Qu'est-ce que le FLNC-UC, ce groupe qui menace les «non-Corses» et rejette l'autonomie ?

L'ANTISÈCHE. Après plusieurs années de silence, le FLNC-UC (Front de libération nationale corse – Union des combattants) a diffusé début août un communiqué menaçant les « non-Corses » et rejetant le projet d'autonomie de l'île. Le parquet antiterroriste a ouvert une enquête contre ce groupe indépendantiste clandestin.
Vanille Casagrande 10/08/2026

Sur un mur du littoral corse, un tag signé du FLNC-UC : « Le Front vaincra ». Hans Lucas via AFP / © Laurent Perpigna Iban / Hans Lucas
Lors d'une conférence de presse clandestine le 6 août, le FLNC-UC (Front de libération nationale corse – Union des combattants) a fait un retour fracassant sur le devant de la scène, rejetant le processus d’autonomie engagé pour la Corse et prenant pour cible ses soutiens. Le groupe indépendantiste armé menace ceux qu’il qualifie d’« envahisseurs » et appelle à « un nouveau rapport de force politique ».
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Qu'est-ce que le FLNC-UC ?
Le FLNC-UC est issu du FLNC. Né en 1976, le Front de libération nationale corse est un mouvement indépendantiste ayant revendiqué 22 attentats en Corse, à Nice et à Marseille. Il frappe lors de ce qu'il nomme les « nuits bleues », par séries d'explosions coordonnées en une seule nuit, visant d'abord les résidences secondaires de continentaux, puis les bâtiments publics comme des gendarmeries et des rectorats. Sa clandestinité est financée par un « impôt révolutionnaire » prélevé directement sur les entreprises de l'île. Plusieurs milliers d'actions lui sont attribuées en un demi-siècle.
En 1990, une scission éclate au sein du groupe quant à la conduite à tenir face à Paris. La direction, réunie autour d'Alain Orsoni, quitte A Cuncolta pour fonder le MPA (Mouvement pour l'autodétermination) et privilégier une voie négociée, tout en gardant la main sur la structure existante, qui devient FLNC Canal habituel. La base militante, emmenée par François Santoni et Charles Pieri, refuse quant à elle toute trêve et proclame le 25 novembre à Borgo la création d'une organisation concurrente, le FLNC Canal historique. Les deux branches s'affronteront jusqu'au milieu des années 1990. Du Canal historique, réfractaire à la paix avec Paris, naîtra en 1999 le FLNC-UC.
Une trêve est décrétée en 2014, lorsque le FLNC-UC annonce déposer les armes « sans préalable », sans rien exiger de Paris. À la place des actions clandestines qu'il menait, il parie désormais sur les urnes, à l'heure où les nationalistes s'apprêtent à conquérir les institutions de l'île. La trêve tiendra huit ans, avant de voler en éclats en mars 2022, à la mort d'Yvan Colonna, agressé en prison par un codétenu islamiste. Quelques jours plus tard, l’île s’embrase de nouveau lorsque le mouvement annonce la reprise des armes.
Mais si le FLNC-UC attire aujourd'hui l'attention médiatique, c'est parce qu'il a subitement rompu le silence dans lequel il s'était enlisé ces dernières années : sa dernière nuit bleue remonte à octobre 2023, marquée par 45 explosions. Quant à sa dernière apparition publique, elle date du 4 août 2024, aux Ghjurnate Internaziunale de Corte.
Pourquoi cette soudaine résurgence du FLNC-UC ?
Tout part d'une vidéo diffusée début août, où apparaît une quinzaine d'hommes cagoulés et lourdement armés, en un lieu tenu secret. Le communiqué de cinq pages y est intégralement lu par les membres du FLNC-UC au sujet du vote, le 23 juin dernier à l’Assemblée nationale, du projet de loi constitutionnelle inscrivant un statut d'autonomie de la Corse dans la Constitution.
Le FLNC-UC, réfractaire à cette législation, qualifie de « mascarade » le processus d'autonomie. Le projet de loi « aboutit à la négation de l'existence de notre peuple », affirme-t-il, reprenant la formule de sa précédente conférence de presse clandestine, en janvier 2024. Il se dit « déjà dans l'après-Beauvau », du nom des négociations engagées avec l'État et accuse les partis nationalistes qui siègent aux institutions de l'île – de Femu a Corsica, le parti autonomiste de Gilles Simeoni, à l'indépendantiste Core in Fronte, en passant par le Parti de la nation corse – d’une « duperie sans précédent ».
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Le groupe dénonce une « colonisation de peuplement galopante », qu'il chiffre à « près de 5 000 étrangers, dont une grande majorité de Français » par an. Il rejette enfin la « communauté de destin », notion théorisée par le FLNC à la fin des années 1980, selon laquelle « est Corse » tout individu résidant sur l'île et adhérant à ses valeurs, sans considération d'origine.
Le FLNC-UC voit donc dans ce texte un reniement. Un statut d'autonomie négocié avec Paris revient, pour lui, à troquer l'indépendance réelle contre un strapontin institutionnel, en abandonnant les revendications que ses membres portent depuis un demi-siècle, comme le statut de résident ou la coofficialité de la langue.
Menaces contre les non-Corses et enquête
Aux non-Corses, le communiqué réserve un avertissement sans détour : « restez chez vous », faute de quoi ils ne doivent pas « se considérer en sécurité sur notre territoire national ». Leur cible de toujours est visée : les continentaux venus s'installer ou acquérir une résidence secondaire, qu'ils frappent à l'explosif depuis un demi-siècle.
La réitération de cette menace, par un mouvement qui semblait endormi depuis quelques années, a attiré l'attention de la justice. Le parquet national antiterroriste a ouvert une enquête préliminaire le 6 août, pour association de malfaiteurs en vue de la préparation d'actes de terrorisme, ainsi que pour acquisition et détention d'armes en relation avec une entreprise terroriste.
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Le texte visé, lui, poursuit son parcours. Adopté par l'Assemblée le 23 juin, il a été transmis au Sénat le 24 juin, où son examen doit débuter le 21 octobre. Une révision constitutionnelle suppose un vote conforme des deux chambres du Parlement, puis le Congrès aux trois cinquièmes ou un référendum.

