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L'actualité locale

Fidji en 2027, cantine fermée en 2026

29 août 2026 à 12:07
6 min de lecture
Fidji en 2027, cantine fermée en 2026

Résumé IA

À l'Île des Pins, la mairie ferme plusieurs services, dont la cantine, après des incivilités et dégradations, tandis que l'exécutif communal défend un projet de desserte aérienne vers les Fidji pour 2027. Le maire Régis Vendégou prolonge la fermeture des services municipaux début août.

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Une commune qui ferme sa mairie faute de pouvoir la protéger ne devrait pas parler d'ouverture régionale.
À l'Île des Pins, le communiqué de l'exécutif communal sur la desserte aérienne décrit une île qui n'existe plus.

Un communiqué hors-sol dans une île qui ferme ses services

Le document est soigné. Trois pages, des encadrés colorés, des phrases en rouge pour marquer les esprits. La commune de l'Île des Pins y défend une doctrine claire : La Tontouta serait une opportunité touristique, Magenta une nécessité de proximité. Elle réclame des appareils dimensionnés aux besoins réels, plaide pour des liaisons inter-îles vers Lifou, imagine des circuits touristiques au départ de Kunié, et regarde déjà vers 2027 et l'agrandissement de la piste de l'aérodrome, avec en ligne de mire une liaison directe vers les Fidji.

Sur le papier, rien de choquant. Une commune défend ses habitants, son désenclavement, son accès aux soins. C'est son rôle.

Reste le calendrier. Et là, l'exercice devient troublant.

Car pendant que la mairie théorise l'ouverture régionale de l'île à horizon 2027, elle a passé l'été à baisser le rideau. Fin juin 2026, après les incidents de la nuit du 26 au 27, le conseil municipal a dénoncé une recrudescence des incivilités, des dégradations et des vols, nourrie par un sentiment d'impunité, avant d'annoncer la fermeture de plusieurs services communaux et la suspension de la cantine et des transports scolaires. Un adolescent de 17 ans a été placé sous contrôle judiciaire après l'incendie et la dégradation d'un bâtiment municipal.

La suite ne vaut pas mieux. Dans la nuit du 30 au 31 juillet, le domicile du secrétaire général de la commune, à Vao, a été visé par des vols et des dégradations. Le week-end suivant, des intrusions ont été constatées au collège de Vao et dans les locaux des services techniques municipaux. Un opérateur maritime a également subi des dégâts, et des lampadaires ont été volés sur un terrain de sport. Le maire Régis Vendégou a prolongé la fermeture des services municipaux les 3 et 4 août.

Une mairie qui ne peut plus assurer la cantine des enfants ne peut pas, dans le même mouvement, se poser en stratège du trafic aérien international.

Lifou a récupéré ses paquebots. Kunié les a perdus.

Le plus dur n'est pas dans le communiqué. Il est dans les chiffres.

Avant 2020, l'Île des Pins accueillait entre 75 000 et 90 000 touristes et plus de 200 000 croisiéristes par an. Depuis, les paquebots ont disparu et la fréquentation s'est effondrée : à peine 20 000 visiteurs l'an dernier. Pour une population d'environ 2 400 habitants, le tourisme représente 600 emplois directs et indirects. Autant dire que l'île ne vit pas du tourisme : elle en dépend.

Or le territoire, lui, repart. Au deuxième trimestre 2026, près de 52 300 croisiéristes ont fait escale en Nouvelle-Calédonie, en hausse de 14 % sur un an, avec 17 paquebots. Mais l'activité reste concentrée sur Nouméa et Lifou, cette dernière ayant accueilli à elle seule 12 navires et près de 35 900 passagers sur le trimestre.

Douze navires à Lifou. Zéro dans le raisonnement du communiqué de Kunié.

Ce n'est pas un hasard, et surtout ce n'est pas une fatalité. Dès octobre 2024, la reprise des escales à Lifou s'est faite sous surveillance des gendarmes, après un travail mené avec les tribus, les chefferies et les autorités institutionnelles pour sécuriser l'accueil. Les Loyauté ont compris avant tout le monde qu'un armateur ne négocie pas une escale sur la beauté d'un lagon, mais sur une garantie d'ordre public.

Voilà la vérité que personne n'ose écrire à Kunié : l'île la plus proche du paradis n'a pas été punie par le marché, elle a été désertée par les compagnies qui ne peuvent plus garantir la tranquillité de leurs passagers.

Et l'argument du « on nous abandonne » ne tient pas davantage sur l'aérien. En mars 2026, ce sont des manifestants qui ont bloqué pendant un mois l'aérodrome de l'Île des Pins pour protester contre le transfert d'Air Calédonie de Magenta vers La Tontouta ; les vols n'ont repris que le 30 mars. Un mois d'île coupée du monde, décidé sur place, contre les intérêts de l'île elle-même. Réclamer aujourd'hui plus de fréquences et une desserte fiable, après avoir toléré cela, relève d'une gymnastique intellectuelle qui mérite d'être nommée.

L'ordre républicain d'abord, les Fidji ensuite

Que l'on soit clair : la commune a raison sur le fond. Une délégation de service public doit effectivement partir des besoins du territoire qu'elle dessert. Le désenclavement, l'accès aux soins, la mobilité des étudiants et des associations ne sont pas des variables d'ajustement comptables. Sur ce point, le communiqué touche juste.

Mais l'ordre des facteurs, ici, change tout.

Le maire lui-même le reconnaît : la population a peur de parler de délinquance, et il pointe une carence des autorités coutumières, un déficit de parole dans les familles et dans les chefferies. Il faut mesurer ce que cela signifie. Le problème de Kunié n'est ni parisien, ni provincial, ni aérien. Il est domestique. Il se règle par la gendarmerie, par la justice, et par une autorité coutumière qui accepte enfin de désigner les fauteurs de troubles plutôt que de les couvrir.

Les récents cambriolages d'un hôtel-restaurant à Kuto, de l'agence du Betico et d'un gîte ont d'ailleurs été élucidés : trois personnes interpellées, l'une condamnée à douze mois d'emprisonnement. La preuve que la réponse pénale fonctionne quand elle est saisie. Ce qui manque n'est pas l'outil, c'est la constance et le courage collectif de s'en servir.

Il y a pourtant des signaux positifs, et ils méritent mieux qu'un climat d'impunité. L'ancien Méridien a rouvert le 7 août sous le nom de Domaine d'Oro, avec trente de ses quarante-huit bungalows commercialisés et une vingtaine de salariés rappelés. Des investisseurs remettent de l'argent sur la table. Des Kunié retrouvent un emploi. C'est exactement ce moment que la délinquance locale choisit pour saccager le collège et le domicile du secrétaire général de mairie.

Alors oui, l'agrandissement de la piste en 2027 est une opportunité. Oui, une desserte régionale vers Fidji ouvrirait Kunié aux clientèles australiennes et néo-zélandaises. Oui, il faudra un jour rediscuter des tarifs et du dimensionnement des appareils.

Mais un touriste ne choisit pas une destination sur un plan de vol. Il la choisit sur une réputation. Et aucune ligne aérienne, aussi bien pensée soit-elle, n'a jamais réparé une réputation abîmée par les incendies, les vols et les intimidations.

L'exécutif communal n'a pas perdu la raison. Il a simplement inversé l'ordre des priorités. Avant de réclamer des avions, qu'il commence par rouvrir sa mairie et par garantir qu'elle le restera.

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(Crédit photo : Marine Reveilhac)