Chine-Russie : une flottille militaire fait le tour du Japon et multiplie les manœuvres dans le Pacifique

La Chine et la Russie viennent d’achever une nouvelle patrouille navale conjointe autour du Japon, jusqu’aux abords d’Okinotorishima. Une démonstration de coopération militaire qui intervient alors que Tokyo renforce rapidement ses capacités de défense face à la montée des tensions dans l’Indo-Pacifique.
Une patrouille sino-russe de 16 jours autour du Japon
Une flottille composée de bâtiments des marines chinoise et russe a effectué en juillet une vaste patrouille dans les eaux entourant l'archipel japonais, passant du sud-ouest du Japon jusqu'à la mer d'Okhotsk.
Selon The Maritime Executive, le déploiement a débuté le 13 juillet depuis Qingdao, dans la province chinoise du Shandong. Pendant 16 jours, les navires auraient pratiquement contourné le Japon, avec une navigation jusqu'aux environs d'Okinotorishima, dans le Pacifique occidental, avant de remonter vers le nord. La patrouille conjointe s'est officiellement achevée le 29 juillet avec l'arrivée de la formation à Vladivostok.
Cette opération faisait suite à l'exercice naval Joint Sea-2026, lancé le 6 juillet à Qingdao par les deux puissances. Pékin présente régulièrement ces manœuvres comme un moyen de renforcer la coordination opérationnelle entre les marines chinoise et russe.
Des bâtiments de guerre chinois et russe près d'Okinawa
La formation comprenait notamment le destroyer chinois Type 055 Anshan, le destroyer Type 052D Kaifeng, le bâtiment ravitailleur Kekexilihu, ainsi que la corvette russe Rezky.
La présence de ces quatre bâtiments dans les eaux entourant le Japon a été directement confirmée par le ministère japonais de la Défense.
Le 16 juillet, les Forces japonaises d'autodéfense maritime ont repéré la flottille à environ 90 kilomètres au sud-ouest de Kume-jima, avant que les navires ne franchissent les eaux situées entre l'île principale d'Okinawa et Miyako-jima pour rejoindre le Pacifique. Tokyo a indiqué avoir suivi leurs déplacements.
Le détroit de Miyako constitue un axe particulièrement stratégique : il permet à la marine chinoise de passer de la mer de Chine orientale vers le Pacifique occidental, en traversant la chaîne d'îles qui s'étend du Japon vers Taïwan.
Un exercice de tir près d'Okinotorishima
Quelques jours plus tard, le 19 juillet, les mêmes quatre bâtiments ont été détectés à environ 330 kilomètres au sud-ouest d'Okinotorishima, l'avant-poste japonais isolé situé au cœur du Pacifique occidental.
Le ministère japonais de la Défense affirme également avoir observé le destroyer chinois Kaifeng mener un exercice de tir réel à environ 180 kilomètres au sud-ouest d'Okinotorishima. Les forces japonaises ont une nouvelle fois surveillé les manœuvres.
Cette présence prend une dimension particulière compte tenu de la position d'Okinotorishima, située très loin au sud de l'archipel principal mais revendiquée par Tokyo comme base de sa zone économique exclusive.
Une démonstration de coopération militaire entre Pékin et Moscou
Au-delà de l'entraînement, la patrouille illustre surtout le rapprochement militaire continu entre la Chine et la Russie dans le Pacifique.
Pour Moscou, ces exercices offrent l'occasion de maintenir une présence navale visible dans une région où la Russie conserve d'importantes installations militaires autour de Vladivostok.
Pour Pékin, ils permettent à une marine chinoise en pleine expansion d'accumuler de l'expérience sur des déploiements de longue durée, avec des opérations de ravitaillement, de navigation en formation et de tir loin des bases chinoises. The Maritime Executive estime ainsi que ces missions contribuent directement à l'apprentissage opérationnel de la marine chinoise.
Le Japon au centre d'un environnement militaire de plus en plus dense
La trajectoire de la flottille est également révélatrice. Les navires ont évolué à proximité de plusieurs zones sensibles du dispositif stratégique japonais, notamment Okinawa et les îles du sud-ouest proches de Taïwan.
Selon The Maritime Executive, la patrouille est aussi passée dans l'environnement des îles Senkaku, administrées par le Japon mais revendiquées par la Chine, sans toutefois traverser le détroit de Taïwan.
Ces mouvements sino-russes interviennent au moment où Tokyo considère désormais les activités militaires chinoises comme l'un des principaux défis pesant sur sa sécurité. Pékin rejette de son côté cette lecture et accuse régulièrement le Japon de dramatiser la menace chinoise pour justifier son réarmement.
Une présence distincte de RIMPAC 2026
Malgré l'ampleur du déploiement, aucune tentative d'interférence avec RIMPAC 2026, organisé autour d'Hawaï et achevé le 31 juillet, n'a été rapportée.
Cette édition de l'exercice conduit par les États-Unis réunissait 30 nations, plus de 30 navires de surface, cinq sous-marins et 15 contingents terrestres, selon The Maritime Executive.
Deux dynamiques militaires ont donc évolué parallèlement dans le Pacifique durant le mois de juillet : d'un côté, un exercice multinational centré autour des États-Unis et de leurs partenaires ; de l'autre, une coopération navale sino-russe de plus en plus régulière autour du Japon et dans le Pacifique occidental.
Pour Tokyo, cette nouvelle patrouille confirme surtout une réalité désormais durable : les forces japonaises doivent surveiller simultanément l'activité militaire chinoise, russe et nord-coréenne dans un environnement régional en pleine transformation.
