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Finances : le plan voté en 2025 prévoit 209 milliards de recettes en 2028 (sans dire comment)

31 août 2026 à 18:00
4 min de lecture
Finances : le plan voté en 2025 prévoit 209 milliards de recettes en 2028 (sans dire comment)

Résumé IA

Le plan de réformes annexé à la délibération n°505 du Congrès du 14 août 2025, toujours en vigueur, fixe la trajectoire de redressement des finances publiques de la Nouvelle-Calédonie et sert de base à la délégation transpartisane. Ce document prévoit de retrouver en 2028 le niveau de recettes fiscales de 2023, soit 209 milliards de francs, avec une croissance annuelle de 6 % à 10,5 %.

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Le plan de réformes annexé à la délibération n°505 du Congrès du 14 août 2025 fixe la trajectoire de redressement des finances publiques de la Nouvelle-Calédonie. Il a été voté sous le 18e gouvernement, présidé par Alcide Ponga, par un Congrès élu avant les provinciales du 28 juin 2026. Il est toujours en vigueur. Il engage aujourd'hui le 19e gouvernement, et c'est le document sur lequel s'appuie la délégation transpartisane.

Ce plan contient des mesures. Il fixe un objectif chiffré. Ce qu'il ne contient pas, ce sont les hypothèses économiques qui soutiennent cet objectif.

Trois taux, un résultat déjà connu

Le plan prévoit de retrouver, en 2028, le niveau total de recettes fiscales de la Nouvelle-Calédonie de 2023, soit 209 milliards de francs. Le chemin annoncé pour y parvenir : une croissance des recettes de 6 % en 2026, 8 % en 2027 et 10,5 % en 2028.

En partant de 209 milliards et en retirant successivement ces trois taux, on retombe exactement sur la base de départ. Le calcul se refait à la calculatrice. C'est l'observation de Loïc Steffan, enseignant à l'Université de la Nouvelle-Calédonie, publiée le 31 août 2026.

Autrement dit, les trois taux n'ont pas été établis à partir d'une analyse de l'économie calédonienne, de ses capacités réelles, de son emploi ou de son produit intérieur brut. Ils ont été choisis après coup, une fois l'objectif de 209 milliards fixé, pour que l'addition tombe juste.

Le plan ne prévoit pas une trajectoire. Il habille un chiffre déjà décidé.

Ce que les soixante-cinq pages ne disent pas

Sur l'ensemble de l'annexe, aucun taux de croissance du produit intérieur brut. Aucune hypothèse d'inflation. Aucun niveau d'emploi projeté.

Les mesures fiscales, elles, sont bien là. Six d'entre elles figurent dans ce plan et n'ont toujours pas été votées, un an après.

Deux chiffres du même document qui ne tiennent pas ensemble

Le plan annonce un retour, en 2028, au niveau d'emploi privé de 2023. Soit 12 111 emplois de plus, une hausse de 21,7 % par rapport à 2025.

Et il ne retient que 3 % par an de croissance des cotisations sociales, soit 9,3 % cumulés sur la période. Et seulement 6,4 % pour la ligne assurance maladie.

Or les cotisations sont assises sur les salaires. Un rattrapage de 21,7 % de l'emploi devrait produire, mécaniquement, un ordre de grandeur comparable de cotisations supplémentaires.

Deux lectures sont possibles, selon Loïc Steffan. Soit les auteurs du plan ne croient pas à leur propre hypothèse de reprise de l'emploi. Soit le plan sous-estime ses propres recettes de 6 à 9 milliards de francs.

L'emploi privé n'est pas reparti

Au premier trimestre 2026, l'emploi salarié privé compte 56 139 postes, contre 56 160 un an plus tôt. Vingt-et-un salariés de moins.

Vingt-deux mois après mai 2024, la reconstitution n'a pas commencé. Le nombre d'employeurs privés hors particuliers reste inférieur de plus de 10 % à son niveau de 2023. Seul le nombre de patentés augmente.

Un niveau d'activité jamais atteint

Avec la sensibilité habituelle des recettes fiscales à l'activité économique, l'objectif de 209 milliards en 2028 suppose un produit intérieur brut de l'ordre de 1 145 milliards de francs.

Pour mémoire : 943 milliards en 2024. 1 078 milliards en 2023. Et 1 092 milliards en 2022, qui reste le point haut historique de l'économie calédonienne.

Ce chiffre de 1 145 milliards n'apparaît nulle part dans le plan. Il s'agit d'une reconstitution de l'universitaire, à partir des données publiques.

Une pratique courante, une omission qui l'est moins

Fixer une cible de recettes puis en déduire une trajectoire n'a rien d'illégal, ni même d'inhabituel. Beaucoup de documents budgétaires, en Nouvelle-Calédonie comme ailleurs, procèdent ainsi. Un plan pluriannuel est autant un engagement politique qu'une prévision technique.

Ce qui distingue celui-ci, c'est qu'il ne publie pas les hypothèses qui rendraient la cible discutable. Un lecteur du plan ne peut pas savoir quelle croissance il faudrait atteindre, ni combien d'emplois, ni à quelle date, pour que les 209 milliards se vérifient. Il ne peut donc ni le contester, ni le corriger, ni en mesurer l'écart en cours de route.

C'est ce document que la Nouvelle-Calédonie présente à l’Etat cette semaine pour obtenir entre 55 et 60 milliards de francs au titre de l'année 2027. Le pacte de refondation, lui, programme 36 milliards pour l'ensemble de la période 2027-2030.

(Crédit photo : Gouvernement de la Nouvelle-Calédonie)