtemps », a-t-il commencé par asséner. Avant de développer pensée : « Les gens sont venus, d’abord les conquêtes arabo-musulmanes, ça fait plus de mille et quelques ans d’esclavage en Afrique […] Et le dernier marché d’esclaves a fermé, c’était en Médine en 1962. […] On castrait les hommes […] pour qu’ils n’enfantent pas. »
Si la traite négrière transatlantique est largement documentée et revient régulièrement dans le débat public, la traite des esclaves menée par les « Arabes » est, elle, rarement évoquée. Les pays arabes n’ont formulé aucune excuse pour ce sanglant marché qui a duré près de 700 ans. La déclaration d’Ibrahim Traoré a d’ailleurs suscité la fureur de certains pontes du monde arabo-musulman. L’un des principaux imams de Mauritanie a ainsi réagi dans le journal Quds al Arabi : « Les déclarations de Traoré s’inscrivent dans une tentative de détourner l’attention des défis internes auxquels son pays est confronté, en avertissant que le peuple burkinabè, dont les musulmans constituent la majorité, n’acceptera pas ce qu’il considère comme une offense à l’islam, et en appelant le président à distinguer entre l’histoire arabe et islamique, d’une part, et les conflits ethniques et politiques contemporains à l’intérieur du Burkina Faso, d’autre part. »
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Le cheikh Ould al Zeïn Ould al Imam a accusé de son côté les propos du chef d’État du Burkina Faso de « graves distorsions ». D’après plusieurs analystes, dont l’auteur Kamel Daoud dans Le Point, les propos d’Ibrahim Traoré visent à affaiblir la montée de l’islam radical dans son pays. Le Burkina Faso est en effet attaqué depuis des mois par des groupes djihadistes, qui ne cessent de prendre du terrain à l’armée régulière.

