Incendie mortel dans une résidence seniors

Résumé IA
Un incendie dans une résidence autonomie d'Isneauville, en Seine-Maritime, a coûté la vie à une résidente mardi après-midi, probablement après qu'elle a allumé une cigarette près de son oxygène. Trente-cinq autres résidents ont été relogés, et l'enquête, confiée à la gendarmerie, devra déterminer les causes exactes du sinistre.
Une cigarette. Une bouteille d'oxygène. Et une vie qui s'arrête, mardi, dans une résidence pour personnes âgées de Seine-Maritime.
À Isneauville, le drame tient dans un geste minuscule et dans tout ce qu'il révèle de la fragilité de nos aînés.
Un après-midi ordinaire qui bascule
Il est environ 16h30, mardi, à Isneauville, dans l'agglomération rouennaise. Le feu se déclare dans une résidence pour personnes âgées.
La préfecture décrit les lieux sans emphase : une « résidence autonomie constituée d'une quarantaine de logements ». L'incendie ne sera maîtrisé qu'en fin de journée.
Le bilan, lui, tombe le lendemain. Une femme d'une soixantaine d'années, résidente de l'établissement, est morte. Une autre personne a été légèrement blessée, selon une source proche du dossier. Et trente-cinq résidents devaient être relogés.
Trente-cinq. Des femmes et des hommes qui, en l'espace d'un après-midi, ont perdu leur toit, leurs repères, leurs affaires. À un âge où l'on ne recommence pas facilement.
Ce détail administratif « résidence autonomie » n'en est pas un. Ces structures ne sont pas des Ehpad. Elles logent des personnes âgées encore indépendantes, dans des appartements individuels, sans encadrement médical permanent. C'est tout leur intérêt : on y préserve la liberté de vivre chez soi. C'est aussi leur limite. Personne ne veille en continu derrière chaque porte.
Ce que dit l'enquête, et ce qu'elle ne dit pas encore
Le parquet de Rouen a communiqué mercredi. Sa position est prudente mais claire : les « premiers éléments tendent vers une cause accidentelle ».
Selon les premiers éléments de l'enquête, rapportés par une source proche du dossier, une résidente serait à l'origine d'une explosion ayant entraîné l'incendie, après avoir allumé une cigarette à proximité de sa bouteille d'oxygène.
Le conditionnel s'impose. Il n'est pas une coquetterie de journaliste : c'est la règle, tant que les constatations n'ont pas parlé.
Car l'enquête ne fait que commencer. Elle a été confiée à la gendarmerie. Le parquet annonce que :
des investigations de police technique et scientifique et des expertises vont être réalisées afin de déterminer la cause de l'incendie.
Autrement dit : on saura. Les experts démonteront le foyer de départ, analyseront les matériaux, reconstitueront la chronologie. La France dispose pour cela d'outils sérieux et de professionnels compétents. Il faut leur laisser le temps de travailler.
Ce qui est déjà établi, en revanche, ne relève ni du mystère ni de la fatalité. L'oxygène ne brûle pas lui-même : il accélère la combustion. Une flamme nue, une étincelle, un briquet à proximité d'un poste d'oxygénothérapie, et ce qui aurait été une simple cigarette devient un départ de feu violent. Cette incompatibilité est connue. Elle figure sur les consignes remises aux patients. Elle est répétée par les prestataires, par les pharmaciens, par les soignants.
Connue et pourtant.
Nos anciens méritent mieux que des larmes
Ici commence l'autre partie de l'histoire. Celle où l'on choisit entre deux réflexes.
Le premier consiste à convoquer aussitôt la grande messe de la culpabilité collective : la société coupable, l'État coupable, le manque de moyens coupable, tout le monde coupable et donc, au fond, personne. On pleure, on s'indigne trois jours, on passe. C'est confortable. C'est stérile. Et cela n'a jamais sauvé une seule vie.
Le second consiste à regarder le réel en face.
Le réel, c'est qu'une population vieillissante vit chez elle, avec des équipements médicaux lourds, des habitudes anciennes et des gestes automatiques que quatre-vingts ans d'existence ont gravés. On ne « rééduque » pas une femme de soixante-dix ans comme on forme un apprenti. On l'accompagne. On sécurise son environnement. On adapte le matériel plutôt que de compter sur la vigilance permanente d'une personne isolée.
Le réel, c'est aussi qu'une résidence autonomie n'est pas un hôpital, et qu'il serait absurde d'exiger d'elle une surveillance de tous les instants. Mais entre l'infantilisation et l'abandon, il existe un espace : celui de la prévention concrète. Des détecteurs adaptés. Des consignes rappelées, en clair, sans jargon. Un dialogue franc avec les résidents sous oxygénothérapie sur ce que le tabac implique sans mépris, sans sermon.
Le réel, enfin, c'est que les sapeurs-pompiers de Seine-Maritime ont maîtrisé un incendie dans un bâtiment rempli de personnes âgées, souvent peu mobiles, en quelques heures. Que les services de l'État ont organisé le relogement de trente-cinq résidents. Que les gendarmes travaillent, dès à présent, à comprendre.
Ce pays fonctionne. Ses secours tiennent. Ses institutions répondent. On l'oublie un peu vite, entre deux tribunes annonçant l'effondrement.
Reste une femme morte à soixante ans passés, dans le logement où elle pensait finir tranquillement ses jours. Reste une voisine blessée. Restent trente-cinq existences à recommencer ailleurs, avec le peu qu'on a pu sauver.
Le meilleur hommage ne sera pas une minute de silence. Ce sera un rappel de consigne fait sérieusement, un équipement remplacé, une conversation gênante mais nécessaire entre un soignant et un patient qui fume.
Le drame d'Isneauville n'appelle pas un procès. Il appelle de la lucidité et des actes.
(Crédit photo : Sipa/Robin Letellier)

