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L'actualité locale

Nos assiettes vont changer de camp

29 août 2026 à 11:00
5 min de lecture
Nos assiettes vont changer de camp

Résumé IA

Dix-sept millions de francs engagés sur fonds privés pour ouvrir le LaboPro, un espace d'agro-transformation en Nouvelle-Calédonie. L'ingénieure Miri Convert et la présidente de l'APSANC, Samantha Stuart, portent ce projet visant à former et outiller les porteurs de projets pour encourager la consommation de produits locaux. La province Sud, représentée par Gil Brial, soutient cette initiative.

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Dix-sept millions de francs engagés sur fonds privés, un an après les émeutes. Pendant que certains commentent le déclin, d'autres bâtissent.
En Nouvelle-Calédonie, l'autonomie alimentaire ne se décrète pas depuis un pupitre : elle se fabrique, box par box, farine après farine.

Un pari privé dans un contexte qui n'y invitait pas

Il y a des projets qui parlent de souveraineté. Et il y a ceux qui la fabriquent.

Le LaboPro, porté par l'association APSANC, appartient à la seconde catégorie. Un espace entièrement dédié à l'agro-transformation vient d'ouvrir sur le territoire. Se former, transformer, produire, vendre. Quatre verbes, une seule conviction derrière : ce qui pousse dans nos jardins vaut quelque chose.

Miri Convert, ingénieure en agro-transformation au sein de l'APSANC, résume l'ambition en une phrase. Les Calédoniens pourront s'y former à la transformation alimentaire et s'essayer avant de lancer leur projet, dans la perspective d'une consommation de produits 100 % locaux.

Une pépinière pour porteurs de projets. Mais aussi, et peut-être surtout, un outil au service d'une alimentation plus locale, plus accessible et moins chère.

La séquence mérite d'être racontée, parce qu'elle dit quelque chose du pays.

Avant d'engager ses fonds, Miri Convert a hésité. Longuement. La peur. Le manque de sécurité. Le doute légitime de quiconque regardait alors la Nouvelle-Calédonie. Se lancer après les émeutes, reconnaît-elle, exigeait une volonté peu commune.

Puis un constat s'est imposé, et il n'est pas anodin : les services et les pouvoirs publics, dont la province Sud, faisaient leur travail. La décision est tombée. Dix-sept millions de francs investis sur fonds privés.

Pas de subvention providentielle. Pas d'attentisme. Un risque assumé, dans un climat qui aurait justifié mille prudences.

Sa conviction, elle la dit sans détour : ce projet touche les cœurs.

On pourrait s'arrêter là. Ce serait déjà une leçon d'économie réelle.

Le premier vice-président de la province Sud, Gil Brial, est venu découvrir l'outil, accompagné des élus provinciaux Léa Tripodi, Amandine Bui Duyet et Xavier Rossard. Une délégation attentive face à un projet que l'élu juge novateur et structurant pour la filière de l'agro-transformation.

Farine de patate douce. Farine de coco. Farine d'arbre à pain.

Des richesses que l'on croise chaque jour sans les voir. Les produits qui poussent sur nos terres, ceux du jardin, sont selon l'ingénieure de l'or à portée de main, susceptible de devenir de véritables ressources économiques.

L'or était là. Encore fallait-il quelqu'un pour se baisser.

Six box, cinq heures, un produit fini

Le LaboPro n'est pas un concept séduisant sur une plaquette. C'est un outil opérationnel, pensé pour ceux qui veulent tester, expérimenter, corriger, recommencer.

Six box entièrement équipés. Légumerie, cuisine, plonge, machines, équipements, produits de désinfection. Tout est prêt, tout de suite.

Le principe tient en une phrase. Le porteur de projet loue un box, n'apporte que sa matière première et dispose de cinq heures pour travailler et repartir avec son produit.

Électricité, équipements et nettoyage sont compris dans la location.

Après chaque utilisation, le box est intégralement nettoyé par une société spécialisée. Aucun flux croisé. La confidentialité de chaque professionnel est préservée, détail qui n'en est pas un lorsqu'on met au point la recette qui fera peut-être la différence demain. Tout, insiste Miri Convert, est pensé pour optimiser le temps de travail et de production.

Rigueur, efficacité, sérieux. C'est ainsi que l'on passe de l'idée au produit.

Mais réduire le lieu à un atelier de production serait manquer l'essentiel. Le LaboPro est aussi un espace de formation et de transmission. L'APSANC y propose cinq micro-modules et des cours semi-professionnels en agro-transformation, de la matière première jusqu'à la vente.

Porteurs de projets, bien sûr. Mais également personnes en réinsertion ou en reconversion professionnelle.

Le laboratoire devient alors un lieu où l'on apprend, où l'on échange, où l'on construit son réseau. Et où l'on a le droit de se tromper. C'est même, pour l'ingénieure, une nécessité : se tromper avant de lancer un projet évite de se tromper au moment où il n'est plus temps.

L'échec encadré plutôt que l'échec brutal. La compétence plutôt que l'assistance. Une philosophie qui mériterait de faire école bien au-delà de l'agroalimentaire.

Vingt pour cent dans nos assiettes : le vrai chantier

Vient la question qui dérange. Celle des chiffres.

Aujourd'hui, rappelle Gil Brial, seulement 20 % de ce que l'on retrouve dans nos assiettes est local.

Vingt pour cent. Sur une terre fertile, ensoleillée, entourée d'une mer nourricière. Le constat se passe de commentaire.

Le LaboPro s'attaque de front à ce déséquilibre. L'objectif est énoncé sans détour par Miri Convert : vendre moins cher que l'importé, et permettre à davantage de Calédoniens d'accéder aux produits locaux tout en maîtrisant les coûts.

Non par idéologie. Par arithmétique.

Les familles calédoniennes et les cantines figurent parmi les premiers publics visés. Produire localement, transformer localement et consommer localement peut en effet contribuer à réduire les coûts et créer de l'activité sur le territoire.

Du concret. Des assiettes remplies, des factures allégées, de l'emploi créé.

Pour la présidente de l'APSANC, Samantha Stuart, cette dynamique ne prendra toute son ampleur qu'avec l'accompagnement de l'ensemble des acteurs. L'association, soucieuse de développer et de consommer local, porte des projets autour de l'agroalimentaire avec un objectif précis : permettre aux personnes de se former sur nos produits locaux pour être en mesure de cuisiner, de vendre et de maîtriser la partie commerciale.

Maîtriser la partie commerciale. La formule est capitale. Bien produire ne suffit pas : encore faut-il savoir vendre.

L'association le reconnaît volontiers, pour aller plus loin le soutien des pouvoirs publics sera déterminant. Elle a d'ailleurs vivement remercié la délégation provinciale, attentive et soucieuse de connaître ce projet.

Un projet qui transforme ce qui pousse sur nos terres en une véritable richesse accessible à tous.

Ni miracle, ni slogan. Des femmes et des hommes qui ont décidé de travailler. C'est peut-être cela, la meilleure nouvelle de l'année.

(Crédit photo : province Sud)